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Du crédit pour lutter contre le surendettement ? Un paradoxe aujourd’hui dépassé

C’est au moulin de Beez (Namur), le 28 octobre dernier, date colorée des drapeaux verts et rouges de la CSC et de la FGTB en ce jour de grève nationale, qu’une centainede participants, travailleurs sociaux et autres, se sont rassemblés pour faire le point sur cette expérience pilote que constitue le crédit social. Menée depuis deux ansmaintenant en Wallonie grâce au soutien initial de l’ancien ministre wallon des Affaires sociales, Thierry Detienne (Écolo), et de son successeur, la ministre Vienne (PS),l’expérience du « Prêt 5 sur 5 »1 commence à porter ses fruits. Ce colloque intitulé « Crédit social, une nécessité? » fut en tout cas l’occasion de tirer certains enseignements de ces deux années de pratique de crédit social. Pour mémoire, il faut savoir que ce projet pilote aété précédé d’une première expérience de prêt solidaire menée par la Fondation Roi Baudouin et d’une étude sur lesconditions de possibilité d’un tel projet réalisé par l’Observatoire du crédit et de l’endettement.

14-11-2005 Alter Échos n° 197

C’est au moulin de Beez (Namur), le 28 octobre dernier, date colorée des drapeaux verts et rouges de la CSC et de la FGTB en ce jour de grève nationale, qu’une centainede participants, travailleurs sociaux et autres, se sont rassemblés pour faire le point sur cette expérience pilote que constitue le crédit social. Menée depuis deux ansmaintenant en Wallonie grâce au soutien initial de l’ancien ministre wallon des Affaires sociales, Thierry Detienne (Écolo), et de son successeur, la ministre Vienne (PS),l’expérience du « Prêt 5 sur 5 »1 commence à porter ses fruits. Ce colloque intitulé « Crédit social, une nécessité ? » fut en tout cas l’occasion de tirer certains enseignements de ces deux années de pratique de crédit social. Pour mémoire, il faut savoir que ce projet pilote aété précédé d’une première expérience de prêt solidaire menée par la Fondation Roi Baudouin et d’une étude sur lesconditions de possibilité d’un tel projet réalisé par l’Observatoire du crédit et de l’endettement.

Avant d’entrer dans le cœur du sujet, le directeur de Crédal, partenaire central de cette expérience de crédit social, a tenu à mettre l’accent sur lacohérence d’une telle démarche pour Crédal qui, depuis toujours, met en avant un rapport différent à l’argent, comme outil de lutte contre laprécarité et l’exclusion. Michel Genet a également souligné la valeur pédagogique du crédit social à la consommation, vu l’accompagnementparticulièrement soutenu du candidat emprunteur dans l’analyse de sa demande. Pour sa part, Bernard Bayot du Réseau Financement Alternatif a effectué quelques constats surle monde du crédit, mettant notamment l’accent sur la frilosité des opérateurs de crédit quant au fait de prêter à des personnes à revenusmodestes, ne présentant pas la stabilité nécessaire pour entrer dans les conditions du credit scoring. Selon l’analyse de cet observateur, les ouvertures decrédit semblent être une des seules possibilités offertes par les prêteurs à ce public. Or, il s’agit d’un crédit qui présente certainsproblèmes, comme l’absence de date butoir ou de plan de remboursement, un coût très important, ainsi qu’une standardisation des montants. Avec, à la clef, unnombre de défaillances non négligeables, et donc un risque élevé. Non pas tant pour le prêteur, qui a fait ses calculs, mais bien pour celui qui emprunte de lasorte ! Complétant le propos de Bernard Bayot, Olivier Jérusalmy, ancienne cheville ouvrière d’Osiris-Crédal devenu directeur de l’Observatoire du Créditdepuis peu, a resitué les éléments propres aux difficultés financières liées à l’endettement et au surendettement, ce qui a permis de mieuxsituer l’intérêt du crédit social tel qu’il se pratique aujourd’hui en Région wallonne.

Les premiers résultats

Après un tour de piste permettant de planter le décor, ce fut au tour de Caroline Evrard, coordinatrice des activités d’Osiris-Crédal2, d’en diredavantage sur les premiers résultats de cette expérience. Elle a rappelé que le premier crédit social concrétisé par Osiris-Crédal remonte au1er septembre 2003. Depuis deux années, ce sont 653 demandes qui ont été adressées à Osiris-Crédal, que ce soit directement auprès despermanences de l’asbl ou auprès de services partenaires (services de médiation, CPAS,…). « Sur ces 653 demandes, plus de 67 % ont étéréorientées. Pas question pour Osiris de faire du crédit facile ou de permettre le crédit de trop. Toutes les alternatives sont envisagées afin de ne pas recourirau crédit s’il ne constitue pas une bonne solution aux besoins de fonds d’un ménage. Cela demande donc une analyse fine de la situation du demandeur et de son budget.» Au 30 septembre 2005, 215 dossiers ont été instruits et in fine, 96 crédits octroyés pour un montant moyen de 2614 euros par prêt, unemensualité moyenne de 101 euros et une durée moyenne de deux ans. Des prêts qui ont été accordés pour répondre principalement à deux types debesoins, à savoir l’amélioration de la mobilité des emprunteurs (dans le cadre d’une recherche ou d’une mise à l’emploi) etl’amélioration des conditions de vie et du logement, en particulier.

