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Bruxelles : les actions de rénovation urbaine creusent-elles les inégalités ?

Le 18 décembre, un colloque était organisé à Bruxelles sur le thème « Stratégie pour une remétropolisation globale et aménagement duterritoire – Complémentarité entre le cadre urbain (lieu de vie) et les activités économiques »1. Si l’accent était mis surl’économique, les aspects sociaux n’étaient pas absents du débat.

01-08-2005 Alter Échos n° 134

Le 18 décembre, un colloque était organisé à Bruxelles sur le thème « Stratégie pour une remétropolisation globale et aménagement duterritoire – Complémentarité entre le cadre urbain (lieu de vie) et les activités économiques »1. Si l’accent était mis surl’économique, les aspects sociaux n’étaient pas absents du débat.

Pour Éric Corijn, professeur à la VUB, un problème se pose au niveau des institutions : « Bruxelles a besoin de penser son territoire et nous pensons que lesinstitutions bruxelloises ne sont pas compétentes pour cela. Bruxelles est en effet la seule ville qui compte 19 maires et un ministre-président, qui n’a pas de politique culturelleunique, ni de lieu où la politique urbaine peut être faite. La politique se fait secteur par secteur. Donc, il faut trouver des lieux de cohésion et d’intégration. »Pour Éric Corijn, le procédé d’insertion actuel consiste à amener les gens qui posent des problèmes vers une certaine normalité (revenus, culturel, etc.), iln’y a donc pas de projet interculturel. Idéalement, il faudrait partir d’un destin commun ancré dans la différence, ce qui fait d’ailleurs l’objet d’un travail avec le cabinet duministre-président. Pour Eric Corijn, la politique urbaine du moment ne répond pas à cela : « Le PRD (Plan régional de développement) n’est pas un projeturbain, les contrats de quartier ne sont pas des projets de quartier. Il faut faire un cadastre des besoins (urbanisme, habitat, espaces publics, dynamiques sociales, économie deproximité, etc.). » Et de conclure : « Les classes défavorisées ne s’opposent pas à la gentrification, mais ils se demandent pourquoi eux n’ont pasprofité des bénéfices de cette régénération (ex. : quartier Dansaert). Dans les dynamiques urbaines, il faut intégrer cet élément pouréviter la fracture. Il faut trouver une plate-forme intercommunautaire et interculturelle pour trouver une dynamique urbaine. »

Des inégalités sociales exacerbées

« La gentrification et les conséquences sociales de la rénovation actuelle de certains quartiers » constituaient l’intervention de Mathieu Van Crieken, chercheur àl’IGEAT (Institut de gestion de l’environnement et de l’aménagement du territoire de l’ULB). « Toute dynamique de rénovation, pour autant qu’elle aille de pair avec unerevalorisation marchande des logements (i.e. hausse des loyers et des prix d’achat), entraîne dès lors une fragilisation accrue des conditions d’habitat d’un nombre très importantd’habitants », déclare-t-il, bien qu’il perçoive la gentrification comme un « phénomène très minoritaire à Bruxelles ».

Selon lui, la rareté de la gentrification serait due à trois éléments :

> un développement faible des « activités tertiaires de haut niveau », lié à la concurrence des banlieues ;

> Bruxelles se caractérise par un poids international disproportionné par rapport à sa taille ;

> il n’y a pas de mégaprojets urbains à Bruxelles, en dehors des institutions européennes, qui constituent le plus important réservoir potentiel degentrification.

Parallèlement, une certaine gentrification « socioculturelle » se met en place. Il s’agit de « quartiers “à la mode” à Bruxelles, priséstant pour leurs boutiques, cafés et restaurants branchés que pour leur patrimoine bâti ou leurs équipements culturels ». Le chercheur refuse toutefois de minimiserles impacts sociaux des dynamiques de rénovation à Bruxelles, même s’ils n’apparaissent pas si aigus que dans d’autres capitales européennes. En effet, ils contribuentà l’éviction des populations pauvres des quartiers rénovés. Ces ménages n’ont d’autre choix que d’aller dans des quartiers dits « refuges », tels leVieux Molenbeek et Cureghem (Anderlecht). « Très souvent, en effet, les dynamiques de rénovation résidentielle mènent à exacerber les inégalitéssociales en renforçant les inégalités spatiales au sein de la ville », conclut-il.

Le logement en point de mire

Enfin, Annette Perdaens, directrice de l’Observatoire de la santé et du social de la Cocom (OBSS), dénonce aussi le lien entre pauvreté et accès au logement. Elledéplore que l’on exige de plus en plus des services sociaux qu’ils fonctionnent en termes de rentabilité. Elle s’interroge sur les dispositifs à mettre en place pour que «les gens se sentent mieux dans la société et non pas pour qu’ils s’insèrent mieux ». Elle observe également que la paupérisation gagne les classes moyennesqui s’adressent de plus en plus aux services sociaux parce qu’elles ne trouvent pas d’emploi ou de logement à prix abordable. Le 8e rapport bruxellois sur l’État de la pauvretéreprend d’ailleurs une série de recommandations allant dans ce sens. L’Observatoire relaie celles-ci en pointant les écueils relatifs à l’accès au logement :insalubrité, abus des propriétaires (marchands de sommeil, etc.), surpopulation, atteintes financières à l’exercice de la solidarité (le systèmeprivilégie les isolés avec enfant), l’endettement, etc. Résoudre ces problèmes passe par une augmentation de l’offre des logements, une meilleure cohérence desnormes législatives ou encore la mise en place d’un Observatoire du logement pour organiser la connaissance du secteur.

1. Organisé par l’Université libre de Bruxelles et la Haute école Francisco Ferrer – Catégorie économique Cooremans, ce colloque a étéinitié par le ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, François-Xavier de Donnea. Cabinet : rue Ducale 7-9 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 506 3211,
fax : 02 511 62 83.

Baudouin Massart

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