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"Comment lutter contre le sentiment d'insécurité dans les logements sociaux ?"

02-07-2001 Alter Échos n° 101

Le 7 juin dernier, le gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale a décidé de consacrer 53,5 millions à la sécurisation des abords des logements dans les 19communes, sur la proposition du ministre-Président, François-Xavier de Donnéa1. Cette initiative se base sur l’expérience menée depuis 1996 par la Ville deBruxelles dans le cadre de son contrat de sécurité. La capitale bénéficie effectivement d’un subside régional annuel de 8,5 millions de francs. Ce montant estaffecté à la sécurisation des entrées des logement sociaux des sociétés immobilières de service public (SISP) de la Ville. Concrètement, cesSISP ont procédé à l’installation de portes à vitrage feuilleté, de serrures magnétiques, de parlophones, etc. Dans un communiqué, le cabinet duministre-Président explique que « ces initiatives ont pour but de limiter aux occupants et à leurs visiteurs l’accès aux parties communes des ensembles de logements sociauxsouvent ouvertes à tout vent. Les résultats sont probants puisqu’on constate une diminution des actes de vandalisme et une amélioration du sentiment desécurité des locataires. »
45 millions pour les 18 autres communes bruxelloises
Sur cette base, François-Xavier de Donnéa a fait mener une enquête auprès des 18 autres communes de la Région afin d’évaluerl’intérêt de celles-ci pour de telles mesures. Constat : la plupart des logements sociaux bruxellois sont confrontés à des problèmes similaires de vandalismeet d’insécurité. En conséquence, 45 millions ont été dégagés pour les 18 communes en plus des 8,5 millions octroyés à la Ville deBruxelles. La répartition des montants a été établie sur la base de la clé de répartition de la dotation générale aux communes et du nombre delogements sociaux.
Sécurisation : oui mais aussi plus de cohésion sociale
Du côté du Syndicat des locataires2, José Garcia, président de l’association, apprécie l’initiative, mais insiste sur une nécessaire concertationavec l’associatif et les locataires. « Cela peut réduire les problèmes de vandalisme et d’insécurité pendant un temps, mais cela ne servira pas àrésoudre les problèmes à terme. La sécurisation est une bonne chose dans certains endroits, car il y a un réel besoin. Cependant, la répression ne va pasassurer la paix sociale. Il faut un travail sur du long terme, d’où l’importance des projets de cohésion sociale. Dans notre projet mené au Square Albert Ier, lesjeunes veulent – en majorité – trouver un emploi. »
Pour sa part, Yves Lemmens, directeur général faisant fonction à la SLRB (Société du logement de la Région bruxelloise)3, signale que de ce type de mesuresrépond à une demande de nombreux locataires : « Ceux-ci souhaitent que les entrées de leurs immeubles ne soient pas transformées en plaine de jeux. A partir du momentoù ils ont un badge d’accès, les locataires éprouvent un sentiment plus fort de vie privée. Bien sûr, il faut compléter cette sécurisation pardes projets de cohésion sociale pour l’encadrement des jeunes. Même si l’aspect sécuritaire a une connotation négative, il fait partie d’une politiqueglobale (cohésion sociale, amélioration des abords des logements sociaux, etc.). La sécurisation joue sur l’aspect visuel : son objectif est d’éviter destigmatiser certains quartiers ou certaines zones. »
En Wallonie, place à la prévention
En Région wallonne, l’accent est surtout mis sur la prévention, plutôt que sur la répression. Jean-Michel Degraeve, directeur du développement à laSociété wallonne du logement4 : « Il faut arrêter de vouloir mettre des grillages. Ce n’est qu’une solution provisoire pour les logement sociaux qui, en apparence, sontdéjà des ghettos physiques. Loin de résoudre le sentiment d’insécurité, on risque plutôt d’obtenir l’effet inverse. En effet, unesécurisation peut faire naître chez les gens un sentiment d’insécurité encore plus grand : les locataires vont vraiment avoir l’impression de vivre dans un salequartier, puisqu’il nécessite autant d’investissements en matière de sécurité. » Et de conclure : « Il n’y a pas de solution toute faite pourrésoudre ce problème. Cela dépend de chaque ensemble. Néanmoins, nous voulons privilégier la prévention. »
Cette piste semble également la plus réaliste pour Marie-Claude Chainaye de l’IWHC (Interrégionale wallonne des habitants de cités)5. « Notre politique,explique-t-elle, est de faire en sorte que les gens s’entendent, que des partenaires puissent se rencontrer, que les gens ne s’enferment pas dans leurs peurs… Souvent le sentimentd’insécurité est lié à des bandes de jeunes qui veulent trouver leur place dans une société qui n’est pas tendre avec eux. En faisant peur auxgens, ils se voient reconnus, alors ils poursuivent dans cette voie. Parfois, certains locataires décident de réagir en allant à la rencontre des jeunes, en se mettant àleur écoute pour tenter de comprendre quelles sont leurs frustrations, leurs attentes, etc. Enfin, il n’y a pas que la violence des jeunes, il y a aussi celle des adultes. Même sielle est différente, cette violence existe : elle peut consister à refuser de payer son loyer, car leur logement leur apparaît trop insalubre. Cet état de choses estsouvent le fruit d’un laisser-aller au niveau des SISP qui parfois n’ont pas les moyens de remettre en état les logements. »
1 Rue Ducale 7-9 à 1000 Bruxelles, tél. 02 506 32 11, fax : 02 514 40 22.
2 Square Albert Ier 32 à 1070 Bruxelles, tél. : 02 522 98 69, fax : 02 524 18 16, e-mail : syndicatdeslocataires@swing.be.
3 Rue Jourdan 45-55 à 1060 Bruxelles, tél. 02 533 19 11, fax : 02 533 19 00, e-mail : slrb@slrb.irisnet.be ; Internet : http://www.slrb.irisnet.be.
4 Rue de l’Écluse 21 à 6000 Charleroi, tél. : 071 20 02 11, fax : 071 30 27 75 ; Internet : http://www.swl.be.
5 C/o Solidarités nouvelles, rue de Montigny 29 à 6000 Charleroi, tél. : 071 30 36 77, fax : 071 30 69 50.

Baudouin Massart

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