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Regard critique · Justice sociale

Le MR dénonce une cohésion sociale sélective

Emmanuel De Bock (MR) estime que 20 % des pauvres ne bénéficient pas de la cohésion sociale. Il demande une révision des critères.

29-03-2010 Alter Échos n° 292

Emmanuel De Bock (MR)1 estime que 20 % des pauvres ne bénéficient pas des programmes Cocof pour la cohésion sociale. Il demande une révision descritères.

En ce moment, les communes et associations bruxelloises concernées par le décret Cocof sur la cohésion sociale planchent sur leurs dossiers à rentrer pour la nouvelleprogrammation 2011-2015. Le député Emmanuel De Bock (MR) regrette toutefois que « les nouvelles priorités2 abandonnent les actionsintergénérationnelles, les questions de genre (égalité homme-femme), ou encore la lutte contre la fracture numérique, l’accès aux nouvellestechnologies. » Pour lui, cela met en danger les associations actives dans ces secteurs – même s’il reconnaît n’avoir reçu à ce jour aucune plainte du terrain.Il estime aussi qu’il s’agit « d’un désaveu par rapport à la politique menée ces cinq dernières années, politique de dispersion des moyenssans véritable hiérarchisation des priorités ». Ce que ne nie pas Charles Picqué (PS), ministre en charge de la Cohésion sociale au sein duCollège de la Cocof (Commission communautaire française), qui reconnaissait précédemment (Alter Échos nº 290) que le programme était un peu« fourre-tout ».

Le vrai problème : l’EDRLR

Mais le cœur du problème, pour Emmanuel De Bock, est d’avoir lié la cohésion sociale aux périmètres EDRLR (espace de développement renforcédu logement et de la rénovation) – auxquels sont aussi liés les contrats de quartier. Conséquence, six communes sur dix-neuf (Berchem-Sante-Agathe, Ganshoren, Uccle,Watermael-Boitsfort, Woluwe-Saint-Pierre et Woluwe-Saint-Lambert) sont exclues du dispositif. Or ces six communes représentent « un peu plus de 20 % de la précaritébruxelloise puisqu’un Bruxellois sur cinq qui gagne moins de 800 euros par mois (critères de pauvreté) habite dans l’une de ces six communes ». Et de renvoyer àune série d’études récentes de l’Igeat (ex. : Atlas des quartiers en difficultés) qui « ont montré le développement de poches depauvreté de plus en plus importantes dans la seconde couronne ».

Cette revendication du MR, présent dans ces six majorités communales, n’est pas neuve. Charles Picqué y a encore répondu lors de la rencontre irisée du 8 mars :pour lui, il est vrai d’affirmer que certains publics vivant dans des « poches problématiques » situées dans des communes plus aisées pourraientbénéficier des dispositifs de cohésion sociale, mais « à moyens égaux, on ne changera pas. On ne prendra pas d’argent à Anderlecht pour le donnerà d’autres communes plus aisées ». En d’autres termes, les communes ayant suffisamment de moyens doivent intervenir sur fonds propres, faire jouer la solidarité en interne,avant de solliciter la Région.

Le député MR insiste néanmoins sur la nécessité de sortir certains quartiers de l’EDRLR, car ils ont évolué. « Il y a eu des effets degentrification, comme l’a montré Alice Romainville (Igeat) dans une récente étude. S’il y a des quartiers qui restent très fragilisés, les contrats de quartiers onteu un impact et certains quartiers ne sont plus fragilisés. Il faudrait donc les faire sortir de l’EDRLR pour en faire rentrer d’autres. » Et par là, sous-entend-il,libérer des moyens.

Le problème est qu’il faut pouvoir objectiver ces choix au moyen d’outils statistiques. Or ceux-ci font défaut. « En effet, explique Emmanuel De Bock, les indicateurssocio-économiques ne sont pas à jour, et accusent un retard de cinq à dix ans sur la réalité socio-démographique. Comment dès lors mener une politiquecohérente ? Un exemple parmi tant d’autres : la note présentée parle d’un public-cible provenant à 61 % de l’UE et 39 % hors UE. Or, selon nosestimations, on serait aujourd’hui dans un rapport de 75 % – 25 %, vu les importantes régularisations qui ont eu lieu entre 2000 et 2008. Cette absence de statistiquesactualisées ne permet pas une objectivation des moyens et des besoins. » Par conséquent, il est aussi difficile d’évaluer l’impact des politiques sur le terrain.

Au cabinet Picqué3, on rétorque que le monitoring des quartiers devrait remédier à cela. De là à dire que le ministre-présidentbruxellois a l’intention de revoir l’EDRLR ? En tout cas, pas sans perspective de refinancement de la Cocof.

1. Emmanuel De Bock, PRB – Groupe MR – 1005 Bruxelles – tél. : 0497 59 99 42 – courriel : emmanueldebock@hotmail.com – site : http://www.emmanueldebock.be

2. Les nouvelles priorités concernent le soutien à l’accompagnement scolaire, l’alphabétisation via l’enseignement du français et l’accompagnement desprimo-arrivants.
3. Cabinet de Charles Picqué, rue Ducale, 7-9 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 506 32 11 – courriel : info@picque.irisnet.be – site : http://www.pourbruxellesavecvous.be

Baudouin Massart

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