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"Politique de la ville : Picqué plaide pour plus de reliance sociale"

17-04-2000 Alter Échos n° 73

Le Conseil bruxellois de coordination sociale, le CBCS 1, avait invité ce 6 avril pour une conférence-débat, Charles Picqué, alors encore Commissairefédéral à la politique des grandes villes et depuis peu (8 avril) devenu ministre de l’Économie et … de la Politique de la Ville !
Michel Pettiaux, président du CBCS, introduit la conférence en rappelant les enjeux : «1,5 milliard de francs seront cette année consacrés à la redynamisationdes quartiers en crise. Cinq à six cents millions de ce budget fédéral devraient revenir à Bruxelles mais d’abord la question que tout le monde se pose : pourquoi avoiraccepté ce poste de ministre ?» ; «C’est tout simple répond Picqué. Je ne peux pas continuer à jouer les coquettes éternellement. Il faut répondreaux sollicitations si quelqu’un a le sentiment que vous pouvez être d’une certaine utilité. De plus, il y aurait eu contradiction dans mon chef à refuser le ministère de laVille, dont je réclamais la création depuis des années et puis le gouvernement a récemment montré l’intérêt qu’il portait aux villes».«Depuis les années 70, je suis impliqué dans la politique des villes, poursuit Picqué. C’était alors l’époque des mouvements associatifs qui s’occupaient descombats urbains. J’ai fait à l’époque partie d’un comité de quartier. C’était la grande époque de l’ARAU et son refus de l’urbanisme fonctionnel, de l’apparitiondes plans de secteur, on commençait à parler de rénovation de sites industriels désaffectés en Wallonie, de la rénovation d’îlots urbains. Mais c’estvrai que c’était le fait principal de l’associatif. Jusqu’ici le politique ne s’y intéressait pas parce que la Ville, cela se construit sur du long terme et l’homme politique n’aime pasle long terme… Maintenant, il y a prise de conscience généralisée. La ville devient une affaire d’État. Le poids des grandes villes dans la dynamique économiqueet la problématique sociale apparaît de plus en plus.»
Et Picqué de citer les grands maux urbains : congestion, déstructuration du cadre de vie, déclin de la population, fuite des activités industrielles,insécurité et cristallisation de l’exclusion sociale. «Il y a eu jusqu’ici un déficit énorme en terme de cohérence pour la politique de la Ville : voyezl’éclatement des compétences… Il n’existe pas de management urbain. Il faut créer des partenariats entre associatif, privé et public. On constate aussi une perte dedémocratie, de reliance sociale. Il faut inventer des nouveaux métiers de la ville : ce que j’appelle les métiers de la reliance sociale. Il faut s’inscrire dans unerécurrence de la consultation. Pour moi, mixité sociale et culturelle sont les deux points majeurs d’une politique de la Ville. On assiste trop souvent au concept inverse, d’originetrès néo-libérale du ‘down-town’ ; les pauvres en bas, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Voyez ce que cela donne dans des villes comme New Yorkoù on renforce les ghettos.»
Quant au budget d’un milliard et demi alloué aux cinq grandes villes : Charleroi, Anvers, Gand, Liège et Bruxelles, il pourrait y avoir une hausse en 2001. «Mais il faut restermodeste : ce montant ne changera pas la Ville : le fédéral ne fait qu’ajouter à ce qui existe. À l’avenir, nous ne pourrons faire l’impasse sur le débat pour l’aideà des villes moins grandes comme Malines, La Louvière dont les besoins sont aussi criants même si c’est à une autre échelle.» Quant aux projets rentrésjusqu’à présent, beaucoup sont liés aux emplois requis par les services décentralisés et aux métiers nouveaux susceptibles d’augmenter la reliance sociale,d’améliorer la proximité entre pouvoir politique et habitants : médiateurs de quartier, agents d’information et quelques emplois plus classiques : entretien, animation, …
À Pierre Ansay qui l’interrogeait sur ce qu’il pensait du RER, Picqué s’est dit assez «tiède» : «Oui, à condition qu’il y ait des mécanismes decompensation pour Bruxelles, car on va augmenter l’évasion fiscale hors Bruxelles. Faire valoir le désengorgement n’est pas suffisant, il va falloir jouer sur des mesuresintrafiscales.» Pour conclure et répondre à certains qui l’accusaient d’avoir une politique trop sécuritaire, Picqué s’est déclaré profondémentrépublicain et «chevênementiste». «Ma recette : une justice sociale et un exercice juste de l’autorité publique.»
1 CBCS, rue du Président 53 à 1050 Bruxelles, tél. et fax : 02 511 89 59, e-mail : cbcs@euronet.be

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