Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Dans un communiqué de presse daté du 21 août, la ministre wallonne de l’Emploi et de la Formation, Marie Arena1, a démenti l’information selon laquelle elle « auraitrefusé la reconduction du programme Prime de l’asbl La Teignouse2 de Comblain-au-Pont, contraignant cette association à préaviser ses travailleurs ». Le cabinet de la ministreprécise qu' »après vérification de l’ensemble des données (…) il n’a d’ailleurs pas encore été consulté » à ce propos.
ýr, dans un courrier daté du 2 août, la Direction de la Résorption du chômage dépendant de la Division de l’Emploi et de la Formation professionnelle(Direction générale de l’Économie et de l’Emploi) répondait au Centre de jeunes Animateurs sans frontières3 (une asbl sœur de La Teignouse) en ces termes : « Jeporte à votre connaissance que la demande de renouvellement du projet P.R.I.M.E. n°30.699/006 a été refusée. Vous trouverez ci-joint copie de la décision.J’attire votre attention sur le fait que la Région supportera le coût du préavis des travailleurs pour autant que celui-ci soit remis dans le mois de la présentenotification de décision. » Datée du 23 juillet 2001, la décision de la ministre spécifie à l’association : « Votre demande du 12 juillet 2000 est refusée pournon-respect de l’article 5, alinéa 1er, a), 2° dudit décret (dette de 272.206 FB envers le FOREm, à la date du 30 janvier 2001). »
De son côté, le Centre de jeunes reconnaît avoir pris du retard dans ses paiements. La dette de 272.206 F envers le Forem concerne « la facture de rétrocession dutroisième trimestre 2000, qui arrivait à échéance le 27/12/2000. Cette facture a été apurée le 21/03/2001. La dernière facture reçue,concernant le premier trimestre 2001, arrivait à échéance le 29/07/01, et a été réglée le 03/07/01. Notre asbl n’a à ce jour, ni à ladate de décision du 23/01/01, aucune dette envers le Forem. Nous ne comprenons pas pourquoi un état récent de la situation n’a pas été pris enconsidération. »
Le discours est identique à la commune de Comblain-au-Pont4, où le bourgmestre Cyrille Tahay se sent également concerné : « Toute la structure de La Teignouse est mise endanger par la décision d’Arena. Si aucune solution n’est trouvée, une flopée d’activités vont disparaître dans la région : les maisons des jeunes, les actionsmenées dans les écoles, par rapport aux familles, aux toxicomanes, etc. Il serait dommage que ces activités en place depuis douze ans s’effondrent à la suite d’unemaldonne entre l’administration et la ministre. D’ailleurs, la demande pour la reconduction du projet Prime avait été introduite en juillet 2000 et la réponse devait arriver le31 décembre 2000, or la décision date du 23 juillet 2001. » De son côté, Ariste Wouters, directeur de La Teignouse, reconnaît avoir commis l’erreur d’attendre : « Onattendait des instructions de la Région wallonne pour agir, c’est vrai qu’on aurait dû relancer l’administration, mais on n’a pas non plus été relancé à cepropos. Faut-il pour autant supprimer le travail réalisé jusqu’ici, depuis douze ans, sur la base d’un malentendu ? »
« Que va-t-on faire pour les bénéficiaires et pour les travailleurs? s’inquiète Ariste Wouters. A l’heure actuelle 22 emplois sont menacés à La Teignouse : 15 avecla décision de Marie Arena et 7 à la suite de la suppression du contrat de prévention5. La ministre veut bien rencontrer les travailleurs, mais pas les promoteurs du projet.C’est ne pas tenir compte de la réalité locale. » En conséquence, l’asbl a décidé d’intenter un recours devant le Conseil d’État.
Au cabinet de la ministre, on trouve l’action osée, d’autant plus que l’association aurait attendu plusieurs mois avant de se mettre en ordre. De plus, il y aurait eu mise à dispositiondes travailleurs entre les deux asbl, ce qui est contraire à la loi. En ce qui concerne les quinze postes Prime de l’asbl Centre de jeunes, le cabinet souhaite éviter qu’ils soientperdus : « L’Administration a proposé leur transfert vers l’asbl La Teignouse dans la mesure où [la] dette ne pouvait être apurée par l’asbl Centre de jeunes –Animation sans frontières. Actuellement, le dossier de transfert est toujours à l’analyse et ne pourra être instruit par la ministre tant qu’une solution d’apurement de la detten’aura pas été trouvée, soit par l’asbl Centre de jeunes – Animation sans frontières, soit par l’asbl La Teignouse. Aucune décision n’a donc étéprise, à ce jour, par la ministre. »
Ces incidents et ces échanges peuvent paraître anecdotiques, d’autant que ni les responsables de La Teignouse, ni le bourgmestre ne semblent dépourvus d’espoir de trouver dessolutions pour ces 15 emplois. Elle a cependant attiré l’attention médiatique parce qu’elle surivent à la veille de la reprise de l’important débat sur laréforme et l’uniformisation des critères d’octroi des emplois PRC en Wallonie, avec lequel, précise toutefois le communiqué de la ministre, il n’y a « aucun lien ».
1 Rue Moulin de Meuse 4 à 5000 Namur (Beez), tél. 081 23 47 11, fax : 081 23 47 64.
2 Officiellement mis sur pied en 1989, le Service régional de prévention La Teignouse mène des actions principalement dans les domaines suivants : intervention en milieu familialet accompagnement de jeunes (délinquants, toxicomanes, en décrochage scolaire, etc.). Elle mène également des actions à l’égard des résidantspermanents en camping. Elle couvre les communes d’Aywaille, d’Anthisnes, de Clavier, de Comblain-au-Pont, d’Esneux, de Ferrières, d’Hamoir, d’Ouffet, de Sprimont et de Theux. Adresse : Sart 2à 4171 Poulseur, tél. : 04 380 08 64, fax : 04 380 08 65; e-mail : lateignouse@swing.be.
3 Avenue François Cornesse 61 à 4920 Aywaille, tél. : 04 384 44 60, fax : 04 384 79 03.
4 Place Leblanc 13 à 4170 Comblain-au-Pont, tél. : 04 369 99 99, fax : 04 369 99 92.
5 Le 4 mai dernier, sur proposition du ministère de l’Intérieur, le gouvernement fédéral a revu les critères d’attributions (caractère urbain etdegré de criminalité) des subsides des contrats de sécurité et des contrats de prévention pour la période 2002-2003. Le contrat de prévention de lacommune de Comblain-au-Pont, qui le porte pour 10 communes de la région, n’a pas été reconduit. Il viendra à expirer le 31 décembre 2001. A ce sujet, la commune deComblain-au-Pont a intenté un recours en suspension et en annulation devant le Conseil d’État. Aux dires de l’avocat de la commune, les critères objectifs qui ont servi àla sélection des contrats de prévention ne seraient pas encore définis, ni mêmes connus.

Baudouin Massart

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