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Regard critique · Justice sociale

L'économie sociale appauvrit-elle le travail ? L'EFT Chantier réplique

Les propos tenus par LST-coopérative dans le numéro 295 d’Alter Échos font réagir l’EFT « Chantier ».

03-07-2010 Alter Échos n° 298

Les propos tenus par LST-coopérative1 dans le numéro 295 d’Alter Échos font réagir l’EFT Chantier2.

Courant mai, Alter Échos relayait les propos de LST-coopérative, une entreprise spécialisée dans les travaux en bâtiment dont le but est, outre sonmétier principal, de créer un lieu d’activité économique où des personnes exclues du marché du travail peuvent apprendre un métier et retrouver par cebiais un emploi et un statut de travailleur. À l’occasion de ses vingt-cinq ans, la structure lançait un message clair : il y aurait à l’heure actuelle une situation «d’appauvrissement du travail » au travers des filières de l’économie sociale. « LST-coopérative a choisi de s’intégrer dans la commission paritaire dubâtiment, qui est l’une des plus chères [NDLR ceci afin de se situer dans une démarche qui ne crée pas de « sous-statut » pour les travailleurs],déclarait Luc Lefèbvre, travailleur et administrateur de la structure. Mais les prix pratiqués par certaines entreprises d’économie sociale sont bas et cela finit parentraîner une situation difficile pour nous. La question qui finit par se poser est : devrons-nous, demain, nous adapter à ces barèmes-là ? »

Ces propos, forts, et qui déterrent en quelque sort une hache de guerre que l’on croyait enterrée pour de bon, n’ont pas tardé à faire réagir l’EFT Chantier,située à Marcinelle et active notamment dans le bâtiment. « Pour moi, LST-coopérative compare des pommes et des poires, affirme Pierre Moreau, administrateurdélégué de l’EFT. Comparer les sept, huit ou neuf euros que coûtent en réalité nos stagiaires aux trente euros, par exemple, de salaire d’un ouvrierqualifié n’est pas honnête pour la bonne et simple raison que nos stagiaires n’ont pas les mêmes capacités, la même maîtrise technique et la mêmeproductivité qu’un ouvrier. Il faut leur apprendre le « b-a ba » et le travail prend deux fois plus de temps, quand des malfaçons ne sont pas àcorriger. »

« Le problème, c’est le travail au noir »

Si Pierre Moreau admet néanmoins qu’un formateur, pour parler de cette fonction, est moins bien payé qu’un ouvrier d’une entreprise « régulière »,l’administrateur nuance cependant : « Les formateurs ne sont pas des ouvriers, ils apprennent le métier aux stagiaires. Et puis si LST-coopérative a décidéd’intégrer la commission paritaire du bâtiment, c’est son choix… L’aspect « concurrence » mis en avant par eux me paraît donc étonnant, d’autant plus que je ne pense pas quenos devis soient moins chers que ceux d’une entreprise « normale ». Si c’était le cas, ceux-ci nous reviendraient tous signés, ce qui ne correspond pas à la situation que nousconnaissons puisque nous nous situons actuellement dans un ratio d’un sur deux. »

Devant ce constat, Pierre Moreau émet une hypothèse : « Je ne pense pas qu’il s’agisse ici de concurrence entre une EFT et une entreprise d’insertion. Le « problème »réside plutôt selon moi dans le fait que LST est une entreprise « réglo », qui fait les choses convenablement. Je veux dire par là qu’il ne font pas de travail au noir, queleur prix de revient est donc élevé et qu’ils ratent donc des chantiers. Ils mettent là le doigt sur le gros problème actuel du secteur : si tu ne fais pas de noir, tumeurs. Sans ça, pour les petits entrepreneurs, c’est intenable. De plus, ceux-ci cassent souvent les prix, cela devient dès lors dur à concurrencer pour des EI qui, desurcroît, ne sont pas assez subsidiées alors que leur public a tendance à « s’installer ». »

En guise de conclusion, Chantier tient néanmoins à apaiser les esprits. « Nous sommes vraiment preneurs pour qu’il y ait plus d’entreprises d’insertion sur lemarché, affirme François Renson, agent d’insertion et formateur pour l’EFT. Elles sont de véritables voies de passages pour nos stagiaires, des entreprises types pour lesaccueillir. Nous participons d’ailleurs à ce sujet actuellement au projet Cojest3…»

1. LST-coopérative :
– adresse : rue Pépin, 62 à 5000 Namur
– tél. : 081 22 65 40
– courriel : namur@mouvement-lst.org
2. EFT Chantier :
– adresse : rue Vieille Place, 51 à 6001 Marcinelle
– tél.  : 071 56 04 31
– courriel : secretariat@eftchantier.be
– site : http://eftchantier.be

3. Cojest signifie « Coopération pour un jobcoaching vers et dans l’emploi visant la stabilisation des travailleurs ». Dans ce contexte, des réseauxpasserelles ont notamment été mis sur pied pour renforcer les liens entre opérateurs afin de croiser offre de formation des EFT/OISP et profils d’emplois demandés enEI.

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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