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Conseils consultatifs de locataires : une approche sociologique

Institués par l’ordonnance bruxelloise du 22 décembre 2000, deux élections ont permis la mise en place des conseils consultatifs de locataires (Cocolos) dans lessociétés immobilières de service public bruxelloises (SISP) en 2004 et en 2007. Christine Schaut, sociologue aux Facultés universitaires Saint-Louis a étudiéleur fonctionnement entre 2004 et 2006. Les résultats de cette recherche ont été publiées dans un ouvrage Les Logements sociaux1, dont nous avionsparlé précédemment.

14-04-2008 Alter Échos n° 249

Institués par l’ordonnance bruxelloise du 22 décembre 2000, deux élections ont permis la mise en place des conseils consultatifs de locataires (Cocolos) dans lessociétés immobilières de service public bruxelloises (SISP) en 2004 et en 2007. Christine Schaut, sociologue aux Facultés universitaires Saint-Louis a étudiéleur fonctionnement entre 2004 et 2006. Les résultats de cette recherche ont été publiées dans un ouvrage Les Logements sociaux1, dont nous avionsparlé précédemment.

En 2004, lorsque nous avions interrogé Christine Schaut sur les résultats des premières élections Cocolos, elle tirait déjà quelques constats. Toutd’abord, elle notait une participation importante des femmes d’origine maghrébine au moment du vote et une prédominance d’anciens locataires d’origine belge sur leslistes. Ensuite, elle observait que « la loi est très précise sur “l’avant-élections”, mais peu sur “l’après”. Qui va convoquerles autres (ndlr : élections prévues tous les trois ans) ? Là où cela fonctionne, comment va se construire un langage commun ? L’enjeu est là pour undébut de participation, et l’enjeu est la participation ! Comment crée-t-on du collectif ? Il faudra quand même partir de l’individuel. L’argument “lesCocolos, c’est du collectif, pas de l’individuel” ne doit pas délégitimer la construction d’un langage collectif. »

Genèse d’un dispositif

Dans son article, la sociologue explique « le Cocolo peut être considéré comme un dispositif hybride flottant entre les notions de participation et dereprésentation (…). Ne reposant pas sur des revendications préalables émanant des habitants de logements sociaux, le Cocolo s’impose comme une production issue du volontarismepolitique et s’inscrit dans une logique descendante. » Christine Schaut observe que, dans les années ’70, les comités de quartiers et associations porteuses de projets alternatifsau niveau urbain se sont imposés en faisant pression sur le politique. Ce qui a donné naissance aux enquêtes publiques et aux commissions de concertation. « Mais surtout,insiste-t-elle, ils s’instaurent comme véritables lieux de contre-pouvoir clamant le droit à la participation citoyenne et revendiquant le conflit comme instrument de participation.»

Aujourd’hui, ce sont les pouvoirs publics qui mettent en place des dispositifs participatifs. Ce changement d’attitude, explique la sociologue, résulte d’une crise delégitimité du système démocratique doublée d’une nouvelle question sociale. « La question sociale devient une question urbaine et, plusprécisément, une question des quartiers populaires urbains. » L’institution des Cocolos s’inscrit dans les nouvelles réponses apportées par le politique : plusaxée sur « l’écoute des citoyens et la prise en compte de leurs demandes et de leurs attentes ».
Pour le législateur bruxellois, le Cocolo doit aider à « réguler divers problèmes qu’engendre la cohabitation de populations socialement et culturellementdifférentes ». Plus concrètement, le Cocolo doit solutionner les conflits entre « anciens » et « nouveaux » locataires dans les logements sociaux : «les premiers vivant parfois mal la cohabitation avec les seconds, plus pauvres et surtout plus ‘étrangers’ qu’eux ». Le Cocolo joue aussi le rôle d’interface entre la SISP et leslocataires, puisqu’il réceptionne les demandes de ces derniers.

Implémentation au niveau local

Sur le terrain, un premier constat est fait concernant l’engagement des représentants des locataires. En fait, « la participation, plus ou moins active, et la non-participation auCocolo ne se font pas de manière aléatoire, les capitaux culturel et social jouent un rôle très discriminant dans le rapport à la participation ». Parailleurs, au-delà des élections (19 % d’électeurs en 2004), on constate que les habitants participent peu au dispositif en lui-même dont le contenu est formel et technique,soit peu mobilisateur.
Le rapport SISP-Cocolo varie suivant l’endroit : conflictuel, au risque de tout bloquer ; collaboratif, au risque pour le Cocolo d’être transformé en un nouveau service de la SISP ;partenaliste, la SISP se substituant parfois aux représentants du Cocolo ; ou encore, indifférent, la SISP « oubliant » le Cocolo.

Enfin, la sociologue s’interroge sur le fait que « le dispositif est véritablement adapté aux attentes des habitants des logements sociaux » : trop formaliste et, de cefait, difficilement appropriable par les habitants les plus précaires et les plus démunis des logements sociaux. Néanmoins, le Cocolo est vécu positivement par de nombreuxdélégués : ils se sentent reconnus et écoutés. Et de citer Leila, une représentante Cocolo au CA d’une SISP : « Je me suis rendu compte que j’avais ledroit de dire ce que je pensais et de faire bouger les choses plus vite. »

1. Les logements sociaux (coll. « Les Cahiers des sciences administratives »), sous la direction de G. Generet, Éd. Larcier, Bruxelles, 2007, 40 euros.

Baudouin Massart

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