Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Le capitalisme est mort, vive l'économie positive ?

Les crises économiques, financières et climatiques et leurs conséquences sociales, nécessitent de mettre en place des solutions qui abordent l’économieautrement. Mais est-il possible d’avoir une activité économique rentable tout en y intégrant des valeurs sociales et environnementales ? Le récent colloque «Comment construire une économie positive ? » a tenté de le prouver. De là à remettre les fondamentaux du capitalisme en question…

01-07-2009 Alter Échos n° 276

Les crises économiques, financières et climatiques et leurs conséquences sociales, nécessitent de mettre en place des solutions qui abordent l’économieautrement. Mais est-il possible d’avoir une activité économique rentable tout en y intégrant des valeurs sociales et environnementales ? Le récent colloque «Comment construire une économie positive ? » a tenté de le prouver. De là à remettre les fondamentaux du capitalisme en question…

Pour l’occasion, Positive-Economy.eu, projet visant la promotion d’un comportement économique responsable et organisateur de la journée, entendait donner la paroleà quelques experts ainsi qu’à des entrepreneurs s’inscrivant dans cette philosophie. Car l’économie positive, c’est quoi  ? Positive-Economy.eu la définit comme« une autre approche de l’économie, dans le respect des valeurs humaines, sociales et environnementales. Une économie en harmonie avec la société et lemonde qui nous entoure ».

Dérèglement de l’économie = dérèglement des valeurs  ?

Le constat est partagé par tous les intervenants en introduction de ce colloque  : il faut réguler l’économie. Comme a tenu à le rappeler Paul-Marie Boulanger,sociologue et démographe, directeur de l’Institut pour un Développement durable, l’économie a, en principe, un rôle actif dans la croissance du bien-être. Oraujourd’hui, quand on regarde produit intérieur brut (PIB) et perception subjective du bonheur, il n’y a pas nécessairement de corrélation. En d’autres mots, augmenter saconsommation ne donne pas le sentiment d’être plus heureux. P.-M. Boulanger précise que la situation matérielle n’intervient d’ailleurs que pour 7  % dans l’estimation dubonheur. Le besoin d’appartenance, la justice, le sens de la vie sont autant d’éléments qui auront une influence plus directe sur notre bien-être. L’économie n’est doncplus pourvoyeuse de mieux-être, au contraire, elle nous rend incapables d’accéder à ces besoins « non matériels ». Elle individualise et, biensouvent, nous entraîne dans des logiques qui ne servent pas l’intérêt général.

Anna Maria Darmanin, membre du Comité économique et social européen, vice-présidente du groupe « Marché unique, production etconsommation », dénonce notre système de valeurs qui s’en voit ainsi modifié  : vendre le footballeur Ronaldo, leader du club Manchester United, pourprès de 93 millions d’euros ! C’est exactement la somme d’argent qui aurait été nécessaire à la reconstruction de l’Aquila, cette région proche de Romedétruite par un tremblement de terre, il y a quelques semaines à peine.

Une approche qui séduit et fait des petits

Ils sont de plus en plus nombreux, ces nouveaux « entrepreneurs sociaux » qui tentent d’apporter leur pierre à une économie plus juste et plus humaine.Plusieurs d’entre eux sont venus témoigner de leur aventure.

C’est le cas de Sineo1, par exemple, jeune entreprise française proposant une solution de lavage de voiture sans eau et dont les produits sont entièrementbiodégradables. Ce projet comporte en outre un volet insertion. Ces deux dimensions, sociale et environnementale, semblent attirer le client. « Les entreprises sont en recherche desolutions écologiques ou durables, notre service fonctionne notamment grâce à cela », explique une représentante pour la Belgique. Les échos sontidentiques du côté de Puerto Cacao2, chocolaterie artisanale et équitable située à Paris. Guillaume Hermitte, son fondateur et directeur,indique  : « Je travaille sur des choses à offrir et quand on offre quelque chose, on communique sur ses valeurs. Pour une entreprise, offrir mes chocolats, c’est faire savoirà ses clients qu’elle est concernée par ces problématiques-là. »

Entreprendre en économie positive, c’est aussi se poser la question de la rentabilité de son activité. À ce titre, le caractère durable de l’entreprise peutparfois faciliter les choses. L’exemple de Puerto Cacao est parlant puisque l’aspect équitable et le volet insertion de son projet lui ont permis de lever plus rapidement des fondsprivés et européens. Bien sûr, ça ne suffit pas. La dimension économique doit être réfléchie. Chez Valid People3,société néerlandaise de courrier express employant des personnes souffrant d’une déficience physique, on a fait appel à un « marketeur »tout droit sorti d’une école de commerce. « La question qui m’a été posée en arrivant c’est de savoir comment gagner de l’argent avec ce type de public tout enpoursuivant nos objectifs sociaux  ?, explique l’intéressé, On a fait un site web, des échanges de vacance de postes,… Avec cette expérience, on voudraitaujourd’hui aider les entreprises à travailler avec cette population en développant des activités de coaching et de formation, par exemple », ajoute-t-il.

