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« L'alpha n'est pas utilitariste »

L’alphabétisation est une porte vers l’emploi. Mais elle n’est pas que cela. Les acteurs wallons du secteur s’inquiètent des évolutions politiques quisubsidient ces cours dans une optique d’insertion socioprofessionnelle.

27-04-2010 Alter Échos n° 293

L’alphabétisation est une porte vers l’emploi. Mais elle n’est pas que cela. Les acteurs wallons du secteur s’inquiètent des évolutions politiques quitendent à subsidier ces cours uniquement dans une optique d’insertion socioprofessionnelle.

Il y a beaucoup de raisons de vouloir apprendre à lire et à écrire. Certaines personnes visent un emploi au bout de leurs parcours, à moyen terme ou parfois àtrès long terme. D’autres veulent suivre la scolarité de leurs enfants ou tout simplement acquérir une plus grande autonomie dans une société oùl’écrit reste incontournable.

Le secteur de l’alphabétisation, coordonné par Lire et Écrire1, a pour objectif de permettre à chacun, quelles que soient ses motivations et sonstatut, d’accéder à une formation de qualité. Mais est-ce encore possible  ? En Région wallonne, les acteurs de l’alpha s’inquiètent de voir que les apprenantsqui ne s’inscrivent pas dans un parcours d’insertion socioprofessionnelle (ISP) trouvent de plus en plus difficilement leur place dans ce processus. « Dans le contexte de crise sociale etéconomique que connaît la Wallonie aujourd’hui, le risque est de favoriser le tout à l’emploi. L’alphabétisation ne s’inscrit pas dans une vision utilitariste, elles’inscrit dans une vision sociale d’émancipation », souligne Véronique Dupont, directrice adjointe de Lire et Écrire Wallonie.

Chez Lire et Écrire, on estime que le public n’entrant pas directement dans un dispositif ISP constitue environ la moitié des demandes. En 2008, ces personnes n’occupaientpourtant que 20  % des places disponibles. Un problème évident de manque de moyens. « Il y a un risque réel de perdre ces personnes, qui sont parmi les plusvulnérables, en chemin », met en garde Véronique Dupont.

Question de cohérence et de moyens

À l’origine de cette situation, on trouve un changement dans la législation. En 2008, le décret relatif au fonctionnement des entreprises de formation par le travail (EFT) etdes organismes d’insertion socioprofessionnelle (OISP) est entré en vigueur. « Ce décret précise de manière légitime les catégories de publicvisées. Auparavant, il existait cependant davantage de possibilités de subventionner un plus large public, explique la directrice adjointe de l’association. Il nous sembleessentiel que les publics en ISP continuent à être soutenus dans leur démarche, mais il faut combler par ailleurs le déséquilibre entre ces moyens et ceuxalloués à l’insertion. »

Pour se faire une idée, en 2008, 94  % des financements de l’alphabétisation provenaient du champ de la Formation professionnelle, contre 6  % seulement de l’Action sociale.Pas de quoi faire face au défi. « Pour pouvoir continuer à former les personnes qui ne s’inscrivent pas dans un processus d’insertion socioprofessionnelle, lesrégionales augmentent la capacité des groupes de formation, ce qui pourrait avoir un impact au plan pédagogique. D’autres groupes sont pris en charge par des personnesbénévoles », explique Véronique Dupont. Encore faut-il trouver suffisamment de volontaires. Une troisième voie consisterait à proposer des formationsplus courtes à ce public. Mais de telles différences de traitement paraissent difficilement acceptables. « Nous voulons continuer à accepter en formation tous les publics», s’indigne-t-on chez Lire et Écrire.

En dehors des aspects purement financiers, l’enjeu consiste aussi à développer une politique transversale sur ce dossier, qui ressort à la fois des compétences dela ministre en charge de l’Action sociale, Éliane Tillieux (PS) 2, et de son homologue à l’Emploi, André Antoine (CDH) 3. En Régionwallonne, les politiques liées aux publics précarisés sont fortement spécialisées, pour ne pas dire « saucissonnées ». Lire et Écrire enWallonie plaide donc pour une politique d’alphabétisation intégrée. De A jusqu’à Z.

1. Lire et Écrire Wallonie :
– adresse : rue Saint-Nicolas, 2 à 5000 Namur
– tél. : 081 24 25 00
– courriel : coordination.wallonne@lire-et-ecrire.be
– site : http://wallonie.lire-et-ecrire
2. Cabinet d’Éliane Tillieux :
– adresse : rue des Brigades d’Irlande, 4 à 5100 Namur
– tél. : 081 32 34 11
– site : www.tillieux.be
3. Cabinet d’André Antoine :
– adresse : rue d’Harscamp, 22 à 5000 Namur
– tél. : 081 253 811
– site : http://antoine.wallonie.be

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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