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Edito

Traitements inhumains des détenus: les syndicats, aussi, sont responsables

Alter Échos n° 424-425 8 juin 2016 Cédric Vallet

Au moment d’écrire ces lignes, la grève des agents pénitentiaires dure depuis plus de cinq semaines. On ne semble plus trop s’en émouvoir. La grève à la SNCB et la pendaison d’un Charles Michel en mousse agitent désormais le débat public.

Pourtant, en prison, les effets de la grève continuent à se faire sentir violemment. Les détenus vivent un enfer difficile à décrire. Une douche par semaine, quasi-absence de sortie à l’air libre, impossibilité de voir leur famille, démarches de réinsertion à l’arrêt, soins médicaux erratiques. Sans parler de la tension qui monte chaque jour un peu plus, entre détenus, mais aussi entre détenus et policiers ou militaires, réquisitionnés pour l’occasion. Le tout se déroule dans un contexte de surpopulation qui n’est plus à démontrer.

Les tribunaux des référés condamnent l’État belge à des astreintes, mais cela ne change rien et les astreintes ne sont pas payées.

Le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe a sermonné la Belgique. Il s’est dit «extrêmement inquiet» de la dégradation des conditions de détention. Une dégradation qui découle directement de la grève.

Quelles revendications supérieures autorisent à se départir de tout humanisme en utilisant des détenus, en les laissant croupir en cellule, sans douches, sans air frais, sans hygiène et presque sans soins?

Il rappelle que la Belgique a des obligations internationales, à commencer par la Convention européenne des droits de l’homme. Celle-ci prohibe strictement les «traitements inhumains et dégradants» ainsi que «la torture».

Qui est responsable de cette situation? «Le gouvernement», répondent en chœur les syndicats ainsi qu’une partie du monde associatif et académique. On ne saurait leur donner complètement tort. Les coupes budgétaires aveugles entamées depuis 2014 par le ministre Koen Geens érodent considérablement le bon fonctionnement du service public dans les prisons, comme dans d’autres secteurs.

Mais au nom de quel totem sacré cela exonérerait-il les gardiens de prison de toute responsabilité individuelle ou collective? Quelles revendications supérieures autorisent à se départir de tout humanisme en utilisant des détenus, en les laissant croupir en cellule, sans douches, sans air frais, sans hygiène et presque sans soins?

Les syndicats sont coresponsables des traitements inhumains et dégradants infligés aux détenus.

Dans le domaine carcéral il en va des droits fondamentaux, de la dignité humaine. Autant de domaines sur lesquels on ne peut pas transiger. C’est pour cela que le Comité de prévention de la torture, organe du Conseil de l’Europe, demande à la Belgique d’instaurer un service minimum dans les prisons.

La grève dans les prisons n’a rien à voir avec celle de la SNCB ou de la STIB. Certaines fonctions ne devraient pas pouvoir procéder à des grèves intégrales. Imagine-t-on un médecin, aux urgences, refuser de soigner un patient à l’agonie. Non! Sauf que la cause mobilise peu. Après tout, ce ne sont que des détenus.  

Aller plus loin

Alter Echos n°413, «Sortir de prison, pas si facile», Marinette Mormont, décembre 2015

 

A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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