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Avant la rue

Sortir les gens de la rue, c’est une chose mais ne vaudrait-il pas mieux éviter qu’ils n’y tombent ? Le très complet rapport du Service de lutte contre la pauvreté surle sans-abrisme plaide pour la prévention.

27-04-2010 Alter Échos n° 293

Sortir les gens de la rue, c’est une chose mais ne vaudrait-il pas mieux éviter qu’ils n’y tombent ? Le très complet rapport du Service de lutte contre lapauvreté1 sur le sans-abrisme plaide pour la prévention.

Trop longtemps, la politique en matière de sans-abri s’est bornée à fournir un toit, pour quelques nuits ou quelques mois. Cette vision à court terme s’estrapidement heurtée à un mur. Les maisons d’accueil sont engorgées. Chaque nouvelle place créée est aussitôt occupée.

Aujourd’hui, le secteur ne croit pas que mettre des lits supplémentaires à disposition ne règlera quoi que ce soit. En quête de solutions durables, les acteurs deterrain ne manquent pas de créativité. Logements communautaires, studios accompagnés, maisons-relais, sont des alternatives proposées à l’itinéraireclassique voulant que le SDF passe par les cases abri d’urgence, maison d’accueil, logement durable. Ces solutions misent sur l’accompagnement et la création de liens sociaux, pouréviter que la solitude ne soit une raison de retourner à la rue. Dans des habitats collectifs comme ceux ouverts par les Petits Riens2, ou le projet « de la rue aulogement solidaire » coordonné par Fami-Home3, on partage non seulement le loyer, mais aussi les difficultés et les joies de la vie quotidienne. Malheureusement,le développement de ces formes de cohabitation reste trop souvent entravé par le système d’allocation sociale qui pénalise financièrement les nonisolés.

Au-delà de la réinsertion se pose aussi la question de la prévention. Avec la crise économique, un nombre croissant d’individus décrochent. Mener des politiquesà l’égard des plus précarisés importe donc plus que jamais.

La question des expulsions mérite que l’on s’y arrête. Plusieurs villes en Europe ont imaginé des « zones de protection des locataires en difficultéséconomiques ». À Bobigny, en Île-de-France, les familles en difficulté ne peuvent être expulsées sans qu’une commission de prévention ne sesoit réunie au préalable. Ne pourrait-on agir plus en amont encore  ? Éviter que des loyers non payés ne s’accumulent, par exemple, en mettant en place unaccompagnement dans les logements sociaux  ? En Région flamande, une société de logements sociaux peut engager un travailleur à mi-temps par tranche de 500 logementspour assurer cet accompagnement.

Garder ses droits

Mais la question du sans-abrisme ne se réduit pas à une question de briques, insiste le rapport du Service de lutte contre la pauvreté. En matière de santé, parexemple, force est de constater que la pauvreté entraîne une usure précoce. Sans la santé, plus d’emploi, sans emploi, plus de vie sociale… Et voilàcomment la spirale infernale peut mener jusqu’à la rue. Pour éviter d’en arriver là, il convient d’appliquer « une politique de santé qui ne se limite pasà une politique de soins (…) mais qui prend en compte les facteurs à l’origine des disparités socioéconomiques et des inégalités sociales desanté. » Il va de soi que cette logique trouverait à s’appliquer dans d’autres domaines encore.

L’analyse pointe aussi des moments de la vie où les personnes sont plus susceptibles de devenir SDF. Les gens qui quittent l’hôpital psychiatrique, la prison, ou le centred’Aide à la jeunesse se retrouvent souvent isolés, sans argent et sans logement. Dans les prisons, les détenus n’ont pas toujours accès à l’ensemble desdispositifs sociaux qui pourraient les aider. En Flandre, des efforts ont été réalisés pour changer la donne. Dans une moindre mesure, à Bruxelles et enRégion wallonne aussi. Mais des acteurs comme les CPAS, les sociétés de logement ou les agences immobilières sociales restent encore hors de portée desdétenus. Quant aux sans-abri qui sont passés par l’hôpital psychiatrique, leur nombre augmente significativement. On supprime des places dans les hôpitaux, mais sansrien prévoir d’autre à la place. Là aussi des solutions permettent d’éviter que ces patients fragilisés ne « disparaissent » dans la nature.Coordonné par le Centre de santé mentale Artaud4, le projet Hermès met autour de la table 22 partenaires du secteur de la santé mentale et de l’aide socialepour assurer le suivi des psychotiques à leur sortie.

1. Service de lutte contre la pauvreté :
– adresse : rue Royale, 138 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 212 31 73
– courriel : luttepauvrete@cntr.be
– site : www.luttepauvrete.be

2. Un Toit à soi :
– adresse : rue Américaine, 101 à 1050 Ixelles
– tél. : 02 541 13 96
– courriel : untoitasoi@petitsriens.be
3. Ce projet rassemble Fami-Home, Diogènes, Pierre d’Angle, l’agence immobilière sociale Logement pour tous.
4. CMS Artaud :
– adresse : rue du Grand Hospice, 10 à 1000 Bruxelles
– tél.  : 02 218 33 76
-courriel : antoninartaud@advalvas.be

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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