À quelques pas de la Sambre, en contrebas d’une citadelle qui semble supporter sur ses remparts les nuages lourds garnissant le ciel, apparaît une petite rue pavée et déserte. Les silhouettes d’une adulte et d’un enfant surgissent au détour d’un coin de rue. Mélanie arrive essoufflée, les cheveux et le visage maculés de gouttes de pluie. Son arrêt de bus a été déplacé et elle a dû marcher plus longtemps – et d’un bon pas – pour arriver à l’heure à son rendez-vous.
Une fois franchie la petite porte en bois des locaux de Salma, la maman et son fils retrouvent ce «cocon» où ils se sentent si bien. Artemis, 5 ans (le troisième de la fratrie), ne perd pas de temps et fonce vers la pièce située à l’arrière, où l’attendent une foule de jeux et de livres.
Sa mère s’installe à la table de la cuisine pour s’y réchauffer avec un café. «Quand on vient ici avec nos enfants, on voit qu’ils sont bien. Il y a cette confiance, on n’a pas l’impression de déranger», explique d’emblée la jeune femme au visage un peu fatigué, mais éclairé par l’acajou de ses cheveux et par un large pull coloré.
Cet accueil si chaleureux, voulu par Salma, n’a pourtant pas toujours été une évidence. Pour le comprendre, il faut remonter aux débuts de ce service d’aide aux mamans consommatrices, qui émane à l’origine de L’Échange, un service d’accompagnement et de soutien pour personnes consommatrices de drogues – qui propose notamment un comptoir d’échange où est mis à disposition du matériel d’inhalation et d’injection pour une consommation à moindre risque. L’Échange fait lui-même partie de l’asbl Entraide Sida, née dans les années 90 en pleine épidémie de VIH dans le but d’aider les personnes consommatrices, particulièrement touchées par le virus. «Au fil du temps, l’enjeu du ‘VIH’ est devenu moins prégnant, et l’asbl est aujourd’hui principalement axée sur l’accompagnement des consommateurs de drogues dans une philosophie de réduction des risques», retrace Virginie, sage-femme chez Salma.
Au sein de L’Échange, un constat a progressivement émergé: la présence d’un public de femmes, parfois enceintes, pour lesquelles l’accompagnement proposé n’était pas optimal. «Elles avaient beaucoup de questions auxquelles elles ne recevaient pas de réponse et elles étaient ultra-stigmatisées par le public masculin.»Au sein de L’Échange, un constat a progressivement émergé: la présence d’un public de femmes, parfois enceintes, pour lesquelles l’accompagnement proposé n’était pas optimal.
De là est né, il y a un peu plus de dix ans, le service Salma. Un service de soutien et d’accompagnement pour les mamans (femmes enceintes, désirant l’être ou ayant déjà des enfants) consommatrices. Salma est l’acronyme de «soutien, accompagnement, liaison, maternité, assuétudes», mais «c’est aussi un joli prénom arabe, qui veut dire ‘quelque chose de sain’, ajoute Bastien, le collègue de Virginie qui porte la casquette d’assistant social au sein de l’équipe. On ne le savait pas à l’époque, on trouvait que ça sonnait juste bien. Ce sont des mamans d’origine arabe qui nous l’ont dit par la suite, et maintenant on aime bien le préciser.»