Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Edito

Méchante entrave à la solidarité

Marie-Ève Merckx & Sandrine Warstacki 07-06-2017 Alter Échos n° 445
(c) Krasny

31 mai 2017. Palais de justice de Bruxelles. Associations et citoyens affluent de bonne heure pour un rassemblement. Ils sont venus soutenir six passagers d’un vol Belgique-Cameroun, poursuivis et entendus au pénal pour « entrave méchante à la circulation aérienne ». Les crimes perpétrés par ces dangereux fauteurs de troubles ? Avoir fait preuve d’humanité face à l’expulsion violente d’un migrant présent dans l’avion.

17 août 2016. Vol SN371 à destination de Douala. Alors que les passagers prennent place à bord, ils assistent à une scène choquante : un homme, ligoté, est maintenu sur son siège par deux policiers. Il crie et semble suffoquer. Indignation de la majorité des passagers : ils refusent de s’asseoir. L’expulsion est alors abandonnée. Les agents de police désignent, arbitrairement, six personnes comme étant les « meneurs » des protestations et les arrêtent.

29 mai 2016. Tribunal néerlandophone de première instance de Bruxelles. Pour s’être opposée à une expulsion sur un vol de Brussels Airlines, une femme est condamnée à une amende de 600 euros…

Cette stratégie assumée d’intimidation politique vise aussi des citoyens lambda.

Ces poursuites illustrent très concrètement la politique impulsée par Theo Francken. « Depuis mon entrée en fonction, l’Office des étrangers se porte partie civile dans ce genre de cas. Avant, cela ne se produisait jamais », se gaussait à l’époque le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration sur sa page Facebook(1). « Certains groupes d’action ont eu le champ libre pendant des années. Leur vision ne connaît pas de limite, leur arrogance non plus. »

S’il s’agit ici de criminaliser les actes de solidarité, l’élément plus interpellant encore dans cette stratégie assumée d’intimidation politique, c’est qu’elle ne vise pas seulement des mouvements militants, des professionnels de la défense des droits de l’homme. Elle cible auss0i des individus lambda qui, au gré des circonstances, se voient confrontés de façon brutale et inattendue à la violence des politiques migratoires.

Aussi, cette affaire résonne tristement avec l’histoire des habitants de la vallée de la Roya en France. Les villageois de cette région des Alpes-Maritimes, située à la frontière italienne, ont récemment eu maille à partir avec la justice pour avoir apporté une aide d’urgence, notamment des soins médicaux de base, aux migrants rencontrés au hasard des routes migratoires. (Lire axelle n°199 « Les délinquantes de la vallée de la Roya », mai 2017, Sandrine Lana.)

31 mai 2017. Des manifestants se réunissent devant le palais de justice sous la bannière : « Solidarity is not a crime ». La solidarité n’est pas un crime. Cela reste manifestement à prouver !

  1. Lire « Condamné à une amende pour avoir entravé une expulsion », Belga, 29 mai.
Marie-Eve Merckx

Marie-Eve Merckx

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