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Technologies de pointe pour le qualifiant

Alter Échos n° 359 3 mai 2013 Julien Winkel

Les centres de technologies avancées mettent du matériel de pointe à disposition des élèves du technique et du professionnel issus de la Communauté française

Imaginez le tableau : un long couloir de plusieurs mètres traverse un bâtiment garni de nombreuses salles. Dans chacune d’elles, des tuyaux courent les murs, certains s’arrêtant net, d’autres reliés à une multitude des chaudières de tous types, de tableaux électriques emplis d’indications sibyllines ou à des engins tout droit sortis d’un roman de Georges Orwell. Aux murs, à trois ou quatre mètres de hauteur, des rangées de buses pointent vers le ciel alors que des lignes entières de radiateurs de toutes tailles laissent une impression de chaleur rien qu’à les contempler. Ce tableau insolite n’est pas l’œuvre d’un chauffagiste au bord du burn-out qui aurait subitement pété un gicleur, mais bien des nombreux étudiants qui fréquentent depuis quelques années le centre de technologies avancées (CTA) énergie verte et renouvelable1, situé au troisième étage de l’Institut Notre-Dame, à Anderlecht.

Mutualiser le matériel

Première précision : il n’est pas question ici de travail mal fait puisque ce CTA abrite en ses locaux 953 000 euros de matériel de pointe destiné principalement (dans les faits) à des élèves du troisième degré (cinquième, sixième et septième) de l’enseignement secondaire technique et professionnel issus de l’ensemble de la Communauté française (des demandeurs d’emploi et des travailleurs sont également accueillis – voir encadré), même si la promotion sociale et les hautes écoles y ont aussi accès. Tous viennent ici pour se perfectionner au contact de machines et d’installations que leurs établissements respectifs ne peuvent bien souvent pas se payer. « Un banc d’essai en électricité coûte entre 10 000 et 50 000 euros pour un usage qui ne dépasse souvent pas trois semaines par an, ce qui ne vaut pas vraiment la peine dans le cas d’un seul établissement », illustre Olivier Dehantschutter, coordinateur du CTA. Dans le cas du CTA d’Anderlecht, les élèves proviennent aussi bien de Bruxelles que de Wallonie, tous réseaux confondus, un des principes des CTA.

Cette mutualisation d’un matériel onéreux est un autre des principes qui structure le projet des centres de technologies avancées, répartis sur l’ensemble du territoire de la Communauté française. A l’heure actuelle, 31 centres ont été labellisés depuis le premier appel à candidature en 2007. Vingt-quatre ont déjà ouvert leurs portes, tous « hébergés » par un établissement scolaire. « Il s’agit de faire correspondre l’équipement au contact duquel sont les étudiants avec ce qui existe dans le monde du travail. Il y va aussi de la promotion de ce type de métiers et de la valorisation de l’enseignement technique et professionnel », explique Anne Hellemans, responsable de la Direction « Relation Ecoles-Monde du travail » à la Communauté française. De manière plus générale, il s’agit d’établir à ce niveau une offre cohérente sur l’ensemble du territoire. Pour ce faire, la Communauté française est en quelque sorte aidée puisqu’elle fournit 50 % des financements des CTA alors que l’Europe se charge de l’autre moitié par le biais du Feder (Fonds européen de Développement régional), sauf en ce qui concerne le cas du CTA du Ceria, à Bruxelles. « Etant donné que le Feder passe par les Régions, il a fallu conclure un accord de coopération entre la Communauté française et la Région wallonne et entre la Communauté française et la Région de Bruxelles-Capitale », continue Anne Hellemans.

Les centres de technologies avancées sont également accessibles aux demandeurs d’emploi et aux travailleurs. Dans le cas des demandeurs d’emploi, les centres concluent une convention avec le Forem ou Bruxelles Formation. Pour ce qui est des travailleurs, il convient également de passer par l’un ou l’autre de ces organismes. « Dans ce dernier cas, ce sont en général les firmes qui prennent ce genre d’initiative afin de perfectionner leurs travailleurs », explique Anne Hellemans.

« Les directions ont parfois peur »

A Anderlecht, les étudiants sont présents pour des périodes de temps variées, qui peuvent aller d’un « one shot » de quelques heures à une présence plus structurelle. Détail important : ce sont les professeurs des écoles « d’origine » qui donnent cours, et pas le personnel du CTA. Ce qui demande également un travail de formation des profs en visite au CTA. « Nous avons pour ce faire un formateur qui leur permet de venir se former à l’outil pendant deux ou trois jours », explique Olivier Dehantschutter. Divisé en plusieurs locaux dédiés notamment à la « didactique frigorifique », l’« électricité didactique » (photovoltaïque, éolien, pile à combustible) ou encore la « didactique thermique » (chaudière à pellets, chauffe-eau solaire, échangeur de chaleur, etc.), le CTA de Notre-Dame peut accueillir jusqu’à 70 élèves simultanément, une capacité d’accueil appréciable d’après notre interlocuteur.

Il faut dire que celui-ci aspire à faire connaître son centre, et surtout à inciter les écoles à utiliser cet outil. « Une partie de mon travail consiste à faire connaître l’outil, à faire venir les écoles, ce qui n’est pas évident. Les autres établissements ont peur d’enclencher une fuite des élèves qui, une fois passés par le CTA, viendraient s’inscrire à Notre-Dame », explique-t-il. Une crainte que confirme Anne Hellemans. « Il est encore parfois compliqué de faire passer les établissements au-dessus de l’idée que l’on est dans une situation de concurrence, même au sein d’un même réseau. Les directions ont parfois peur. » Dans certains cas, ce sont les professeurs eux-mêmes qui semblent réticents. « En venant enseigner ici sur du matériel de pointe parfois compliqué, les professeurs se mettent aussi en danger vis-à-vis de leurs élèves », explique Olivier Dehantschutter qui précise que le CTA fonctionne quant à lui avec d’autres centres de technologies avancées bruxellois dépendant notamment de l’Institut Diderot ou de l’Athénée Royal Serge Creuz. « Nous orientons vers ces centres s’ils nous semblent mieux armés pour certaines demandes, nous agissons aussi afin de ne pas nous faire de l’ombre. » Plus globalement, signalons que des réunions de coordination des CTA de la Communauté française sont organisées quatre fois par an.

Une ombre sur le budget ?

La question du financement risque également de faire parler d’elle tout bientôt. Le budget européen pour 2014-2020 est en effet encore incertain, ce qui inclut la définition des objectifs du Feder pour cette programmation. L’incertitude pour les 50 % financés par l’Europe est donc de mise. « Or, la Communauté française ne pourra pas porter une politique d’investissement aussi grande toute seule », explique Anne Hellemans. Tout au plus les moyens pour la maintenance du matériel des CTA sont-ils prévus par la Communauté française pour la période allant de 2014 à 2020. Rien par contre en ce qui concerne l’achat de nouveau matériel, ce qui constitue un problème pour des centres censés abriter du matériel de pointe. « Le risque d’obsolescence du matériel dépend d’un CTA à un autre. Pour un CTA actif dans le secteur de la puériculture et des soins infirmiers, comme celui du Collège La Fraternité à Bruxelles c’est moins important que pour nous par exemple », relativise cependant quelque peu Olivier Dehantschutter en guise de conclusion.

1. CTA Anderlecht :
– rue Jorez, 8 à 1070 Anderlecht
– tél. : 02 527 10 21
– site : http://www.ind1070.be

A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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