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"M.-H. Ska (CSC) : la formation ne peut se passer de la concertation avec les interlocuteurs sociaux "

02-04-2002 Alter Échos n° 117

Marie-Hélène Ska représente la CSC1 dans différentes instances comme le Comité de gestion du Forem, le Conseil économique et social de la Régionwallonne et le Conseil de l’éducation et de la formation. Elle donne un éclairage sur des questions d’actualité relatives à la formation : la validation descompétences, les Plans de résorption du chômage (PRC) et la réforme de l’enseignement qualifiant.
Alter Échos – Que pensez-vous du récent accord sur la validation ?
Marie-Hélène Ska – Une concertation s’est ouverte, en janvier de cette année, après l’accord en première lecture sur la constitution d’un consortiumd’opérateurs de formation (Enseignement de promotion sociale, Forem, Bruxelles Formation, IFPME). Cette concertation rencontre d’énormes difficultés parce qu’on a confondu deuxchoses : la notion de passerelles entre opérateurs (c.-à-d. le fait qu’ils s’accordent entre eux pour savoir à quel seuil on entre en formation chez chacun et pour que ce qui aété fait chez l’un soit reconnu chez l’autre) et la validation en elle-même (c.-à-d. la prise en compte des acquis des travailleurs ou des jeunes dans les cursus deformation et dans l’accès à l’emploi). Organiser des passerelles est extrêmement positif mais ça n’a rien à voir avec de la validation : en fait, la manièrede mettre celle-ci en œuvre (un consortium d’opérateurs de formation) n’est pas la bonne.
AE – Pourquoi ?
MHS – Ces opérateurs ne sont ni outillés, ni les bons interlocuteurs pour faire à eux tout seuls de la validation. Il faut pour cela disposer de l’expertise enmatière de prise en compte de l’expérience. Aujourd’hui, le formateur du Forem n’a aucun outil (méthodologies, approches, référentiels,…). Dès lors, lesystème mis en place ne permet que de faire valider son expérience à l’entrée de la formation sans possibilité de la prendre en compte directement dans un processusd’emploi (sans oublier les publics qui n’ont rien d’autre à valoriser que leur expérience extrascolaire). De plus, les missions du consortium sont trop vastes : il définit cequ’on valide, comment on le valide, qui fait les recours, etc. Il est juge et partie, au risque que d’autres ne reconnaissent pas sa validation.
AE – Le CEF avait proposé de donner un rôle central à la CCPQ, la Commission communautaire des professions et qualifications, en cette matière…
MHS – Oui, mais ses missions actuelles sont de définir des profils pour renouveler l’enseignement. Or on est ici au-delà de ce cadre ; d’où la nécessité deredéployer la CCPQ en une instance aux objectifs plus larges, en regroupant non seulement les acteurs de l’enseignement et de la formation mais aussi ceux de l’emploi. Actuellement, si lessyndicats interprofessionnels sont peu présents à la CCPQ, c’est que ce n’est pas notre première priorité que de réformer l’enseignement qualifiant. La CCPQ commele consortium relèvent d’un accord politique fort entre un petit nombre d’acteurs, ce qui limite par définition l’adhésion des autres. Il est grand temps de construire quelquechose de cohérent, qui prenne en compte les dynamiques de chacun des acteurs. Et ensuite pourquoi ne pas démarrer petitement ? Par ex. sur un petit nombre de profils : évaluons,suivons le processus et puis on montera en puissance…
AE – Quelle est la position de la CSC interprofessionnelle sur l’enseignement qualifiant ?
MHS – Tant que le gouvernement de la Communauté ne nous appelle pas autour de la table, nous ne pourrons intervenir sur les réformes fondamentales de l’enseignement (pas sur lesdomaines réservés comme la pédagogie, les statuts,…) ainsi que sur son financement (qui constitue un choix de société ainsi qu’un enjeu pour les autres secteurscommunautaires).
Sur le fond, nous pensons que la culture dominante du secondaire reste celle de l’enseignement général. En caricaturant, tout ce qui se fait dans une autre perspective est quasiment vucomme une déviance. Et donc, dans cette optique, il n’y a aucune raison objective pour considérer que tout ce qui relève de filières non valorisées doit rester dansl’école. Certains évoquent le basculement possible de certaines formations vers d’autres opérateurs que l’enseignement mais cela ne provoque aucune réaction collective;c’est révélateur du fait que certains publics ne semblent pas intéresser l’école. Celle-ci considérerait-elle qu’elle ne doit s’occuper que des élèvesqui adhèrent aux valeurs dominantes ? L’école ne peut plus considérer que sa fonction va de soi et qu’elle peut se contenter d’une obligation de moyens (et non derésultats). Enfin, il faut sortir du faux débat qui oppose la revalorisation du qualifiant et le fait de s’occuper des élèves paumés : nous avons à la foisbesoin d’excellence (pour tirer l’école vers le haut) et de socialisation.
AE – Comment vous positionnez-vous sur cet autre gros dossier que constitue la réforme des PRC.
MHS – L’harmonisation de l’ensemble des programmes est positive : un seul système au lieu de sept ! Et surtout il n’y aura en fait plus de travailleurs PRC : on transforme les PRC en unesubvention versée aux employeurs. Les travailleurs deviennent des travailleurs classiques : les gens ont un contrat de travail tout à fait normal. On reconnaît donc aussi que lePRC n’est plus du tout un programme de transition, et c’est la première fois qu’on reconnaît une dimension d’emploi durable dans le non-marchand.
Tout cela sous réserve de la mise en œuvre. La CSC sera attentive à ce que la revalorisation phasée prévue se passe dans de bonnes conditions. Car la véritableéchéance sera 2004 : pour l’instant, il y a un engagement politique de ne pas toucher aux projets en cours, mais à partir de 2004 on remet pratiquement les compteurs àzéro et là les grandes manœuvres vont commencer.
1 Chaussée de Haecht 579 à 1031 Bruxelles, tél. : 02 246 34 18.

Donat Carlier

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