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Enseignement qualifiant  : une rentrée sous le signe de la CPU

Le projet pilote de CPU (certification par unité) dans l’enseignement qualifiant vient d’entrer en vigueur. Certains points ont été éclaircis, mais le projet faittiquer le Cgé.

11-09-2011 Alter Échos n° 322

Le projet pilote de CPU (certification par unité) dans l’enseignement qualifiant vient d’entrer en vigueur. Certains points ont été éclaircis, mais le projet faittiquer le Cgé1 (changements pour l’égalité).

Fin juillet 2010, le gouvernement de la Communauté française approuvait une note organisant un projet pilote de certification par unité (CPU) dans l’enseignement secondairequalifiant. Censé entrer en vigueur à la rentrée 2011, il concerne le troisième degré de deux secteurs professionnels  : les métiers de l’automobile(techniciens et mécaniciens) et de l’esthétique2. Son fonctionnement est simple  : diviser les deux dernières années d’études (cinquième etsixième) en unités qui, si elles sont réussies, pourront être valorisées une fois l’élève sorti des études, et ce, même s’il n’a pasréussi son certificat de qualification (CQ).

A l’époque, de nombreuses questions restaient en suspens, notamment concernant le passage d’une unité à l’autre si la première est ratée ou concernant lapossibilité de redoubler. Aujourd’hui, ces questions sont tranchées puisqu’un décret, passé en deuxième lecture en juillet, sera probablement voté au momentde la parution de cet article. Le projet sera d’application, sur base volontaire et sans moyens supplémentaires alloués, dans un près d’un tiers des cent dix-huit écolesqualifiantes de la Communauté française (avant une extension à tous les établissements, pour les secteurs testés et après évaluation, à larentrée 2012).

D’autres secteurs se seraient déjà manifestés afin de savoir s’ils figureront dans le prochain train de la CPU. Une généralisation à tous les secteurs estdonc possible, même si elle dépendra des résultats du modèle testé.

Pas de redoublement

En ce qui concerne le fonctionnement, les choses sont aujourd’hui plus claires. « Avant la fin de l’unité, une “épreuve blanche” sera organisée afind’identifier les élèves en difficulté, explique-t-on au cabinet de Marie-Dominique Simonet3 (CDH), la ministre de l’Enseignement obligatoire de la Communautéfrançaise. Et entre cette épreuve blanche et l’épreuve finale pour la réussite de l’unité, l’établissement scolaire devra faire de la remédiation. Sil’épreuve est ratée, l’établissement scolaire peut la réorganiser autant de fois qu’elle le souhaite afin que les élèves qui ont échoué laréussissent. »

Entre-temps, l’unité suivante sera déjà en cours et il n’est donc pas obligatoire de réussir une unité pour passer à la suivante.« Néanmoins, si elle est ratée, cette unité ne pourra être valorisée par l’élève dans son portfolio à la fin des deuxannées », ajoute-t-on au cabinet. Cela aura-t-il une influence sur l’obtention ou non du certificat de qualification  ? En d’autres mots, un élève ayantraté plusieurs unités pourra-t-il être certifié à la fin de son parcours qualifiant  ? « Ce n’est pas un système automatique, ce seralaissé à l’appréciation du jury de qualification », dit-on. Notons tout de même un point important  : désormais, la norme de passage entre deuxannées sera le non-redoublement. Un élève, même s’il a raté plusieurs unités en cinquième, passera d’office en sixième sauf s’il introduit unedemande pour recommencer son année. Ce point, combiné à l’appréciation laissée au jury de qualification quant à l’obtention du CQ, risque de donner desérieux maux de tête aux élèves lorsqu’il s’agira pour eux de juger de l’opportunité de demander, ou non, à pouvoir redoubler.

Une revalorisation des qualifiés  ?

