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Consommer moins pour un même confort : expériences pilotes

Tant en Wallonie qu’en Région bruxelloise, des expériences pilotes ont été menées en matière de guidance sociale énergétique (GSE)auprès de locataires de logements sociaux ou assimilés. Divers enseignements en ont été tirés. Entre autres, que la GSE n’est pas tout, qu’il faut aussi agir surles bâtiments.

02-03-2008 Alter Échos n° 246

Tant en Wallonie qu’en Région bruxelloise, des expériences pilotes ont été menées en matière de guidance sociale énergétique (GSE)auprès de locataires de logements sociaux ou assimilés. Divers enseignements en ont été tirés. Entre autres, que la GSE n’est pas tout, qu’il faut aussi agir surles bâtiments.

L’expérience wallonne

Lancé en septembre 2003 par la Société wallonne du logement (SWL), le projet « Habiter malin, charges en moins »1 visait à sensibiliser auxinvestissements « durables » dans huit cités sociales hennuyères. Il prendra fin en juillet de cette année. Cette expérience a débouché sur laproduction d’outils pour la SWL, qui sont axés sur la sensibilisation des locataires à l’utilisation rationnelle de l’énergie (URE).

Le projet

Cofinancé par l’Europe (Objectif 1 – Phasing out) et la Région wallonne, le projet implique huit sites répartis sur sept sociétés de logement de servicepublic (SLSP). D’une part, il s’agit de réduire les charges des locataires sociaux en intervenant sur les équipements dans 209 logements : plus performants, basconsommateurs, à énergie solaire, installation d’appareils de contrôle des équipements et de mesure des consommations, etc. D’autre part, le projet viseà sensibiliser les locataires et les gérants à l’URE.

Une équipe de huit personnes a été mise sur pied : un chef de projet, un responsable des actions techniques, un responsable des actions de sensibilisation et cinqfacilitateurs à l’utilisation durable de l’énergie (UDE). Ces derniers se sont chargés de sensibiliser les quelque 1 900 locataires des sites, via des « guichets del’énergie ». Au préalable, tous les facilitateurs ont reçu une formation. La première étape a consisté à rendre les compteurs accessiblesaux habitants, malgré les craintes des gérants. Le plus souvent, ces compteurs se trouvaient dans des locaux inaccessibles aux locataires, ce qui les empêchait de contrôlerleur consommation et de détecter une éventuelle surconsommation. Ce fut l’occasion de se rendre compte de l’importance d’avoir une approche très visuelle poursensibiliser les locataires : beaucoup d’illustrations, peu de textes.

À quelques mois de la fin

Aujourd’hui, à quelques mois de la fin du projet, l’équipe ne compte plus que deux personnes. Marie-Thérèse Gaspart, en charge de la cellule « Habiter malin,charges en moins » tire les conclusions. L’une est sans appel : « Si on ne suit pas les locataires tout le temps, beaucoup de choses se perdent très facilement. Or les SLSP n’ontpas le personnel pour assurer ce suivi et ne souhaitent pas monopoliser du personnel pour cela. La situation du bâti n’est pas évidente non plus. Le locataire se plaint d’abord deproblèmes d’infiltration, d’humidité. On peut comprendre les travailleurs sociaux des SLSP : c’est usant d’écouter ces plaintes, il y a donc un automatisme de ne plus vouloirécouter. Même si on sent que cela fait partie de leurs préoccupations, les SLSP ne sont pas encore prêtes à suivre les locataires pour la GSE s’il n’y a pas un budgetspécifique pour engager une personne. Les CPAS qui pratiquent cette guidance rencontrent aussi cette difficulté. C’est plus une information qui est donnée qu’un suivi qui estapporté. »

Marie-Thérèse Gaspart espère toutefois qu’il sera encore possible de mener un projet similaire lors de la seconde moitié de l’année dans le cadre d’un projeteuropéen. « On demanderait alors de prévoir dans le cahier des charges la mise au point d’un dispositif qui permettrait aux locataires de visualiser leurs consommations lorsqu’ilssont dans le rouge ou dans le vert. Idéalement, il faudrait pouvoir dissocier les différentes consommations : eau chaude, chauffage, avoir la partie solaire du chauffageidentifiée, électricité (ex. : vérifier la consommation des appareils en veille). »
En attendant, les outils mis au point devraient bientôt être disponibles sur le site de la SWL.