« Travailler avec des personnes en difficultés est un facteur-clé de succès à enseigner dans les écoles de commerce »  : on tiremanifestement les mêmes leçons chez Chênelet4, les pionniers du logement social écologique en France. Le moteur de François Marty, directeur, c’est de voirque son activité sert non seulement des objectifs sociaux et environnementaux, mais aussi qu’elle produit des effets positifs et cumulatifs sur l’ensemble de ses parties prenantes(travailleurs, clients, habitants de l’entité, etc.). Des améliorations ont pu être observées sur plusieurs aspects  : l’insertion de travailleurs peu qualifiés,la place des femmes dans un secteur d’activité essentiellement masculin, un recul de l’illettrisme, la qualité de l’habitat, la revalorisation du travail manuel. Autant de succèsqui font dire à François Marty  : « Il faut viser haut quand on monte son entreprise, pas seulement faire en sorte qu’elle fonctionne. »

Se financer durablement

« La première condition de durabilité, c’est la rentabilité  ! On n’est pas une asbl » explique Frédéric Rouvez, cofondateurd’Exki5, cette chaîne de restaurants « 100  % naturel ». À la question de savoir comment une entreprise durable peut se financer, ilrépond  : « De toutes les façons classiques avec un business plan rentable ». Le caractère durable du projet permet néanmoins d’accéderà des financements qu’on ne peut obtenir en tant qu’entreprise classique. Dans le cas d’Exki, c’est auprès de la banque Triodos6 que les fonds ont pu êtrelevés  : «&nb
sp ;Ça a eu l’avantage qu’on soit moins touchés par la crise. En outre, ce genre de banquier ne vous laisse pas tomber en cas de difficulté, undialogue est toujours possible, même s’il est aussi exigeant que les banques dites classiques », ajoute Frédéric Rouvez.

Autre mode de financement  : les actionnaires. Les projets durables attirent bien souvent des personnes qui ont une vision à long terme, qui ne sont pas des financiers. Le statut decoopérative s’avère aussi une excellente formule. Elle permet de se constituer des fonds propres en proposant à des personnes de prendre des parts dans le projet. Le directeur duRéseau Financement alternatif7, Bernard Bayot, abonde dans ce sens  : « Depuis quelques mois, nous conseillons ce statut aux personnes que nous rencontrons et quimontent des projets. Cela fleurit très fort, principalement du côté francophone du pays. » À en croire l’enthousiasme des invités, l’équationserait simple : une bonne idée, un bon business plan et le tour serait joué.

Mais encore faudrait-il faire le tri entre toutes ces bonnes intentions. De la posture marketing « pro-développement durable » à des projets basés sur uneredistribution sociale des bénéfices et sur une intégration complète des préoccupations environnementales, il y a des marges… La remise en question dusystème économique libéral n’ayant pas, loin s’en faut, la même ampleur dans l’une ou l’autre hypothèse de travail.

1. Sineo Belgique :
– adresse : rue Colonel Bourg, 120 à 1140 Bruxelles
– tél. : 02 726 75 60
– courriel : evere@sineo.be
– site : www.sineo.be
2. Puerto Cacao :
– adresse : rue de Tocqueville, 53 à 75017 Paris, France
– tél. : +33 (0)1 42 67 28 51
– site : www.puerto-cacao.fr
3. Valid People :
– Asterweg 10, 1031 HN Amsterdam – Pays-Bas
– tél. : +31 (0)20-636 26 50
– courriel : info@validpeople.nl
– sites : www.validpeople.nl et www.validexpress.nl
4. Chênelet :
– adresse : rue de Moyecques, 28 à 62250 Landrethun le Nord, France
– tél. : +33 (0)3 21 10 51 16
– courriel : fmarty@chenelet.org
– site : www.chenelet.org
5. Exki :
– adresse : chaussée d’Ixelles, 12 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 551 52 28
– courriel : info@exki.be
– site : www.exki.be
6. Banque Triodos :
– adresse : rue Haute, 139/3 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 548 28 28
– courriel : contact@triodos.be
– site : www.triodos.be
7. Réseau Financement Alternatif :
– adresse : chaussée d’Alsemberg, 303-309 à 1190 Bruxelles
– tél. : 02 340 08 60
– courriel : info@rfa.be
– site : www.financite.be

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)