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Assistants sociaux en centres fermés : « La déontologie, au vestiaire ! »

En juillet, le Selor publiait des offres d’emploi1 pour remplir la fonction d’assistant social (AS) pour les centres fermés. Pour le Comité de vigilance en travail social,les conditions imposées violent les règles les plus élémentaires du travail social.

07-09-2007 Alter Échos n° 234

En juillet, le Selor publiait des offres d’emploi1 pour remplir la fonction d’assistant social (AS) pour les centres fermés. Pour le Comité de vigilance en travail social,les conditions imposées violent les règles les plus élémentaires du travail social.

«Vous disposez d’une grande force de persuasion » ; « Vous êtes capable de travailler en étant orienté résultats et ce tant de manièreautonome qu’au sein d’une équipe d’accompagnement » ;
« Vous n’avez pas peur de communiquer de mauvaises nouvelles ». Ces phrases illustrent les conditions auxquelles les AS devront répondre pour travailler dans les centresfermés pour illégaux de Bruges, Vottem et Merksplas, le centre de transit 127 de Zaventem et le centre de rapatriement 127bis de Steenokkerzeel.

Le règlement de sélection précise aux candidats que « en tant que fonctionnaire chargé du rapatriement, vous préparez, au moyen d’entretiens, lesrésidents à leur éloignement de sorte que celui-ci puisse se dérouler efficacement et dans des conditions humaines. Concrètement, cela signifie :
• que vous les aidez à accepter la décision de maintien en détention en vue de leur éloignement ;
• que vous les accompagnez dans le processus de départ et que vous les incitez à réfléchir à leur avenir dans leur propre pays ;
• que vous les incitez à retourner volontairement dans leur pays ou à y retourner sans opposer de résistance ;
• que vous appliquez les directives et que vous réagissez de manière flexible à d’éventuelles modifications. »

« Inadmissible ! »

Informé par Alter Échos, le Comité de vigilance en travail social2 juge inadmissibles de telles exigences. Pour Catherine Bosquet, une des cofondatrices ducomité, tout cela entre en contradiction avec la définition internationale du travail social, reconnue par la Fits (Fédération internationale des travailleurs sociaux) etl’AIETS (Association internationale des écoles du travail social). Celle-ci précise entre autres que :
• « Les travailleurs sociaux doivent respecter et promouvoir le droit des personnes à faire leurs propres choix et à prendre leurs propres décisions, quels que soientleurs valeurs et leurs choix de vie, à condition que cela ne menace pas les droits et intérêts légitimes des autres » (point 4.1.1) ;
• « Les travailleurs sociaux ont le devoir d’attirer l’attention des employeurs, des responsables, des politiques et du grand public sur les situations où les ressourcessont inadéquates ou bien où la distribution de ressources, les règles et pratiques sont abusives, déloyales ou nocives » (point 4.2.4).

« Un problème se pose avec le statut des fonctionnaires, admet l’interviewé. Mais, ce statut est réglementaire et il n’est pas à mettre au-dessus d’un Code dedéontologie. C’est à l’employeur d’adapter ses missions à la fonction, d’autant que l’offre vise clairement des AS, un titre protégé par la loi et qui faitréférence aux définitions internationales du travail social, qui sont utilisées par toutes les écoles d’assistants sociaux. »

Bons sentiments ou perversité ?

De plus en plus de secteurs sont touchés par cette mise sous pression invitant à l’activation, à la responsabilisation des personnes, sans pour autant apporter devéritables solutions. Cela s’observe dans le cadre des politiques des Étrangers, de l’Emploi, de l’Aide sociale, de l’Aide à la jeunesse, ou encore du Logement.
« Le pire est que tout cela part de bons sentiments, constate notre interlocutrice. Il faut être à l’écoute, mettre les gens en confiance… En d’autres termes, puisqu’ilsvont quand même devoir rentrer, autant les accompagner pour qu’ils rentrent dans les meilleures conditions ». Catherine Bosquet déplore la méconnaissance desréalités du terrain par les décideurs, avant d’ajouter : « Mais c’est aussi notre rôle d’être pédagogique, de faire remonter la réalité duterrain. Ce qui n’est pas simple et pas toujours audible. »

1. Un descriptif de la fonction peut-être consulté sur le site du Selor : www.selor.be/examadv/AFG07829.htm ;
de même que le règlement de sélection :
www.selor.be/examreg/R_AFG07829.pdf

2. Comité de vigilance c/o Ligue des droits de l’homme,
– adresse : chaussée d’Alsemberg, 303 à 1190 Bruxelles.
– permanence téléphonique : tous les jeudis de 14h à 17h au 02 346 85 87
– site : www.comitedevigilance.be

Baudouin Massart

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