L’expérience bruxelloise

Le 13 février dernier, Bruxelles Environnement-IBGE2 présentait les résultats d’expériences pilotes menées en 2006-2007 en partenariat avec troissociétés de logement social (Foyer ixellois, Foyer jettois et Foyer collectif) et trois CPAS (Bruxelles, Schaerbeek et Forest). L’objectif était de mesurer et de tester leconcept de la guidance sociale énergétique auprès d’un public défavorisé et/ou en difficulté de paiement de leur facture de gaz etélectricité.

Le projet

Au total, cinquante-six ménages volontaires ont participé au projet. De manière générale, 60 % des ménages ont réduit leur consommation globale deplus de 10 %, 34 % ont réalisé une économie de 250 euros ou plus et 29 % ont économisé entre 25 et 250 euros. En revanche, 16 % des ménages ont vu croîtreleur facture de 25 à 100 euros et 12 % ont observé des augmentations de plus de 100 euros. Ces augmentations découlent parfois d’une occupation plus permanente du logement(accident, maladie, perte d’emploi) ou du fait que le ménage s’est rendu compte qu’il était un petit consommateur.
Étalée entre juillet 2006 et juin 2007, l’opération a consisté à recruter les ménages volontaires, former les assistants sociaux, réaliser uninventaire technique des logements (type de chauffage, etc.), sensibiliser les ménages, donner des conseils, faire le relevé régulier des compteurs, assurer le suivi mensuel desconsommations des ménages.

Limites et clés du succès

Pratiquer la GSE sur le terrain comporte certaines limites. Il y a le taux important de déménagement, étant donné que la Région bruxelloise compteessentiellement des locataires. L’état du bâti et du logement détermine aussi 70 % de la consommation au minimum. Sophie Faut, de la cellule énergie du CPAS de Forest,souligne « la nécessité de respecter les us et coutumes des ménages. Il faut pouvoir impliquer toute la famille et adapter les conseils en fonction des parents et desenfants. La relation de confiance entre le travailleur social et le ménage est aussi importante. »
La prise en compte de ces limites est indispensable au succès de la GSE. De même, le travailleur social doit pouvoir compter sur l’appui de sa direction. Une collaboration entre acteurstechniques et sociaux est également indispensable, tout comme des relevés réguliers. Il convient également de s’adresser à des « gros consommateurs »volontaires si on veut que le projet ait un impact.
En termes de communication, il faut travailler de manière simple et essentiellement visuelle et adapter la communication en fonction de la spécificité de chaque ménage(habitudes, coutumes, composition familiale, etc.). Une éducation « aux g
estes intelligents » doit être assurée pour « consommer moins d’énergie tout enpréservant le confort voulu. Ce dernier point a été capital tout au long de la guidance », insiste Danielle Joos, travailleuse sociale au Foyer jettois. Enfin, il y a lesuivi et l’impact des résultats. « Quand un locataire a fait un certain effort, le reste relève du propriétaire. Mais quand on montre l’effort accompli par le locataire, lepropriétaire est prêt à faire un effort à son tour », note Christophe Barbieux de Bruxelles Environnement-IBGE. Il pointe également le fait que « plus onfait de la GSE, plus il y a un effet boule de neige, tant sur les usagers que sur les travailleurs sociaux qui sont amenés à appliquer chez eux les conseils pour pouvoir en parler».

Un nouvel appel à projets a été lancé par la ministre bruxelloise en charge de l’Environnement, Évelyne Huytebroeck3 (Écolo), pour permettreaux acteurs de terrain de donner des informations aux ménages « à la demande ».

À vous de jouer !

On le voit, des outils et des méthodologies ont été mis au point. Il ne reste plus qu’à s’en servir. Encore faut-il que des budgets soient dégagés pourque les travailleurs sociaux puissent consacrer du temps à la GSE, entend-t-on dire du côté du terrain. Enfin, le succès de la GSE dépend aussi des moyens mis enœuvre pour agir sur le bâtiment et ses équipements. Et là, c’est aux bailleurs sociaux et privés à prendre leurs responsabilités. Ils y sont d’ailleurspoussés par les exigences européennes en matière de performance énergétique des bâtiments (PEB).

1. « Habiter malin, charges en moins ! » :
– adresse : rue de l’Écluse, 21 à 6000 Charleroi
– tél. : 071 20 02 32
– courriel : mt.gaspart@swl.be
– site : www.swl.be
2. Bruxelles Environnement-IBGE
– adresse : Gudelle, 100 à 1200 Bruxelles
– contact : Christophe Barbieux
– tél. : 02 775 75 88
– courriel : cba@ibgebim.be
– site : www.ibgebim.be
3. Cabinet d’Évelyne Huytebroeck :
– adresse : rue du Marais, 49-53 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 517 12 00
– site : http://evelyne.huytebroeck.be

Baudouin Massart

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