Situé au cœur de la rue Godefroid menant à la gare de Namur, le Service Droit des jeunes est reconnaissable à sa façade grise et à ses dix boîtes aux lettres collées les unes aux autres. Depuis octobre 2024, les trois étages du dessus, où neuf studios individuels ont été aménagés, accueillent des jeunes âgés de 16 à 22 ans, rencontrant des difficultés sociales, familiales et économiques1. Et ce dans le cadre du projet «Droit@Home», qui vise à favoriser leur mise en autonomie, grâce à un accompagnement personnalisé et au renforcement des liens sociaux.
En ce jour d’avril, particulièrement chaud pour la saison, il est 17 h 15 lorsque la «réunion des voisins» s’apprête à commencer dans la cuisine commune. Sonia, Thomas, Eliott, Léo et Nadia2 prennent place autour de la table, où du cake, des pommes et des sodas ont été mis à disposition. La plupart ont emménagé récemment, seule Sonia occupe un studio depuis juillet 2025. Bien que deux filles manquent à l’appel, Clément et Lucie, intervenants sociaux du SDJ, proposent de faire un tour des présentations, puis de former des duos. «Cherchez trois points communs. Le duo qui trouve le truc le plus original a gagné!», lance Clément. Style musical, marques de vêtements ou plat préféré… Cet exercice permet de faire plus ample connaissance, même si les jeunes n’ont pas attendu cette réunion pour se rapprocher. «Hier, j’ai frappé à toutes les portes pour faire une partie de rikiki!», s’amuse Sonia. «Je suis le seul à avoir compris le jeu et à avoir perdu les deux parties!», réplique Thomas.
«Maintenant, on passe aux choses sérieuses», annonce Clément. Est venu le moment d’aborder l’objectif de la réunion des voisins, seule activité collective obligatoire, qui se tient une fois par mois. «L’idée, c’est d’apprendre à vous connaître, de partager des choses, de faire le point sur les communs, la vie ensemble, et de voir ce qui peut être amélioré», explique Lucie. «Si vous ne savez pas venir, il faut prévenir le comité et avoir une raison valable. C’est aussi une façon de vous apprendre à tenir vos engagements futurs», ajoute Clément. Il précise que des invités participeront parfois à ces réunions, comme des jeunes ayant vécu dans les studios auparavant. «On fera aussi des cours de cuisine, des ateliers sur le droit pénal sexuel, sur les consommations ou la gestion de son logement, ainsi que sur d’autres thématiques que vous souhaitez aborder.»
Sonia se désigne ensuite pour lire le règlement d’ordre intérieur à voix haute. Entretien des espaces communs, partage des tâches, gestion des déchets, sécurité… Autant de points importants pour faciliter le vivre ensemble et assurer le bien-être de chacun et chacune. «Cela fait beaucoup d’informations d’un coup, alors n’hésitez pas à venir nous trouver si vous avez des questions», invite Lucie. «Nous ne doutons pas de vos capacités, mais on sait aussi que si vous avez la flemme ou si vous n’allez pas bien, c’est dur de s’occuper de chez soi. Nous sommes là pour vous aider et éviter que les choses empirent», insiste Clément. «Sachez qu’il n’y a aucun jugement de la part des intervenants si vous avez du mal à gérer la propreté de votre logement. Personnellement, ça ne me dérange pas de vous aider», ajoute Sonia. Elle n’hésite d’ailleurs pas à partager son expérience et à donner des conseils à ses nouveaux camarades. Notamment lorsqu’il est question des autres activités à faire en groupe, celles-ci étant organisées sur une base volontaire. «Quand je suis arrivée, je ne participais à rien, car j’avais peur des autres, je voulais juste être dans mon coin, confie-t-elle. Mais je vous invite à le faire, ça permet de briser la glace. C’est super cool, on est tous bienveillants.»
1. Ces studios, dont le loyer s’élève à 394 euros, auxquels il faut ajouter les autres charges (eau, électricité, chauffage, etc.) sont sous contrat de bail de six mois, renouvelable deux fois.
2. Tous les prénoms des jeunes ont été modifiés.