Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Archives

Les violences contre les femmes dans la sphère familiale : un film et un débat au Forum à Namur

« Trois femmes sur cinq sont victimes de violences à un moment de leur vie. Battues, violées, séquestrées, humiliées, mutilées, harcelées,vendues, elles subissent des violations de leurs droits fondamentaux… ». Et une femme sur cinq est victime de violences dans le couple. Thème d’une campagne d’AmnestyInternational1, la violence contre les femmes dans la sphère familiale a été portée en débat ce 25 novembre au cinéma Forum2 à Namur, après laprojection du superbe film espagnol Te doy mis ojos3 (Je te donne mes yeux).

15-12-2004 Alter Échos n° 176

« Trois femmes sur cinq sont victimes de violences à un moment de leur vie. Battues, violées, séquestrées, humiliées, mutilées, harcelées,vendues, elles subissent des violations de leurs droits fondamentaux… ». Et une femme sur cinq est victime de violences dans le couple. Thème d’une campagne d’AmnestyInternational1, la violence contre les femmes dans la sphère familiale a été portée en débat ce 25 novembre au cinéma Forum2 à Namur, après laprojection du superbe film espagnol Te doy mis ojos3 (Je te donne mes yeux).

La législation belge évolue tandis que les victimes ont peur de dévoiler l’intimité familiale

En matière de violence intrafamiliale, la législation belge est en constante évolution. Il y a la loi de 1989 qui réprime le viol entre époux. Celle du24/11/1997 considère que la violence perpétrée dans une relation de couple est une circonstance aggravante et double donc le minimum de la peine. En 1998, le harcèlementmoral est reconnu et réprimé en tant que violence psychologique dans le couple. Depuis le 6/01/2003, le logement familial est attribué au conjoint victime de violences. Pourremédier à la dépendance économique de la femme, Cédric Visart de Bocarmé, procureur du Roi de Namur, a rappelé comme système deprévention le fond de créances alimentaires, le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, seul le volet recouvrement est effectif, pour les avances, onattend une première évaluation du Fonds (cf. article à ce sujet dans ce numéro).

L’enseignement donné aux jeunes magistrats a lui aussi évolué : « Anciennement, on nous enseignait de classer sans suite la violence intrafamiliale. Depuisquelques années, nous sommes plus sensibles à ces réalités » : témoigne Cédric Visart de Bocarmé. Mais celui-ci reconnaît que lesmagistrats « sont mal outillés pour apprécier ce qui se passe à l’intérieur de l’intimité familiale ». D’autant plus que les femmessont souvent réticentes à déposer plainte. « Mais un PV peut être rédigé et transmis au parquet sur base d’un constat de violence par la police.Il faut trouver un système de repérage. Il existe une criminalité qu’on ignore car il y a une peur de dévoiler à un service l’intimité familiale.Si la victime refuse de poursuivre, la justice hésite à le faire et c’est un tort auquel il faudrait remédier ».

En matière de répression, « la prison n’est pas la sanction la plus efficace, d’autant plus qu’on n’exécute pas les peines inférieuresà 6 mois ». Mais il existe une proposition de loi – l’expulsion immédiate du logement familial – qui pourrait donner un moyen de pression sur les personnesauteures de violence. D’autre part, la médiation permet de « trouver un terrain d’entente (thérapie, formation ou accompagnement psychologique ou/et une peine detravail) ».

Les auteurs de violences renvoient à leurs victimes une image négative d’elles-mêmes

Le film Te doy mis ojos reflète bien la problématique des femmes victimes de violence au sein du couple. Micheline Lazard, infirmière sociale à l’Arched’Alliance4 à Namur (qui accueille des femmes et leurs enfants) témoigne : « Les femmes finissent par croire qu’elles ne valent rien. Elles s’identifient auxparoles que leur lance leur conjoint, elles se culpabilisent. Et elles sont attachées affectivement. Comme dans le film, de multiples essais de séparation, d’allées etvenues sont nécessaires avant la séparation définitive ».

Créée en 1992 pour accompagner les auteurs de violences conjugales et familiales (de plus de 18 ans) individuellement ou en groupe, l’association Praxis5 assure depuis 2000 cetaccompagnement dans le cadre de la médiation pénale (pour éviter l’incarcération) sur les 13 arrondissements judiciaires francophones. Vincent Libert, directeur del’asbl Praxis a expliqué qu’« ils arrivent à un moment clé de leur histoire, lorsque la justice a décelé un problème de comportement. Touten s’affirmant d’abord l’objet d’une erreur judiciaire, ils font un petit geste en venant malgré tout. Ils peuvent alors faire un travail d’appropriation de lacontrainte à l’intérieur d’eux-mêmes et un travail de responsabilisation. Mais nous n’avons pas une prétention thérapeutique ».

Pour Vincent Libert, le couple du film Te doy mis ojos illustre bien la violence et l’humiliation que l’homme fait subir à sa femme « qui veut s’envoler »(partir et faire du bénévolat dans les musées de Tolède) « pour casser chez elle le ressort moral et pour garder la main sur l’image qu’il a de lui. Ilne veut pas qu’elle l’abandonne à lui-même, c’est-à-dire à pas grand chose ».

Dans le public, une femme qui a subi des violences de son compagnon (coups de couteau) a témoigné du sentiment d’exclusion qu’elle a éprouvélorsqu’elle est partie sans papiers et sans bagages. De la peur des représailles, du manque de soutien de son entourage et de compréhension de l’école de son enfant,des lacunes de la justice, et du problème de « se retrouver à la rue » après 6 mois d’hébergement dans une maison d’accueil : « La justicedevrait bouger plus vite. Il faut que cela se dise parce que la population ignore tout cela. On entend encore trop aujourd’hui “qu’elle l’a mérité”».

1. Groupe 28 – Amnesty : rue de la Haube, 2 à 5001 Belgrade – tél. : 081 73 05 66 –
courriel : groupe28@aibf.be (contact : Daniel Clarembaux).
Amnesty International, rue Berckmans, 9 à 1060 Bruxelles –
site : http://www.amnesty.be
Publication du rapport : « Mettre fin à la violence contre les femmes » (8 euros). Une pétition est accessible sur le net. Production d’un CD : « Elles chantentcontre la violence faite aux femmes » (sur une idée de Marka) (4 euros).
2. Forum, rue du Belvédère, 41 à 5000 Salzinnes-Namur – tél. : 081 73 64 69 (bureau) –
courriel : cineforum@skynet.be
site : www.cineforum.be
3. Te doy mis ojos, (titre français : Ne dis rien), d’Iciar Bollain, a reçu 7 Goyas, le grand prix du festival de femmes de Créteil, et il vient de recevoir le prixeuropéen du scénario.

4. Arche d’Alliance, bd. d’Herbatte, 27 à 5000 Namur – tél. : 081 23 11 27.
5. Praxis, rue St Laurent, 170A à 4000 Liège – t&eacu
te;l. : 04 228 12 27 – fax. : 04 228 12 29 –
courriel : praxis@swung.be
Sur l’Arrondissement Judiciaire de Namur en 2003, 2.678 PV sur 26.000 concernent une atteinte à l’intégrité physique dans la sphère familiale (1,25 % de toutela criminalité concerne les violences conjugales), 285 dossiers ont été établis pour des faits de violence dans le couple.

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)