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Emploi/formation

Amsterdam et l’industrie du chômage

Amsterdam investit dans la formation au grand dam de la droite qui y voit une « industrie du chômage ».

20-01-2012 Alter Échos n° 330

La ville d’Amsterdam vient d’allouer 250 bourses d’études aux demandeurs d’emploi,  travailleurs pauvres et aux femmes immigrées. Cette initiative va à contre-courant de la politique nationale. La ville décide d’investir dans la formation au grand dam de la droite qui y voit une « industrie du chômage ».

Ce n’est pas un accès soudain de générosité, ni un pied de nez à la politique du gouvernement qui envisage de supprimer toute bourse d’études aux Pays-Bas. Non : ce qui pousse la ville batave à offrir ces débouchés nouveaux à ses citoyens les plus vulnérables, c’est son mauvais classement en matière de réinsertion professionnelle. En matière d’emploi, Amsterdam vient en effet en queue de peloton des villes de plus de 100 000 habitants avec seulement 5,8 % de personnes qui ont retrouvé un emploi en 2010. Alors que Zaanstad, par exemple, une ville de 147 000 habitants qui fait partie de la même région administrative de Hollande septentrionale affiche un « score » de près de 14 % d’emplois retrouvés pour la même période tandis que la moyenne nationale s’arrondit aux alentours de 9 % 1. Ce sont les villes moyennes – de 50 000 à 100 000 habitants – qui s’en sortent le mieux, telle  Roosendaal qui affiche 17 % de retour à l’emploi.

Ces « bourses d’études » sont en réalité des prêts consentis par la banque de crédit de la commune2. Alors qu’habituellement ces prêts communaux sont plafonnés à 1 400 euros, ceux-ci sont théoriquement illimités. Et, encouragement supplémentaire, en cas de réussite une partie du financement ne devra pas être remboursé.

L’objectif de ces bourses est bien de retrouver rapidement un emploi : « Nous ne prêterons pas d’argent pour un cours d’histoire de l’art à un cinquantenaire », déclare Freek Ossel, échevin responsable de la pauvreté.

Ces prêts sont également ouverts aux travailleurs pauvres, c’est-à-dire dont les revenus n’excèdent pas 130 % du salaire minimum qui, depuis juillet 2011, s’élève à 1 435,20 euros. Et aux femmes immigrées, afin de financer leurs cours et examens dans le cadre de la procédure de citoyenneté (inburgering). Même si l’on sait que la réussite de ce type d’examen conduit rarement à l’emploi (Voir Alter Echos n° 328 : Inburgering : dispositif d’intégration ou politique symbolique ?), elle est néanmoins indispensable pour acquérir ou conserver un titre de séjour…

L’industrie du chômage

Cette initiative s’affirme à contre-courant de la politique défendue par l’actuel gouvernement, coalition de libéraux et de chrétiens soutenus par les populistes de Geert Wilders. Et aussi contre la propagande des médias de droite qui voient dans l’aide à la réinsertion professionnelle des demandeurs d’emploi « des milliards jetés à l’industrie du chômage3 ».

Ce sont environ deux milliards d’euros qui sont consacrés annuellement à la réinsertion professionnelle des demandeurs d’emploi aux Pays-Bas. Chiffres que certains commentateurs n’hésitent pas à gonfler à six milliards sans pourtant apporter de preuves tangibles. De quoi inquiéter le Parlement qui se penchera sur cette matière dans les prochaines semaines.

Le député CDA (Appel démocratique chrétien) Eddy van Hijum considère que « la plupart des gens acquièrent les compétences principales sur le tas et qu’il est encore temps de penser à un cours après, si le besoin se fait sentir ». Il propose donc de faire se rencontrer l’offre et la demande au niveau local, sans passer par la case formation. Comme l’a fait récemment l’entrepreneur Hennie van der Most, qui a rassemblé dans la commune d’Enschede quelques demandeurs d’emploi et des entreprises, lors d’une « journée de l’emploi » encadrée par le CWI, l’équivalent du Forem.

Mais Hijsum aura du mal à convaincre les leaders de l’opposition, tel Ahmed Aboutaleb, bourgmestre travailliste de Rotterdam, pour qui la dimension sociale de la réintégration est également importante. Pour lui, apprendre à lire à un analphabète en deux ou trois ans ou resocialiser une personne dépressive qui sans cela resterait « seule avec ses géraniums » est également important.

Mais, vu la tendance générale au sein de la majorité parlementaire, nul doute que la politique de réinsertion professionnelle subira, elle aussi, la cure d’amaigrissement imposée à tous les dispositifs sociaux.

Marco Bertolini

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