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L'obligation du CPP menace-t-elle la formation ?

L’obligation du CPP pour les moins de 25 ans pourrait augmenter sérieusement la demande de formation alors que la plupart des opérateurs se disent saturés.

27-10-2009 Alter Échos n° 283

L’accord de gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale prévoit l’obligation du Contrat de projet professionnel (CPP) pour les demandeurs d’emploi âgés de moins de25 ans, avec une priorité pour les jeunes sortant de l’école. Censée lutter contre le chômage, la mesure pourrait augmenter sérieusement la demande de formationalors que la plupart des opérateurs se disent déjà saturés.

L’obligation du CPP risque-t-elle de mettre les opérateurs de formation bruxellois dans une situation difficile ? S’il est encore trop tôt pour se prononcer, l’obligation pour lesjeunes de signer ce contrat passé entre Actiris et le demandeur d’emploi afin de définir clairement les actions à entreprendre pour réaliser le projet professionnel de cedernier risque de poser problème aux opérateurs de formation. En effet, le CPP privilégie notamment la formation. « Et il est clair que cela aura desconséquences même si toutes les personnes signant un CPP ne rentrent pas en formation, affirme Michel Peffer, directeur général de Bruxelles Formation1. Lenombre de personnes en demande de formation qui devraient se présenter à nous suite à cette mesure se monte à un chiffre estimé entre 1 000 et 2 000personnes alors que nous formons 10 000 personnes par an, dont environ 6 500 demandeurs d’emploi. Or nous sommes déjà arrivés à la limite de ce que nous pouvons faireavec les moyens dont nous disposons. » Une opinion que l’on retrouve également du côté de la Fédération bruxelloise des organismes d’insertionsocioprofessionnelle (Febisp)2, qui fédère notamment les Missions locales.

Rappelons, en guise d’introduction, que la fédération avait publié, en mars 2009, une note dans laquelle elle énumérait les effets du plan d’activation deschômeurs sur l’insertion socioprofessionnelle bruxelloise. Parmi ceux-ci, on retrouvait le trop grand nombre de personnes se présentant en formation. Avec des conséquencesimportantes : le délai d’attente pour un premier rendez-vous dans une Mission locale (ML) serait aujourd’hui d’un mois et demi à deux mois et le nombre de personnes inscrites dansces mêmes Missions aurait augmenté de 43  % entre 2004 et 2007. Dans un même ordre d’idée, le nombre de personnes accueillies au premier semestre 2008équivaudrait à 80  % du nombre de personnes accueillies durant toute l’année 2004.

Tatiana Vial, responsable politique de l’emploi à la Febisp, confirme cette tendance. « Premièrement, il convient de préciser que si le CPP devient automatique, cen’est plus un contrat, mais une obligation déclare-t-elle. Et pour ce qui nous concerne, en terme d’offre de formation, certaines Missions locales ont doublé leur public ces dernierstemps. Elles sont noyées par l’activation alors qu’il n’y a pas vraiment de moyens ou de formations supplémentaires et que ces dernières sont par ailleurs toutescomplètes. »

Un état des lieux qui pousse Bruxelles Formation à demander plus de moyens : « Il faut des capacités de formation et des moyens en plus même si nous pouvonsrepositionner certains outils ou augmenter notre productivité. Si on veut “activer” des demandeurs d’emploi, ce n’est peut-être pas mal, mais il faut avoir quelque chose à offrirà ce public en difficulté. Il ne faudrait pas que le nouveau public vienne chasser l’ancien », ajoute Michel Peffer. Pour parler gros sous, ce ne sont pas moins de 6 000 000d’euros qui devraient être nécessaires afin de pouvoir accueillir les 1 000 à 2 000 personnes en plus mentionnées par le directeur général deBruxelles Formation. Une somme citée par le cabinet d’Emir Kir (PS)3, ministre, en charge de la Formation professionnelle à la Commission communautaire française(Cocof).

Où sont les 6 000 000 d’euros ?

