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Sans-abrisme : « Quitter le modèle de l'usine sociale »

Plan froid et vie de quartier, l’asbl Diogènes publie les résultats de son étude à Etterbeek.

29-08-2011 Alter Échos n° 320

Diogènes publie les résultats d’une étude menée l’hiver passé sur l’impact du centre du Samu social sur le quartier de la Chasse à Etterbeek. Et plaidepour de plus petites structures.

Fin novembre, le Samu social ouvrait un centre d’hébergement au n° 49 de la rue des Champs à Etterbeek pour accueillir les sans-abri dans le cadre du plan froid qui a pris fin enmars dernier (voir Alter Echos n° 308  : “Plan hiver,dépasser l’urgence sociale”). Phénomène Nimby oblige, l’arrivée de cette structure d’une capacité de plus de 300 personnes ne s’est pas faite sans susciterquelques vagues dans le quartier de La Chasse. « Un quartier doté d’une forte identité villageoise, note au passage Lucie Martin, la sociologue qui a menél’enquête. L’installation du centre a été d’autant moins bien vécue que les riverains éprouvent déjà un fort sentiment d’insécurité et dedéclassement de leur quartier. Ils prennent des initiatives pour revitaliser les lieux, organisent des fêtes. L’arrivée du centre est perçue comme unsabotage. »

Pour ne rien arranger, on ne peut pas dire que le Samu social se soit vraiment donné la peine de communiquer. A l’époque, le bourgmestre d’Etterbeek, Vincent de Wolf, s’étaitplaint d’apprendre la nouvelle par la presse. « Le Centre a souvent été décrit comme “une boîte noire” par les riverains. Comme dans le cas des centres pourdemandeurs d’asile, il n’y a pas de communication vers l’extérieur », observe Lucie Martin.

L’image des sans-abri

Pour apaiser les tensions, les ministres bruxelloises de l’Aide aux personnes, Brigitte Grouwels et Evelyne Huytebroeck, ont lancé un appel à projet auquel a répondu l’asblDiogènes1. Durant ces quelques mois d’hiver, l’association a renforcé son travail de rue dans le quartier, rencontré les habitants, réuni les acteurs locaux…Un travail de terrain qui a permis également de nourrir une recherche-action.

« Ce que montre cette recherche, c’est que la façon dont ce type de centre est accueilli dépend de plusieurs facteurs comme les caractéristiquessocio-économiques du quartier, le fonctionnement du centre, le contexte de l’installation… », observe Laurent Demoulin, directeur de Diogènes. Elle dépend aussi duprofil du public accueilli et des représentations que les riverains se font du sans-abrisme. Les personnes qui fréquentaient le centre d’Etterbeek – des hommes seuls,généralement jeunes et d’origine étrangère – ont souvent été traitées de « faux sans-abri » ou de« profiteurs » par les riverains, leur image ne correspondant guère à celle que le grand public se fait généralement du sans-abri.

Pour garantir l’ordre public, la commune a affecté des gardiens de la paix autour du centre lors des admissions le soir et des sorties le matin. Préalablement, Diogènes amené avec eux un travail de sensibilisation sur la réalité du sans-abrisme. « Ils ont eu l’occasion d’entrer en contact avec les sans-abri et ont petit à petitchangé leur regard, observe Lucie Martin. Les représentations que les gens ont des sans-abri sont véhiculées par l’ensemble de la société, mais ce qui sepasse sur le terrain peut contribuer à ancrer ou déconstruire ces préjugés. A cet égard, l’implantation du centre peut être vue comme une “occasion”manquée de changer les mentalités. Il n’y a pas eu de communication, d’information, de possibilité d’entrer en contact entre les riverains et les sans-abri… On aurait pu,par exemple, imaginer d’organiser une journée portes ouvertes. »

Vers de petites structures

Avec 300 places mises à disposition, le centre d’Etterbeek constituait la plus grande structure du dispositif de l’hiver 2010-2011. Facilité de gestion et économiesd’échelle sont généralement évoquées pour justifier le choix de grandes structures. « Mais l’argument des économies d’échelle n’a jamaisété vérifié. Si un problème survient dans un centre de cette taille, comme une panne de chaudière, l’impact est aussi plus grand », avance LucieMartin.

La grande taille du centre a aussi des implications pour les travailleurs du Samu social et pour les hébergés. « Les travailleurs du centre ne recroisent pas leshébergés qu’ils rencontrent. Dans ces conditions, même une simple orientation vers un service extérieur devient difficile », constate la sociologue. « Ilfaut quitter le modèle de l’usine sociale. Les grandes structures ne permettent même pas de remplir les missions de base de l’urgence sociale. C’est stressant pour leshébergés. Les gens ne parviennent pas à se reposer correctement. Par ailleurs, des petites structures permettraient de mieux articuler l’urgence hivernale avec les projetsd’accompagnement et de logement », conclut Laurent Demoulin.

1. Diogènes :
– adresse : place de Ninove, 10 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 502 19 35
– courriel : asbldiogenesvzw@hotmail.com

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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