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Documentaire
Intégration Inch'Allah, un documentaire de Pablo Muñoz Gomez

Intégration Inch’Allah : en classe avec les primo-arrivants

23 avril 2018 Manon Legrand

Le réalisateur Pablo Munoz Gomez s’est penché dans son documentaire Intégration Inch’Allah (2016) sur l’inburgering, le parcours d’intégration en Flandre.

Apprendre le néerlandais et la citoyenneté, c’est une obligation en Flandre pour les primo-arrivants. Le réalisateur Pablo Munoz Gomez (à qui l’on doit Welkom, multi-récompensé) a suivi durant plusieurs mois une classe composées d’Irakiens, de Syriens, de Marocains, des hommes comme des femmes tous primo-arrivants inscrits au parcours d’intégration.

«L’idée m’est venue il y a plusieurs années quand Geert Bourgeois, alors ministre flamand de l’Intégration civique, a sorti un coffret d’intégration à destination des primo-arrivants. C’était bourré de clichés et très drôle», explique Pablo Munoz.

Après des repérages à Bruxelles et en Wallonie – où le dispositif est moins rôdé qu’en Flandre (voir ci-dessous) – Il décide de suivre une session de cours d’intégration à Anvers, donnée par Ahmed Ben Saïd, qui a lui aussi été primo-arrivant. Cours de néerlandais, mise en situation d’embauche, discussions sur les droits des femmes, visite historique d’Anvers. Autant de scènes de cours de citoyenneté. Le tout dans la langue des participants. Le parcours est gratuit mais obligatoire, sous peine d’amendes et de retrait d’aides sociales

Si au départ le réalisateur, intrigué par le dispositif contraignant, envisage «une approche cynique», il se rendra compte en cours de tournage de ses aprioris négatifs et adoptera un point de vue beaucoup plus modéré. «Il s’agit en fait d’une suite de séance d’informations qui donnent des clés aux personnes dans leur quotidien, comme signer un bail, s’occuper des enfants. On n’est pas dans l’assimilation comme je pouvais l’imaginer. Ahmed me l’a dit ‘on n’est pas ici pour faire des petits flamands’», explique le réalisateur.

En revanche, on le voit durant plusieurs scènes, le professeur n’hésite pas à confronter les membres de sa classe à leurs tabous, à leur culture. «Il leur fait comprendre le monde flamand tout en étant avec eux, il ne voient pas l’autre culture comme un ennemi. Il prend en compte leur diversité, leurs vécus, leurs expériences», poursuit Pablo Munoz Gomez. Quant au caractère obligatoire des cours, «je pensais qu’ils allaient venir avec des pieds de plomb au cours, mais ils prennent plutôt ça pour une chance».

Intégration Inch’Allah offre un regard proche et sans jugement sur l’inburgering et ses acteurs, tant bénéficiaires que travailleurs sociaux. Il permet aussi de saisir la différence entre le discours politique, pour qui l’intégration est souvent pensée à sens unique, et pratique de terrain davantage tournée vers l’échange et le vivre-ensemble. Diffusé le lundi 23 avril 2018 à 21h15 sur La Trois et à revoir via ce lien 

Intégration Inch’Allah – cours from Simple Production on Vimeo.

 

Parcours d’intégration : des régimes différents dans chaque Région

La Flandre met en place en 2004 le parcours d’intégration, l’«inburgering». L’objectif est de donner aux primo-arrivants les outils nécessaires pour participer à la vie citoyenne et professionnelle. L’inburgering est fratuit mais obligatoire, sous peine d’amende et de suppression des aides sociales. Il concerne tous les nouveaux arrivants étrangers ou belges d’origine étrangère majeurs vivant en Flandre ou à Bruxelles depuis moins d’un an et désirant y rester. Le programme se compose d’une session de 60 heures destinée à donner les clés de compréhension du système belge. Sont aussi obligatoire des cours de néerlandais, 240 heures en moyenne, 90 heures mininum, ainsi q’une orientation professionnelle. Dès 2004, la Flandre a fondé le Bureau d’accueil bruxellois (BON), qui proposait le parcours d’intégration civique flamand à Bruxelles, sur une base volontaire.

Fin de l’année dernière, la ministre flamande de l’Intégration, Liesbeth Homans (N-VA), a annoncé le licenciement de 170 personnes (120, finalement, sur 700) de l’«Agenschap Intégratie en Inburgering». Raison invoquée: un essoufflement de la politique migratoire alors que, comme le rappelait De Standaard, jusqu’à 1.500 primo-arrivants semblent être sur liste d’attente. «Les syndicats affirment que le nombre de licenciements est plus important que celui des engagements qui avaient été effectués au moment de la crise migratoire en 2015», peut-on lire dans La Libre.

Le parcours d’accueil a vu le jour en 2014 en Wallonie. En 2016, il est aussi devenu obligatoire. Le dispositif, organisé dans 8 centre régionaux d’intégration, comprend un module d’accueil, une formation de 20 heures à la citoyenneté, une formation au français de 120 heures et une orientation professionnelle.
Le gouvernement wallon a renforcé fin décembre dernier du parcours d’intégration des primo-arrivants, en programmant notamment de faire passer de 120 à 400 heures la formation en langue française. Et à Bruxelles? Bruxelles dispose d’une législation pour rendre le parcours d’intégration obligatoire. Il devait s’appliquer début 2018, mais n’est toujours pas en vigueur, faute d’accord entre les Communautés.

Aller plus loin sur Alter Echos :
«Parcours d’intégration: évoluer sans évaluer?», Alter Échos n° 455, 27 novembre 2017, Cédric Vallet.
«Primo-arrivants : où t’es, Bapaoutai?», Alter Échos n° 413 25 novembre 2015, Cédric Vallet.

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A propos de l'auteur

Manon Legrand

L’héroïne de Manon est Rosa Parks. Pour cette diplômée d’histoire, évidemment, il s’agit d’une figure incontournable dans l’histoire des afro américains, le symbole féminin de la lutte contre la ségrégation et de la multiplicité des combats encore à venir. Lorsqu’elle était petite, elle hésitait entre deux carrières : postière ou journaliste. Cruel dilemme résolu depuis lors : engagée, hyperactive, Manon écrit des articles pour différentes revues mais alimente aussi particulièrement le site web d’Alter Échos, notamment avec ses fameuses interviews du vendredi. À ses yeux, qu’elle a fort bleus, mais c’est un détail, l’émulsion social-info, c’est tendre le micro à celles et ceux qu’on voit pas, bousculer les idées reçues, rencontrer, apprendre, dénoncer les injustices, parler des invisibles, des belles personnes et des vulnérables. manon [dot] legrand [at] alter [dot] be

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