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"A. Supiot : penser l'action collective au-delà de l'emploi"

20-03-2000 Alter Échos n° 71

Alain Supiot est le juriste français qui a coordonné un important rapport prospectif sur l’évolution du droit du travail en Europe, publié l’an dernier. Ses propos dansune interview récente 1 offrent une mise en perspective de la démarche des Marches européennes contre le chômage et autres mouvements face aux nouvelles stratégiesdu «monde des affaires» européen.
«Le risque de la frilosité est de chercher refuge dans des notions anciennes, sans s’apercevoir que leur contenu a changé. Sous les mêmes mots, les choses ne sont plus lesmêmes. L’entreprise, par exemple, ne renvoie plus à une institution décalquée du modèle familial père-patron qui produisait (l’)affiliation sociale (…).
Elle a repris son sens premier d’action économique.
Ce qui pose la question : action au service de qui ? D’où les réflexions sur la ‘corporate governance’ (le gouvernement d’entreprise), qui témoignent d’une crise de lalégitimité du pouvoir dans l’entreprise. Si les syndicats restent prisonniers des cadres d’action collective hérités du fordisme – l’entreprise de papa ou la branche (lesecteur d’activité, NDLR) -, dont les employeurs peuvent s’évader par la filialisation ou la sous-traitance, il y a peu de chances qu’ils pèsent bien lourd.
Pour nourrir une mobilisation collective, il me semble prioritaire, face à la dilution des responsabilités qu’autorise le droit commercial, d’arriver à identifier où sesitue le pouvoir économique et de ne pas se laisser enfermer dans le face à face patron-salarié. En matière d’action collective aussi, il faut apprendre à penser‘au-delà de l’emploi’. Il sera alors possible de recourir à de nouvelles formes d’action collective impliquant tous ceux qui subissent les conséquences dommageables demauvais choix économiques. Des affaires comme celles de l’ «Erika» ou de la vache folle sont exemplaires : elles révèlent non seulement les catastrophes oùconduisent des politiques d’entreprise uniquement indexées sur des indicateurs financiers, mais aussi des capacités de mobilisation collective qui dépassent de beaucoup les seulssalariés de ces entreprises et démentent le diagnostic d’individualisation radicale de nos sociétés.
Le droit du travail a toujours su écarter les montages du droit commercial lorsqu’ils conduisaient à diluer le pôle patronal.»
1 Dans «Quel statut pour le travail ?», interview en face à face d’Alain Supiot et Robert Castel par Carole Yerochewski dans le cahier Travail du mensuel «Alternativeséconomiques» n° 179 de mars, pp. 14-15.

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