Si le dossier semble avancer, le long chemin menant à la réforme n’a pas été des plus tranquilles. Le 24 juin dernier, le Cgé publiait dans le quotidien LeSoir une carte blanche (« Réforme à la tronçonneuse dans l’enseignement qualifiant ») dans laquelle l’asbl4 faisait part de ses doutesvis-à-vis du projet pilote. Marie-Dominique Simonet y a réagi quelques jours plus tard (le 7 juillet  : « L’enseignement qualifiant mérite mieux que desapproximations »).
Quels sont ces doutes  ? Il y en a beaucoup  : création de statuts divers voire de sous-statuts, invention d’une nouvelle manière de « réussir »avec des morceaux de qualification certifiés. Isabelle Berg, enseignante dans la filière professionnelle et membre de l’équipe politique du Cgé, est l’auteure de la carteblanche. Elle en explique la philosophie  : « Nous ne sommes pas contre une réforme de l’enseignement qualifiant. Le cabinet de la ministre Simonet témoigne d’unevolonté de laisser sa marque sur un secteur dont elle se rend bien compte qu’il souffre d’un déficit d’image. Mais elle ne s’est pas attaquée à la source duproblème. » Un problème qui résiderait dans le fait que l’enseignement qualifiant serait aujourd’hui un enseignement de relégation, constituant souvent pour lesétudiants une ultime porte de sortie afin d’obtenir leur diplôme du secondaire. « La question devrait être de se demander comment on en est arrivé là,enchaîne Isabelle Berg. En troisième professionnelle, où j’enseigne, la moitié des élèves ne savent pas lire, il y a de terribles lacunes au niveau desconnaissances générales. Si on veut revaloriser le qualifiant, c’est là qu’on devrait intervenir. Pour nous, la CPU s’arrête sur les contenus alors qu’on devraits’intéresser aux processus, entreprendre une réforme pédagogique. » A entendre notre interlocutrice, la CPU serait donc un système« fonctionnel » ? « Il y a selon nous une instrumentalisation des compétences en des gestes “pro”. Nous nous posons des questions sur la placelaissée aux connaissances générales. Et on dit que l’on va former des citoyens  ? C’est un point qui a été beaucoup discuté au sein des groupes destravail5. A la limite, la CPU va générer de meilleurs “pro”, mais c’est tout. Il s’agit presque davantage d’une revalorisation des qualifiés que duqualifiant. »

Et le Cgé d’aborder également la rationalisation des coûts, tant il est clair que la suppression du redoublement pose question. « L’élève sortantde sa sixième avec quatre modules réussis sur six par exemple et qui va aller se former à l’extérieur sur les matières ratées constituera une“économie” en termes de coûts pour la Communauté f
rançaise », explique Isabelle Berg.

Deux dimensions différentes  ?

Du côté du cabinet de la ministre, on entend les critiques du Cgé, tout en défendant la CPU. « C’est le droit du Cgé de dire que l’enseignementqualifiant ne doit pas être orienté métier, mais il s’agit-là d’un choix politique. Avec la CPU, on ne s’inscrit pas là-dedans. Le système secondaire est telqu’il est aujourd’hui, et avoir une approche métier dans le troisième degré du qualifiant a un sens. Il faut que l’élève sorte avec quelque chose enmain. »

A entendre cette argumentation, il semble exister un décalage entre les ambitions du Cgé et celles du cabinet. A une réforme presque philosophique souhaitée par leCgé, le cabinet de Marie-Dominique Simonet oppose des changements opérationnels limités de plus au troisième degré. Les deux parties ne se situent pas sur lemême plan, ce qui n’empêche pas le cabinet Simonet d’enfoncer le clou  : « Nous avons dit et répété au Cgé qu’il n’y aurait pas de diminutiondes cours généraux tels qu’ils sont mis en place actuellement [NDLR les cours généraux ne seraient donc pas concernés par la mise en unités]. Mais ilsreviennent sans cesse avec cela, cela tient presque du procès d’intention. »

Les choses ne devraient pas en rester là puisque le Cgé confirme qu’il compte bien demeurer attentif au dossier. La suite au prochain épisode.

1. Cgé :
– adresse : chaussée de Haecht, 66 à 1210 Bruxelles
– tél.  : 02 218 34 50
– courriel  : info@changement-egalite.be
– site  : www.changement-egalite.be

2. L’hôtellerie/restauration, qui devait également être au programme, a été reportée à la rentrée 2012.
3. Cabinet de Marie-Dominique Simonet :
– adresse : place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 801 78 11
– courriel  : marie-dominique.simonet@cfwb.be
– site  :http://simonet.cfwb.be
4. Le Cgé se définit comme un lieu de rencontre et d’interpellation des acteurs issus de l’école, du milieu associatif ou de la société civile. Il sedonne pour objectif de « contribuer à l’amélioration de la qualité de l’enseignement et de la formation en communauté française de Belgiquedans une perspective d’égalité et de démocratie. »
5. Pour rappel, douze groupes de travail avaient été mis sur pied afin de réfléchir à la réforme.

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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