Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Durbuy : la santé des résidents en camping est aussi précaire

Comme les personnes précaires, les résidents en camping éprouvent des difficultés à accéder aux soins de santé. Rencontre avec le docteur JeanLaperche de la maison médicale de Barvaux.

16-07-2010 Alter Échos n° 299

Comme les personnes précaires, les résidents en camping éprouvent des difficultés à accéder aux soins de santé. Rencontre avec le docteur JeanLaperche de la maison médicale de Barvaux1.

Quel est l’état de santé des résidents permanents en camping ? Quid de leurs accès aux soins ? Ont-ils des problèmes spécifiques de santé ? C’estqu’Alter Échos a voulu savoir en se rendant à la maison médicale de Barvaux-sur-Ourthe (commune de Durbuy), dont une partie du public provient des campings alentour. Apriori, en matière de santé, les résidents permanents des campings et domaines souffrent des mêmes problèmes que les personnes en grande précarité.« Pour nous, chez les résidents en camping, ce qui est déterminant c’est la précarité, commente le docteur Jean Laperche. Ça vaut aussi pour les personnestrès pauvres relogées au centre de Barvaux, elles restent très pauvres. Elles ne sortent pas de chez elles. Que ce soit au centre de Barvaux ou dans les campings Macralles(Durbuy), Inzepré (Barvaux), Longchamps (Tohogne), que ce soit avant ou après avoir été relogés, leurs problèmes de santé restent les mêmes. Ilss’adressent à nous parce que nous sommes au forfait. On se rend aussi dans les campings. La cellule Habitat permanent de la commune aide aussi les gens à passer la porte de la maisonmédicale quand ils ont des problèmes de santé. »

La maison médicale doit toutefois limiter son action à la commune de Durbuy. En effet, même si l’équipe grandit, le nombre de demandes explose. Le seul moyen qu’atrouvé la maison médicale pour les limiter est de s’en tenir au territoire de sa commune. « C’est pour cela qu’on ne s’étend pas à Hotton, explique lemédecin. Et pourtant, là aussi les résidents ne manquent pas. » La maison médicale n’a encore refusé personne à ce jour. « Mêmes lespersonnes qui ne sont pas en ordre de mutuelle, on les soigne gratuitement pendant des mois le temps de tout remettre en ordre par rapport à la mutuelle ou pour une prise en charge par CPAS.» Toujours est-il que la précarité augmente, observe notre interlocuteur. « En juin 2010, on avait 3 200 patients inscrits. On a estimé que le nombregénéral de familles précarisées en 2003 était de 20 %, en 2008 de 25 %. Intuitivement, on pense que cela va augmenter pour sans doute arriver à 30 %.Globalement la population se paupérise. Nous n’avons pas que des résidents permanents en camping, car il y a toujours eu des familles précarisées dans chaque village. Celadit, on n’a jamais estimé la part de ceux qui viennent des campings. »

Cour des Miracles

Pour Jean Laperche, les pauvres ont deux types de maladies. D’une part, ils ont beaucoup plus de maladies liées au stress : maux de tête, maux de ventre… D’autre part, les pauvresont des maladies chroniques liées à la précarité : diabète, caries dentaires, obésité, maladies de fumeurs, etc. Il y a aussi les maladiesliées à la salubrité du logement, comme les maladies pulmonaires liées aux moisissures. On dénombre aussi beaucoup d’intoxication au CO dans les caravanes àcause de l’utilisation de poêles à pétrole pour se chauffer.

« De manière générale, on voit chez nous ceux qui ont échoué partout, remarque le médecin. On a des patients qui sont devenus SDF àLiège. En été, ils installent parfois une caravane sur un parking qui est noyée parmi les autres. Beaucoup de gens viennent de Liège et Charleroi pour les campings.D’autres repartent vers Liège. Parfois, les gens se mélangent bien pendant les vacances. » Et puis, une fois les vacances terminées, la réalité reprend ledessus. « Quant les gens viennent de Liège ou Charleroi, qu’ils voient une caravane à louer 120 euros par mois, ils sautent dessus, puis se rendent compte que la boulangerie està 5 km, la pharmacie à 10 km et qu’il n’y a quasi pas de bus. » Outre l’accès aux soins de santé, la mobilité reste un problème majeur à lacampagne. Certains patients se rendent parfois à la maison médicale en conduisant un véhicule pour lequel ils n’ont pas de permis. Tant qu’ils n’ont pas d’accident, çava…

1. Maison médicale de Barvaux :
– adresse : rue du Tenimont, 37 à 6940 Barvaux-sur-Ourthe
– tél.  : 086 21 27 52
– site : www.mmbarvaux.be

Baudouin Massart

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)