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© asbl Gratte

Vacances participatives pour les jeunes handicapés

Alter Échos n° 397 17 février 2015 Gilda Benjamin

Que faire pendant les vacances de carnaval? Une balade en montagne, un atelier peinture, des cours de cuisine ou des fous rires sur la plage… Les jeunes, valides et moins valides, l’expérimentent en toute décontraction grâce à l’asbl Gratte. Loin des parents et entre potes, les différences s’atténuent.

Gratte: un hameau d’Ardèche où aime se retrouver un couple amoureux de la région. En 1986, l’envie de monter un projet participatif avec des personnes porteuses d’un handicap mental voit le jour. Rien de tel que les vacances pour rapprocher les esprits. Des escapades en groupe aux activités en Belgique, il n’y a qu’un pas qui sera vite franchi. Aujourd’hui, l’asbl Gratte s’adresse aux jeunes de 18 à 35 ans et compte une antenne à Bruxelles, Louvain-la-Neuve, Liège et Namur. Une dizaine de personnes organisent des séjours et des animations, et ce, en concertation avec les membres, valides ou non. Marilyn Liénart est directrice de Gratte depuis janvier 2013. Elle insiste sur le fait que tout le monde s’y retrouve sur un pied d’égalité. «Cela allait de soi qu’on demande l’avis des personnes handicapées, mais qu’on leur propose également de participer et d’aider, pour ceux qui le désirent. Nous accueillons uniquement des personnes en situation de handicap mental léger à modéré afin de garantir une certaine autonomie lors des activités. C’est aussi une manière de cibler notre public.»

La mixité se vit comme allant de soi, naturellement. «Quand j’ai commencé, j’avais le sentiment de n’avoir aucune expérience à côtoyer les personnes handicapées et pourtant, inconsciemment, j’en avais. Nous en avons tous. C’est ce que nous voulons faire passer: la vie de groupe à Gratte est celle de n’importe quel groupe. Chacun peut être soi-même et agir en tant que personne, vivre sans tabou.»

L’asbl Gratte est reconnue comme organisation de jeunesse par la Fédération Wallonie-Bruxelles dont elle reçoit des subsides pour le fonctionnement. Le décret des organisations de jeunesse prévoit un dispositif pour des publics spécifiques, un dossier a donc été introduit pour demander l’équivalent d’un mi-temps. «Les dons sont primordiaux, car les subsides ne couvrent pas tout et nous ne pouvons pas demander à nos membres des participations trop importantes. L’argent est le nerf de la guerre. Les séjours se doivent d’être attrayants, mais pas trop chers. Réductions, bons plans, maisons à prêter… Tout est bon!»

L’association propose des formations annuelles pour les organisateurs de séjours, notamment pour expliquer leur façon d’appréhender l’inclusion des personnes handicapées. Chaque entité a ses propres partenariats ou projets avec d’autres associations de jeunesse.

© asbl Gratte
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Un monde de CRACS

«On a tendance à vouloir obligatoirement être innovant alors que les jeunes désirent parfois quelque chose de simple et d’évident comme une grande soirée dansante.» Noémie Sanna, Gratte

Selon le public, l’humeur du moment, les personnalités, les activités diffèrent. Toutes les idées sont les bienvenues et sont sollicitées lors de journées annuelles, comme l’explique Noémie Sanna, permanente à Gratte Liège. «Il s’agit d’une sorte de grand remue-méninges où chacun arrive avec ses idées et ses innovations afin d’aider à la construction du planning des activités qui seront proposées aux jeunes. Dans chaque antenne, les jeunes porteurs d’un handicap sont désormais investis dans ce processus; avant, seules les personnes valides y participaient. Si nous voulions être cohérents dans notre projet qui valorise la personne handicapée et son enrichissement par la rencontre de la différence, il fallait lui donner la parole.» Un engagement qui correspond à la dimension CRACS: citoyen responsable actif critique et solidaire, une mission prétendue des organismes de jeunesse. Former des citoyens, tel est bien l’un des objectifs affichés de Gratte qui propose des formations d’organisation de séjours et d’activités.

Et, pour ce qui est des activités, le champ des possibles est vraiment large. «On a tendance à vouloir obligatoirement être innovant alors que les jeunes désirent parfois quelque chose de simple et d’évident comme une grande soirée dansante. Des trucs de jeunes de leur âge en fait!» Florence Grandgagnage, 32 ans, est là pour en témoigner. «Nous faisons plusieurs activités les jours de permanence, on boit un verre ensemble, on cause. Je suis partie en Ardèche, en Auvergne… On fait à manger, la vaisselle, on se promène. Mon meilleur souvenir c’est le GR20 en Corse. En mars, je participerai aux Paralympiques. Je prends le bus et je vais à Gratte à Namur, le soir mes parents viennent me chercher. J’aime bien avoir des idées de bricolage. On apprend même à faire des produits de beauté nous-mêmes.»

Ateliers artistiques, balades nature, apéros, thématiques de jeux vidéo sociaux, golf fermier… Noémie Sanna le reconnaît, le programme est très varié. Les jeunes sont issus de milieux différents, pas nécessairement sensibilisés au handicap. Elle ressent une évolution indéniable, la parole de la personne handicapée est mieux entendue qu’avant, plus valorisée. Quant aux familles, elles participent si elles le désirent aux assemblées générales, mais… «Les jeunes ont besoin d’être entre eux, c’est leur projet et leur moment à eux.»

Olivier Somville, 29 ans. «Plus qu’assez de n’être qu’avec des handicapés»

Il fait partie de Gratte depuis un an et demi. La solitude, le rejet, il en parle avec sincérité. «Au moins, je ne suis plus tout seul. Quand tu es handicapé, tu es toujours tout seul. À mon âge, les jeunes ne te regardent pas, je n’avais aucun ami entre 15 et 29 ans. J’aime partir en vacances: en Normandie, dans les Ardennes… La semaine prochaine, je vais faire de la plongée. J’essaye de faire un maximum d’activités, je suis vraiment avec des jeunes de mon âge. On est aussi avec des jeunes qui ne sont pas handicapés et on peut leur montrer qu’on sait faire des choses, qu’on n’a pas peur. C’est pourquoi je suis entré dans cette association, pour être avec des non-handicapés. Ne voir que des handicapés, j’en avais plus qu’assez! Je vis avec mes parents, je ne travaille malheureusement plus, Gratte me permet de sortir de chez moi.»

Il dit se sentir enfin écouté et respecté, ose soumettre ses idées, même les plus saugrenues. «Dès qu’ils m’appellent, j’accours!»

 

 

 

 

 

Aller plus loin

Alter Échos n°315 du 15.05.2011 : Handicap sur deux roues.

En savoir plus

 Gratte — tél. : 02 735 70 80 — courriel : info@gratte.org — site : www.gratte.org

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