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"Hubert Laurent : "La démarche qualité permet de se concentrer sur les problèmes scolaires les plus f"

06-11-2000 Alter Échos n° 85

Hubert Laurent, directeur de l’Institut technique d’Ath, commente la démarche qui a amené son école à se faire certifier ISO 9002 peu avant l’été.
Dès le départ, on m’avait dit qu’il ne fallait pas s’attendre à un rapport direct en termes de recrutement. Par contre, on a un retour tout à fait intéressant dansles contacts avec les entreprises. Avant, on était isolé par rapport au monde industriel, même si on avait des éléments en stage, on ne pouvait jamais discuterd’égal à égal avec des patrons d’entreprises. Maintenant le fait d’avoir obtenu cette certification nous permet d’entrer vraiment dans les entreprises. Cela contribue ànotre enrichissement en termes de contacts pour les stages, les collaborations d’équipements. (…)
Ce qui est aussi intéressant, c’est de voir que les entreprises ne le font pas de manière condescendante et paternaliste. Elles sont aussi intéressées par la façondont nous avons engagé l’expérience dans notre secteur.
AE – Est-ce que cela a modifié le type de public qui fréquente votre école ?
HL – Je dirais qu’au départ on n’est pas une école plus défavorisée qu’une autre. Mais c’est justement ça le challenge : montrer que c’était possibleavec ce type de public et dans ce type d’école. Je suis de plus en plus persuadé que c’est une réponse intéressante aux difficultés de gérer les populationsscolaires dans les écoles actuellement. Parce que je reste persuadé qu’on n’arrivera pas à mettre en application les finalités du décret Missions, notamment dansses aspects compétences, si on n’arrive pas à impliquer les élèves dans leur travail personnel. Mais là on est au-delà de l’ISO. Au fond, l’ISO c’est quelquechose qui nous permet de mettre de l’ordre dans l’organisation scolaire et de faire en sorte de gagner du temps pour s’occuper de choses plus fondamentales. Le plus important, c’est d’entrer dans unedémarche qualité dans tous les aspects de notre organisation, et notamment dans ses volets pédagogiques, et d’y impliquer les élèves.
AE – Comment faites-vous pour impliquer les élèves ?
HL – On a deux pistes de travail inscrites dans notre projet d’établissement. On s’est donné trois ans pour les réaliser.
– La première piste c’est de rentrer à fond dans le domaine des compétences, tel que le décret nous y oblige. En ne se limitant pas à l’application des programmes,mais en valorisant le travail personnel de l’élève et en s’engageant à prendre en compte cette dimension dans le temps scolaire, quitte à l’élargir. En termes demoyen, cela signifie le développement d’un centre de documentation informatisé de façon à gérer plus facilement ces temps de travail individuels.
– Un système d’autoévaluation pour les élèves. Cela signifie qu’il faut créer des critères d’autoévaluation notamment avec des pièces deréférence permettant aux élèves de se contrôler.
– Cette année-ci, on a revu totalement le système de titulariat. La moitié des profs sont titulaires de petits groupes avec lesquels ils ont un nombre important d’heures decours. On va demander à ces titulaires de prendre un temps, sur le temps de cours, pour discuter d’améliorations continues communes à toute l’école. Un des premiersproblèmes abordés sera la question de l’absentéisme. Avec un autre angle d’attaque que celui qui est habituellement adopté ; celui de la prévention. La question estde savoir comment on va faire pour arrêter ce dysfonctionnement. L’enjeu tient à ne pas le faire en termes accusateurs par rapport à une partie.
AE – Est-ce que le projet d’établissement s’intègre au système de contrôle de la qualité que vous avez mis en place ?
HL – On a mis la qualité au service de notre projet d’établissement. Ce projet a été discuté au conseil de participation, renégocié l’andernier, redéfini pour les trois années à venir avec des objectifs intermédiaires du style « voilà pour 2001 ce que l’on va chercher à réussir ». Doncce n’est pas faire semblant avec, d’un côté, un conseil de participation et, de l’autre, la qualité. Non, c’est vraiment l’idée de mettre la qualité et tout lemanagement de la qualité au service du projet d’établissement.
AE – N’y a-t-il pas un risque de voir se dualiser le système d’enseignement avec, d’un côté, des écoles en discrimination positive chargées de socialiser desélèves et, de l’autre, des écoles ISO qui proposent des formations qualifiantes ?
HL – À partir du moment où vous avez une demande et que d’autres le font mieux que vous, vous êtes mis sur le côté. Et on pourra faire tous les beaux discoursen termes de socialisation, mais la réalité ce sera celle-là. Dans cette logique-là, moi je reste persuadé que la meilleure socialisation passe par le fait detrouver, à la fin du cursus scolaire, une embauche. Donc, personnellement, je ne suis pas du tout d’accord avec les systèmes qui proposent des options prétendument qualifiantesqui en fait ne débouchent sur aucune qualification, et qui ont comme seul justificatif une resocialisation. Je crois plutôt qu’il faut se donner les moyens de travailler avec lapopulation scolaire que l’on a, de la remobiliser, de lui fournir les qualifications nécessaires pour qu’elle retrouve un emploi. Ça c’est le véritable challenge ! Mais uneécole qui accepte de se dire « Je suis une école qualifiante, mais je ne qualifie plus », je crois que c’est tricher un peu avec sa population.

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