Caroline Evrard a souligné également que sur les 215 dossiers instruits, certains émanaient de personnes en guidance budgétaire (22 dossiers instruits, 13refusés, 9 acceptés), en médiation de dettes (14 dossiers instruits, 9 acceptés, 5 refusés) et en règlement collectif de dettes (5 dossiers dont 3accordés). Partenaire dans le cadre de cette expérience, Dominique Samin, du CPAS de Soignies, a tenu pour sa part à mettre en exergue la révolution culturelle quel’offre de crédit social a nécessité au sein de l’équipe de travailleurs sociaux, notamment en termes de responsabilisation et d’autonomisation de lapersonne ainsi aidée. Des compétences qui, dans le chef des bénéficiaires du crédit social, semblent bien réelles puisque le taux de défaillance descrédits sociaux est extrêmement faible pour l’instant.

Révolution mentale, en France aussi

Cette révolution mentale que constitue l’octroi de prêts à des personnes présentant de très faibles revenus, voire des difficultés de paiement, AlainBernard, responsable de la mission « Économie solidaire » du Secours catholique (France), l’a également relevée. Au sein de ce qui constitue, en France, uneinstitution incontournable en matière d’aide d’urgence aux plus démunis, avec ses 67 000 bénévoles et ses 106 délégations départementales,une expérience très semblable à celle menée par Osiris-Crédal commence à prendre tournure : 11 expérimentations conjuguent ainsi les efforts duSecours catholique et ceux du monde bancaire (ou à tout le moins, de certains de ses représentants). Comme le relève Alain Bernard, « s’il a fallu convaincre desbanquiers de nous suivre dans cette démarche, et ils le font puisqu’ils prennent en charge le risque à hauteur de 50 %, nous avons dû, au Secours catholique, convaincre nosbénévoles du bien-fondé de cette initiative, en leur expliquant que le crédit peut être un levier de développement, à condition qu’il soitencadré. À cet égard, passer de l’aide d’urgence à l’accompagnement n’est pas forcément évident. Nous avons besoin de personnescompétentes pour cet encadrement, ce qui pose la question de la formation de nos bénévoles car les problèmes d’endettement sont spécifiques ».

Comment pérenniser ?

Lors de la journée d’étude, étaient également représentés, le partenaire financier du projet wallon, la banque de la Poste et un des partenaires del’expérience française, Cofinoga, représenté par M. Guillembet. Luc Billion, product manager de La Poste, a mis l’accent sur le fait que la banque de La Posteconstitue un partenaire presque naturel de ce projet, étant donné sa vocation de banque de proximité, ouverte à tous et dont l’actionnariat est public àhauteur de 50 %. On ne peut pas en dire autant de l’alliance Secours catholique – Cofinoga, présentée par le président de séance Pierre Dejemeppe, conseiller de laministre fédérale du Buget de la consommation, Freya Vanden Bossche, (SP.A), comme un mariage contre-nature, puisque Cofinoga est plutôt réputé pour ses politiquesagressives en matière d’offre de crédits, tout comme en matière de recouvrement des impayés. M. Guillembet a quant à lui rappelé les engagementspassés de Cofinoga dans des expériences en matière de microcrédit à l’étranger et de crédit social en France. Il a égalementsouligné l’impact positif en matière d’estime de soi pour ses collaborateurs que pouvait amener l’engagement dans une telle démarche. Il a aussi, plus froidement,évoqué le trop faible taux d’endettement des Français par rapport aux pays anglo-saxons et la nécessité pour le système bancaire classique des’impliquer dans des champs d’expérimentation nouveaux, étant donné la difficulté aujourd’hui pour les prêteurs de se baser encore sur lecritère de stabilité dans le chef des emprunteurs.

Tant en France qu’en Belgique, il s’agit bien sûr d’expériences pilotes, pour lesquelles la question de la pérennisation se pose avec beaucoupd’acuité. Le coût de l’accompagnement social a été relevé, tout comme le nombre encore assez modeste de dossiers traités et finalisés.Concernant le projet wallon, la question de la garantie des crédits sociaux est également à l’ordre du jour, puisque la ministre Vienne, présente lors de cettejournée, a annoncé sa volonté, d’ici trois ans, de voir la Région wallonne se dégager de ses responsabilités à cet égard. Autant dedéfis à relever sur le plan du concept, tout en continuant à sélectionner et encadrer les candidats au crédit social désireux de bénéficierd’une aide précieuse qu’ils ne trouveraient pas ailleurs.

1. Pour plus d’infos sur le prêt 5 sur 5, téléchargez gratuitement le livre électronique consacré au sujet sur www.labiso.be

2. Osiris-Crédal, Place de l’Université, 16 à 1348 Louvain-La-Neuve – tél. : 010 45 25 33- courriel : osiris@credal.be

Nathalie Cobbaut

Nathalie Cobbaut

Rédactrice en chef Échos du crédit et de l'endettement

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