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Le Cunic s’est penché sur l’évolution de l’accompagnement à la formation

La 8e Université d’été des formateurs d’adultes du Cunic1 s’est clôturée ce 29 août aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur endécryptant l’évolution du métier de formateur dans sa dimension d’accompagnement.

28-07-2005 Alter Échos n° 148

La 8e Université d’été des formateurs d’adultes du Cunic1 s’est clôturée ce 29 août aux Facultés Notre-Dame de la Paix à Namur endécryptant l’évolution du métier de formateur dans sa dimension d’accompagnement.

Joëlle Van Gasse de la Funoc a mis en perspective le formateur face à l’évolution des publics en formation. « Il y a une vingtaine d’années, la majorité desstagiaires avaient connu l’emploi. Aujourd’hui, le public se compose majoritairement de chômeurs ou de personnes ayant connu le travail au noir, les ALE, PTP, article 60… Les formateursne pouvant plus s’appuyer sur une culture ouvrière font une initiation à la vie sociale et économique et redessinent toute cette mémoire qui a disparu. »

Problématiques du xixe siècle et effets de la dualisation de l’enseignement

« Avant, le niveau de scolarité était significatif d’un niveau de compétences. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la dualisation de l’enseignement quifait qu’il ne reste rien de la scolarité de jeunes et moins jeunes qualifiés. Certains doivent être orientés vers des groupes d’alphabétisation. Nous devenons aussides démarcheurs auprès des publics et de leurs relais pour susciter le besoin de formation. »

J. Van Gasse témoigne de l’évolution des problématiques sociales auxquelles sont confrontés les formateurs : « Certains sont sans domicile au moment del’inscription, il y a des manifestations d’apathie, d’endormissement, des problèmes de malnutrition, de surendettement (quasi un stagiaire sur deux). Des problèmes de santéobligent de nombreux stagiaires à interrompre leur formation, sans même le signaler… Nous sommes confrontés aux mêmes problématiques qu’au xixe siècleoù l’on a créé des écoles ménagères pour dispenser le bagage de base. »

« Le rapport au temps et à l’espace est problématique. Les stagiaires ne voient pas plus loin que trois jours. Le formateur doit donc développer des stratégiespour qu’ils puissent donner à leur formation un sens à plus long terme. Ce public est également de moins en moins mobile. Faire 10 km est gigantesque pour eux. »

« Il y a aussi un cadre réglementaire qui pose problème pour notre public. Avec le décret des OISP nous nous voyons obligés de refuser jusqu’à 20stagiaires qui n’ont pas de statut (comme les sans-papiers). »

« Nous devons aussi stimuler les formateurs qui se voient encadrer des personnes précarisées tout en ayant eux-mêmes des statuts précaires. Or, un formateur nepeut être convaincant que s’il est lui-même convaincu. »

J. Van Gasse en a conclu que l’attitude idéale pour un formateur est de faire une approche dialectique des problématiques sociaux et pédagogiques mais que cela crée desproblèmes de subsidiation car l’accompagnement individualisé des problèmes psychosociaux prend du temps et exige de créer un lieu d’écoute pour les stagiaires maisaussi pour les formateurs qui éprouvent le besoin de s’exprimer.

L’accompagnement social nécessaire à la Mirec

Adeline Bodson, chef de projet et accompagnante sociale à la Mirec, a renchéri par son témoignage : « À la Mirec, l’accompagnement social est devenunécessaire et le soutien individuel s’est accompagné d’un soutien collectif. Les assistants sociaux sont devenus des animateurs de groupes. » Elle a parlé du conceptd’employabilité qui laisse présager un double danger car les employeurs exigent une efficacité maximale dans leur entreprise tout en se sentant légitimés dans leurdiscours par les médias et la société dans son ensemble. D’autre part, le demandeur d’emploi est légitimé et valorisé dans son droit à un salairedécent à peu de kilomètres. « On perd le sens de la limite à la liberté individuelle et le travailleur social est lui aussi perdu. Nous sommes dans unesociété où on zappe sans arrêt et où la culture de l’immédiat est encouragée par le Net. »

Le tutorat en entreprise, expérimenté par l’ULG

Autre forme d’accompagnement abordée au colloque : le tutorat en entreprise. Xavier Rosy, chercheur et chef de projet au CRIFA – ULG (Centre de recherche sur l’instrumentation, la formationet l’apprentissage), a décrit le projet pilote expérimenté au CHR de Liège. Le tutorat, « dispositif de formation intégrée au travail », permetd’accélérer l’autonomie des nouvelles infirmières qui doivent apprendre à gérer beaucoup de choses en même temps. La première fonction des tuteurs estd’accomplir leur propre travail mais également de transférer des compétences, un peu comme le compagnonnage dans une structure complexe.

1 Cunic (Centre Universitaire de Charleroi), av. Général Michel, 1B à 6000 Charleroi – tél. : 071 65 48 30 – fax : 071 32 86 76 – courriel : cunic@cunic.be(L’Université d’été a reçu le soutien de la Région wallonne et du Fonds social européen).

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