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"La Société wallonne du logement va rénover et désenclaver 18 cités sociales"

26-08-2002 Alter Échos n° 125

Dans notre dernière livraison, nous évoquions les intentions de la Société wallonne du logement1 (SWL) concernant son programme de requalification des quartiersd’habitations sociales en difficultés. En tout, 18 quartiers de cités sociales ont fait l’objet d’une étude. Trois types d’opérations ont été inscritesau programme de 2001 :
> les opérations à redéfinir, qui consistent à approfondir l’étude ou à élargir le périmètre avant de définir lesinterventions durables à réaliser ;
> les opérations à poursuivre portent sur les travaux à réaliser en vue de la requalification durable du quartier ;
> les opérations structurées à accompagner, où les interventions de requalification sont en cours ou terminées. Néanmoins, des travaux doivent encoreêtre accomplis en vue du maintien en état locatif et de la mise à niveau de confort des logements. Ces opérations seront financées de manière plusclassique.
Deux quartiers vont faire l’objet d’opérations structurées à accompagner. Onze autres vont faire l’objet d’opérations à poursuivre, deux quartiersd’opérations à définir et trois cités seront visées par des opérations à poursuivre et à redéfinir.
Par exemple, à Liège, quatre quartiers sont visés par des opérations à poursuivre ou à redéfinir : la cité des Franchimontois, le quartier desVennes, la place Jules Seeliger et les tours Droixhe2. Le premier immeuble est situé en Zone d’initiative privilégiée axée sur la requalification des noyauxd’habitat (ZIP 2) et en Zone d’aménagement privilégiée (ZAP) et le tissu associatif est très important dans le quartier. Les travaux devraient porter, entre autres,sur la rénovation des façades et l’isolation (remplacement des châssis). Le quartier des Vennes, lui a été créé dans les années 20. Des travauxde rénovation légère et de rénovation lourde ont été entrepris afin de mettre les logements en conformité avec les exigences actuelles. Le secteurassociatif est actif dans le quartier. Créés en 1928, les 66 logements de la place Seeliger n’ont jamais fait l’objet de rénovation. Leur insalubrité aentraîné leur abandon. Des travaux de rénovation lourdes de logement sont prévus et, au niveau social, il est question d’y créer une régie de quartier. Laréhabilitation urbanistique de ces trois sites devrait idéalement se faire en concertation et en collaboration avec la Ville de Liège, afin qu’ils s’inscrivent dans les projetsde rénovation du quartier nord.
D’une manière générale, les travaux visent à apporter des correctifs – parfois importants – au manque de confort, en vue de la mise en conformité parrapport aux normes de sécurité et de salubrité, ainsi qu’à adapter les logements. En matière de sécurité, il est souvent question de réduire lataille des sas d’entrée « pour éviter l’accaparement de ces espaces par des bandes de jeunes ». L’accent est également mis sur le nécessaireréinvestissement des pouvoirs locaux (présence policière, etc.) dans les cités et sur le rôle de l’associatif. Il apparaît aussi indispensable de renforcer laconcertation entre les acteurs locaux et les habitants, non seulement des cités, mais aussi du voisinage, afin de désenclaver les cités sociales3.
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Pas de travaux sans accompagnement social
La Cité du Préau à Bernissart (opération à poursuivre) montre à quel point la requalification d’un quartier en difficulté ne peut se limiter àun investissement en « briques ». L’action sociale est incontournable.
«La cité Préau se caractérise par un niveau de délinquance juvénile que l’on peut qualifier de grave en comparaison avec les autres cités de larégion. Les problèmes d’insécurité, de toxicomanie, de vente de drogues et de comportements à risques sont importants. Le quartier est fortementstigmatisé et mal vécu. Quelques asbl sont présentes sur le site, mais manquent de coordination. La SLSP a organisé plusieurs fêtes mais la gendarmerie – etmaintenant la police ont dû intervenir régulièrement. Les acteurs locaux semblent découragés, les projets des éducateurs de rue n’ont pasrésisté aux réalités du terrain. »
«Dans un quartier accumulant les difficultés, les interventions sur le bâti ne peuvent résoudre les problèmes sans travail social », estime l’auteur del’étude. « La désignation d’une personne responsable de la coordination de l’action sociale est impérative ». Et de conclure : «Le quartier et seshabitants sont stigmatisés. La population de la cité Préau est très jeune et sans espoir, ce qui la conduit à des comportements extrêmes.L’accompagnement social est une nécessité pour assurer non seulement la pérennité des travaux mais également leur réalisation et leurachèvement.»
À la cité des Hamendes à Jumet (opération à redéfinir), l’auteur de l’étude dresse un constat encore plus inquiétant : «Au niveau social,les interventions publiques sont nécessaires surtout si les travaux sont postposés. Avant tout le quartier doit être sécurisé. L’installation d’unepermanence de police serait bienvenue. Des actions sociales doivent être mises en place de toute urgence (encadrement des enfants, des adolescents, des adultes et des personnesâgées et mise en œuvre d’une démarche pédagogique : droit et devoir d’un logement, dispositif participatif).» Sa conclusion est sans appel :«Les intervenants publiques ne doivent pas attendre qu’une décision au niveau du bâti soit prise pour mettre en place des actions car la cité est en passe de devenirune réelle zone de non-droit.4»
Il semble qu’à la cité Parc de Marcinelle (opération à poursuivre), cette donnée a été prise en compte : «Le quartier a étéconfronté, il y a une dizaine d’années, à des problèmes de criminalité, mais la violence a fortement diminué depuis l’installation ducommissariat de police. L’organisation de la vie par les acteurs publics et par les asbl permet une régulation sociale.»
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1 Société wallonne du logement, rue de l’Écluse 21 à 6000 Charleroi, tél. : 071 200 211, fax : 071 302 775, site internet : http://www.swl.be.
2 Nous avons déjà évoqué la situation de Droixhe dans d’autres éditions.
3 Notons au passage que bon nombre de cités sociales sont excentrées ou isolées.
Ceci renforce d’autant plus la stigmatisation de leurs habitants.
4 Les caractères gras sont de l’auteur.

Baudouin Massart

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