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Un peu de tout (et n’importe quoi)

Alter Échos n° 391 28 octobre 2014 Olivier Bailly

Le microcrédit professionnel n’est pas l’apanage de microStart et de Crédal en Belgique francophone. D’autres structures naissent en développant certaines «particularités».

Sofine

Sofine signifie «Solidarité pour le financement de l’entrepreneuriat». Sofine ne se démarque pas par ses prêts: de 8.000 à 25.000 euros à un taux de 8,15% avec la nécessité d’un apport propre entre 10 et 20% de la somme empruntée. Sofine ne se démarque pas par sa construction institutionnelle: une coopérative (pour le prêt) et une asbl (pour l’encadrement et surtout les subsides qui vont avec), comme microStart. Par contre, Sofine propose des crédits «productifs avec ou sans intérêts». Il s’agit de rebaptiser le taux d’intérêt parce que «pour les musulmans, emprunter avec un taux d’intérêt n’est pas conforme à leurs valeurs morales, religieuses», explique Diallo Mamadou Saidou, cofondateur de Sofine.

La voilà, la particularité de Sofine: cette agence a une approche communautaire du microcrédit. Tous les fondateurs de Sofine sont africains ou d’origine africaine, tout comme 80% de leur public. «Par rapport à Crédal ou microStart, nous sommes issus du public bénéficiaire de ces prêts, nous partageons mieux les aspects culturels, nous sommes plus en mesure de prendre en compte leur milieu de vie. Au niveau de la stratégie de l’accompagnement, certains n’ont pas accès aux langues. Nous parlons kirundi, swahili ou poular, pour expliquer le crédit aux gens.»

De plus, Sofine n’hésite pas à moraliser ces crédits: «Quelqu’un qui nous parle de restauration doit mettre l’accent aussi sur l’impact environnemental et social. On veut éviter de nuire à la santé publique ou participer à l’obésité.»

Créée en 2014, Sofine n’a pas encore déboursé un crédit mais a été admise au niveau du Fonds de garantie de la Région Bruxelles Capitale 1.

Funds for Good

Lancé en 2012, Funds for Good propose à votre argent «de profiter de hausses boursières» et de lui donner bonne conscience en participant à un projet philanthropique ou… à l’octroi d’un microcrédit. Le projet parle plus d’obligations souveraines ou de faiblesse de l’euro que d’accompagnement social et de lutte contre la pauvreté. À en croire le site, «l’impact sociétal provient du partage de nos propres revenus et non pas d’une diminution de votre rendement».

Cinquante pour cent des profits nets générés par les activités d’intermédiation journalières de placements sont reversés à des «œuvres caritatives». Version concrète: en 2011, ce fut 10% 2.

En 2012, 11.000 euros ont été consacrés aux projets sociaux pour un total d’actifs gérés par le Fonds de… 79 millions d’euros 3.

Accompagnant des prêts de microStart, Funds for Good fournit l’apport propre sous forme de prêt sans intérêts (ce qu’ils appellent «prêt d’honneur»). En 2013, une vingtaine de prêts ont été accordées pour des sommes représentant un tiers de l’emprunt global.

Où Funds for Good, certifié par le Forum Ethibel pour sa bonne gouvernance, place-t-il son argent? Nicolas Crochet, managing partner de Funds for Good, annonce deux principes: «Certaines thématiques sont systématiquement exclues, comme celles ayant trait à la privatisation de terres agricoles, privatisation de ressources naturelles, à la spéculation influençant négativement le prix de certaines matières premières, aux armes non conventionnelles». Ensuite, «lorsque notre analyse nous mène à rechercher un certain type de fonds, et qu’un fonds ISR est disponible dans cette catégorie, tout en présentant les critères de qualité minimum que nous exigeons, c’est le fonds ISR que nous choisissons». Bref, si cela ne fait pas de mal au business, un peu de responsabilité sociale ne fera pas de tort…

Cela donne des participations à des fonds comme le «SSgA Luxembourg SICAV SSgA Sectoral Healthcare Equity Fund Class», basé au Luxembourg. Ce placement regroupe des grandes entreprises pharmaceutiques comme la société Merck (qui n’a pas publié une étude de 2011 montrant que son médicament Vioxx commercialisé entre 1999 et 2004 augmentait nettement le risque de crise cardiaque. Il pourrait avoir causé 27.785 décès aux USA 4) ou Novartis (qui récemment, selon MSF, entendait «saper l’une des dispositions clés de sauvegarde de la santé publique» en Inde) 5.

Autre exemple d’éthique, le fonds «Gavekal China Fixed Income» décrit sa philosophie comme un portefeuille ciblant une quarantaine de sociétés sous-évaluées dans l’Asie émergente pour limiter les risques et obtenir des retours supérieurs sur le long terme. Pas un mot sur l’éthique, l’environnement, le social.

Une dernière pour la route de Funds for Good? Cette attention touchante aux conflits qui frappent le globe: «Le contexte géopolitique dans une vaste zone allant de l’Ukraine au Moyen-Orient ainsi que la langueur de la zone euro incitent à ne pas s’exposer non plus outre mesure. Dans ces conditions, le portefeuille devrait maintenir son positionnement actuel tout en restant très attentif à l’évolution des situations à risque afin de pouvoir à tout moment agir, que ce soit dans un sens ou dans l’autre.» 6

Dans un sens ou dans l’autre. Voilà ce qu’on peut reprocher à ce type d’économie…

Sur le Net (en France mais accessible aux Belges)

www.babyloan.org/fr – des personnes soutiennent (à partir de 10 euros) des projets à travers le monde en prêtant de l’argent à un faible taux. Dans sa rubrique «microcrédit», Babyloan assure avoir «à cœur de sélectionner des partenaires à forte vocation sociale qui ne pratiquent pas la ‘course aux clients’ et évaluent avec soin la véritable capacité d’endettement et donc de remboursements de leurs clients». Née en 2008, la communauté Babyloan serait riche de plus de 30.000 membres et a pour partenaire l’Adie (Association pour le droit à l’initiative économique).

www.hellomerci.com/fr – Lancée en avril 2013, cette plateforme de prêts solidaires 
entre particuliers 
de 200 à 10.000 euros est la sœurette de KissKissBankBank.

1. Le Fonds bruxellois de garantie a pour mission de faciliter l’octroi de crédits professionnels dans la Région de Bruxelles-Capitale en fournissant aux organismes de crédit, moyennant le paiement d’une contribution forfaitaire unique, une part substantielle des garanties qu’ils exigent des PME et des indépendants. La garantie implique toujours que l’organisme de crédit supporte une partie du risque découlant du crédit octroyé.

2. Dixit la déclaration de certification 2011, «Philantropy & Impact Investing, Funds for Good», Forum Ethibel.

3. «Déclaration de certification 2012, Philantropy & Impact Investing, Funds for Good», 30 août 2013.

4. «FDA Estimates Vioxx Caused 27,785 Deaths », The Food and Drug Administration (FDA), 11 avril 2004.

5. «La société pharmaceutique Novatris tente d’affaiblir la loi indienne sur les brevets favorables aux malades», MSF Belgique, 5 septembre 2011, www.msf.be

6.  Commentaires de gestion, août 2014.

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