Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Google+ Impression
Edito
Des réfugiés fuyant le front des combats, installés à Sainte-Marguerite-d'Elle (France)

Un migrant, ça peut rapporter gros

4 février 2016 Sandrine Warsztacki

Deux nouveaux centres d’accueil pour demandeurs d’asile ont ouvert leurs portes dans la province d’Anvers. En pleine crise de l’asile, la nouvelle n’a rien de très inédit en soi. Ce qui l’est plus, c’est que la gestion de ces établissements ait été sous-traitée à un leader mondial du gardiennage (G4S) et à une société active dans le tourisme social (Corsendonk) (lire notre article en page 8, «Accueil: la privatisation, c’est maintenant»). À Binche, Chastres, Berchem-Sainte-Agathe ou Thy-le-Château, c’est une entreprise spécialisée dans les maisons de repos, Senior Assist, qui a décroché la timbale. En Suède, en Allemagne, en Autriche, en Irlande, en Italie, des milliers de places sont gérées par le privé depuis plusieurs années.

A Izmir, les commerçants vendent de kits de survie.

Le migrant, un marché en plein développement? En décembre, Alter Échos consacrait une longue enquête au business des «frontières intelligentes»1. Scanneurs biométriques, portes automatiques, mégabase de données: le développement des nouvelles technologies de contrôle doit permettre de fluidifier le trafic dans les aéroports et, accessoirement, de «lutter contre l’immigration irrégulière»À la clé, des contrats juteux, et des lobbys industriels qui n’hésitent pas à jouer de leur influence auprès des politiques européennes de sécurité pour promouvoir leurs intérêts.

Devant l’ampleur des flux migratoires, il n’y a pas que les sociétés de gardiennage et l’industrie technologique qui peuvent se frotter les mains. Dans la ville turque d’Izmir, l’afflux des migrants syriens a créé une véritable économie locale, relève Libération2«Les hôtels bon marché se transforment en pension, les commerçants vendent des kits de survie, des bouées ou des lampes-torches pour ceux qui tentent la traversée via la mer.» Sans oublier, bien sûr, les mafias qui prospèrent dans les eaux troubles de la Méditerranée. Chaque bateau au départ de la Libye vers l’Italie rapporterait 80.000 dollars… Plus on ferme les frontières, plus on érige des murs, plus on déploie des barbelés et plus ce trafic prospère, dénonçait François Gemenne, spécialiste de l’immigration, récemment interviewé dans nos colonnes3.

Le malheur des uns…

1. Alter Échos n°414-415 du 21 décembre 2015, «Contrôle des frontières: comment gagner des millions», par Cédric Vallet.

2. «À Izmir, le commerce de l’exil syrien», Libération, septembre 2015.

3. Alter Échos n°411, «L’Europe a donné les clés de son territoire aux trafiquants», par Martine Vandemeulebroucke.

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

A la Une