Est-ce à dire que ces 6 000 000 d’euros sont disponibles ? « Il est clair que nous nous trouvons dans une période contraignante au niveau budgétaire, déclare EmirKir. Mais je peux dire qu’il y aura une demande de budget complémentaire et que nous allons offrir des places aux personnes entrantes. Le problème est que la Cocof est limitéedans sa marge de manœuvre à ce niveau puisqu’elle fonctionne avec des enveloppes fermées. Nous allons essayer de dégager des marges supplémentaires au niveaurégional qui puissent être dirigées vers Bruxelles Formation de manière tout à fait légale. Nous en saurons un peu plus dans les jours qui viennent. Lesecteur des OISP et des Missions locales devra également attirer l’attention des pouvoirs publics. »

Des considérations financières à propos desquelles Benoît Cerexhe (CDH)4, ministre de l’Emploi de la Région de Bruxelles-Capitale, se positionneégalement. « Concernant ces chiffres, je pense tout d’abord qu’il faut être prudent. Tous les jeunes qui signeront un CPP n’auront pas besoin d’une formation. Maintenant,même si on se trouve encore dans une phase de discussion, on sait que l’on est dans une réalité budgétaire difficile. Mais on doit pouvoir trouver les moyensnécessaires. Parallèlement à cela, au niveau de la formation, j’en appelle au secteur privé, qui ne peut pas se trouver en apesanteur par rapport à la situationactuelle. Des engagements concrets de la part de ce secteur, notamment en termes de stages, sont souhaitables.»

Rappelons que Benoît Cerexhe a fait de l’obligation du CPP l’une de ses nouvelles mesures pour lutter contre le chômage à Bruxelles. Ce qui le contraint évidemmentà une bonne entente et à une collaboration étroite avec Emir Kir en ce qui concerne la formation alors que l’obligation du CPP ne figurait pas parmi les priorités del’élu socialiste et que, d’après le quotidien La Libre Belgique5, Benoît Cerexhe avait déclaré de son côté, cinq mois avant lesélections régionales, que dans l’hypothèse où il s’engagerait dans un deuxième mandat à l’emploi, il exigerait la compétence de la formation afind’élaborer une politique cohérente.

« Nous sommes bien sûr en collaboration étroite avec le cabinet d’Emir Kir, nous dira encore un collaborateur au cabinet de Benoît Cerexhe. D’autant plus que l’accordde gouvernement prévoit la signature d’un accord de coopération entre Actiris et Bruxelles Formation au cours du premier semestre 2010. Le but de celui-ci sera de créer plus desynergies entre les deux structures. En faisant cela, on peut peut-être éviter les doublons et réaliser des économies d’échelle… »

Si la possibilité d’économies d’échelle reste à vérifier, cette possible synergie semble en tout cas répondre à une attente du côté deBruxelles Formation. « Il faut en effet nettement mieux déterminer l’articulation entre Actiris et Bruxelles Formation, encha&
icirc;ne Michel Peffer. Il est important de clarifierles choses. On nous envoie en effet souvent des demandeurs d’emploi en nous disant qu’ils peuvent faire telle ou telle formation. Et puis il apparaît finalement que ladite personne n’est pasintéressée ou que la formation ne lui convient pas. Il faut un projet professionnel, et on ne fait pas cela en une heure. »

De l’importance d’un projet professionnel

De ce discours transparaît donc l’importance d’un projet professionnel et d’un accompagnement mis en place de manière correcte. Un point important, notamment aux yeux de la Febisp,qui pointe à ce sujet, et en guise de conclusion, une autre problématique liée à l’obligation du CPP : «  Nous pensons que pour que le parcours d’insertionfonctionne dans notre domaine (qui concerne un public relativement sous-qualifié) il faut que cette démarche soit volontaire, que le public soit motivé. Donc, si l’on obligecertains demandeurs d’emploi à signer le CPP et à suivre une formation, l’ensemble du suivi risque de ne pas fonctionner », relève Tatiana Vial.

1. Bruxelles Formation :
– adresse : rue Royale, 93 à 1000 Bruxelles
– tél. : 0800 555 66
– site  : www.bruxellesformation.be
2. FeBISP :
– adresse Cantersteen, Galerie Ravenstein, 3 boîte 4 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 537 72 04
– courriel : secretariat@fesbisp.be
– site : www.febisp.be
3. Cabinet d’Emir Kir :
– adresse : bd Saint-Lazare, 10 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 506 34 11
– courriel : info@kir.irisnet.be
– site : www.emirkir.be
4. Cabinet de Benoît Cerexhe :
– adresse : rue Capitaine Crespel, 35 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 508 79 11
– courriel : info@cerexhe.irisnet.be
– site : www.cerexhe.irisnet.be
5. La Libre Belgique, 23 septembre 2009.

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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