Un laboratoire

Depuis les débuts du projet bilingue de la Communauté scolaire Sainte-Marie, l’Université de Namur l’accompagne dans l’ombre. Chercheurs et enseignants y tissent depuis vingt-cinq ans un dialogue fécond entre observation scientifique et pratiques éducatives.

Magaly Ghesquière, première institutrice engagée dans les classes bilingues, a d’ailleurs rejoint le LSFB‑Lab (Laboratoire de langue des signes de Belgique francophone) entre 2012 et 2017, puis à nouveau depuis 2021. «Au départ, on croyait qu’introduire la langue des signes et placer deux enseignants suffirait à tout résoudre. On a vite compris que la réalité était bien plus complexe», confie‑t‑elle. À l’époque, les analyses reposaient sur des cassettes VHS – un défi pour une langue visuelle dont la recherche émergeait à peine.

Autre défi à l’époque: il n’existait quasiment aucun manuel scolaire adapté. «Par exemple, en mathématiques, il n’y avait pas – ou très peu – de vocabulaire en langue des signes pour des niveaux comme la 4e, 5e ou 6e secondaire. Des notions comme delta ou cosinus n’existaient pas vraiment: il a fallu les construire.»

C’est lors d’un colloque que Magaly Ghesquière croise la route du chercheur américain Marc Marchark, spécialiste de l’éducation bilingue des enfants sourds. De là naît la reprise, par les équipes namuroises, d’un concept clé: le co‑enrollment («co‑inscription»), modèle dans lequel élèves sourds et entendants apprennent ensemble, chaque cours étant animé par deux enseignants – l’un signant, l’autre parlant.

Un dialogue international

Cet échange amorce un dialogue international. Un ouvrage collectif réunira bientôt plusieurs écoles pionnières, des États‑Unis à la Belgique. «Nous avons découvert que d’autres programmes avaient vu le jour ailleurs, souvent sans concertation, mais à partir des mêmes constats», souligne Magaly Ghesquière.

À Namur, le partenariat entre l’Université et la Communauté scolaire Sainte‑Marie prend la forme d’allers‑retours constants: des enseignants participent aux travaux du laboratoire tandis que des chercheurs testent leurs hypothèses dans les classes. Cette synergie a permis la conception d’outils novateurs, dont un dictionnaire numérique reliant directement mot et signe. Une ressource essentielle dans une langue qui ne s’écrit pas.

Une enquête menée entre 2014 et 2016 par l’Université de Namur auprès d’une vingtaine de binômes enseignants confirme les effets du dispositif: diversification des pratiques, progrès linguistiques et climat d’inclusion renforcé. Elle prouve qu’une école bilingue et inclusive peut offrir bien plus qu’un cadre d’adaptation: une véritable voie d’émancipation, où la différence n’isole plus, mais enrichit le collectif.