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"Pierre Ansay : pour une éthique solidaire de la ville"

06-03-2000 Alter Échos n° 70

«La ville des solidarités» est le dernier essai de Pierre Ansay (chez EVO). Il y propose, à l’attention des travailleurs sociaux en particulier, une figure philosophiqueet morale qui puisse, en réaction à une série d’évolutions sociales qu’il décrit, fonder la vision et la construction d’une réalité urbaine sansexclusions, ghettos ni insécurités.
Cette figure est celle de l’ «orphelin» et du «Juste», une métaphore de l’autonomie, de la solidarité et de la liberté, qui rompt avec ses attachesculturelles, ses héritages familiaux, sa situation socioéconomique… pour le meilleur et pour le pire. Elle est proposée aux inclus, aux responsables institutionnels, auxtravailleurs sociaux, comme porte d’entrée dans la condition de l’ «exclu» ou de l’ «expulsé». Elle permet aux premiers la rencontre et la solidarité parle fait de se voir à partir de la position d’un autre dans l’univers urbain.
Il s’agit véritablement là d’une éthique, et c’est la proposition originale et courageuse de cet ouvrage.
Il a d’ailleurs un attribut des ouvrages de philosophie sociale : les situations et les évolutions y sont décrites tantôt de façon visionnaire, tantôt de façontrop partiale. Ce livre est aussi particulier par un autre aspect de son approche : sa vision de l’homme et de la société. Certes, il y a des décalages toujours à pointerentre les interventions du travail social et l’expérience que ses bénéficiaires ont de leur propre trajectoire ; certes, la ville offre des espaces de liberté et decréativité et construit des mécanismes d’exclusion culturelle, sociale et spatiale ; certes, les ouvrages qui attaquent ensemble ces différents enjeux sont trop rares ; maisest-ce que cela doit nécessairement être vu à travers le filtre d’une espèce de nostalgie d’un passé communautaire et réconcilié ?
Pierre Ansay en tous cas ne l’envisage pas autrement 2, et ajoute à cette dimension qui rend son approche morale fort manichéenne, un style parfois ampoulé et un foisonnement demétaphores (à connotation) religieuses – «Le Bon Samaritain guérit le corps de l’Autre et Saül est guéri de la cécité» – qui rendront lalecture ardue pour plus d’un.
Les chapitres les plus faciles à pénétrer sont ceux sur «le sens du travail social» qui concluent l’ouvrage. Avec le risque – puisqu’on quitte avec eux le registrecritique – qu’ils soient pris comme une manière de se donner trop vite bonne conscience, plutôt que comme un horizon susceptible d’inspirer l’action concrète et d’endéceler les contradictions.
1 Pierre Ansay est expert de l’administration de la Cocof auprès de la Délégation régionale aux solidarités urbaines et y a animé la «missionCocof» sur l’optimalisation des équipements sociaux (Voir AE n° 69 du 21 février 00 p. 18).
2 Dans sa vision de la condition du citadin contemporain, il déplore l’effritement des familles et la disparition de la figure du père, mais sans, par exemple, les mettre en balanceavec les côtés sombres voire pathogènes des relations familiales. La famille et la société ne fonctionnent pas avec les mêmes mécanismes, p.ex. entermes de justice ; ou autrement dit, les outils des disciplines psy ne s’exportent que très difficilement vers l’analyse du social (Voir Gérard Mendel, «La sociétén’est pas une famille. De la psychanalyse à la sociopsychanalyse», La Découverte, Paris, 1992).

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