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Edito

Slow politics

20 mai 2016 Sandrine Warsztacki

Urgence. Été 2012. Des microfissures sont découvertes dans les cuves de Doel 3 et de Tihange 2. Les réacteurs sont fermés, redémarrés, refermés, redémarrés. La presse révèle que l’Agence fédérale de contrôle nucléaire manque d’indépendance. Mais, pas de panique, le nouveau plan d’urgence nucléaire élargit à un rayon de 100 kilomètres le périmètre de sécurité dans lequel les pastilles d’iode sont distribuées aux voisins des centrales (soit toute la Belgique)!

Urgence. Septembre 2015. Devant l’Office des étrangers, le parc Maximilien se transforme en camp de réfugiés. La Défense ouvre des milliers de places d’accueil. Maggie De Block, ex-secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, venait d’en faire fermer 6.000.

Urgence. Janvier 2016. Après le lockdown qui a suivi les attentats de Paris, les Bruxellois se réveillent une fois de plus en découvrant leur ville paralysée. Les plafonds des tunnels menacent de leur tomber sur le capot. Stéphanie, Léopold II, Rogier, Montgomery… En 2013, un rapport de Bruxelles Environnement attirait déjà l’attention sur leur délabrement.

Urgence. 22 mars 2016. Sang et larmes coulent à Maelbeek et à Zaventem. De nouveaux militaires viennent rejoindre les hommes déjà déployés dans les rues de Bruxelles. Au total, 1.800 soldats sont déployés sur le territoire belge dans le cadre du plan Homeland pour garantir la sécurité du citoyen. (Lire «Sécurité: au prix de nos libertés?», Alter Échos n°422 du 9/5/2016.)

Urgence. 2 mai 2016, le Samusocial annonce la fin du «plan hiver». Parmi les sans-abri laissés sur le trottoir, quelques familles, roms dans leur majorité, décident de poser leurs bagages au mont des Arts. (Lire«Sale printemps pour les familles à la rue») Des tentes plantées à l’arraché, des citoyens mobilisés pour collecter des couvertures, des images d’actions humanitaires qui commencent à devenir tristement familières.

L’urgence, aujourd’hui, c’est de s’arrêter pour réfléchir à la société que nous sommes en train de construire.

Urgence. 9 mai 2016. Le gouvernement retire 180 hommes affectés à Homeland pour les envoyer dans ses prisons en grève…

Urgence. Urgence. Encore et toujours l’urgence.

L’urgence, aujourd’hui, c’est d’arrêter. S’arrêter pour réfléchir à la société que nous sommes en train de construire. S’arrêter pour réfléchir à ce que nos enfants feront de nos déchets nucléaires, radioactifs pendant encore 24.000 ans. S’arrêter pour repenser la place démesurée que la voiture a acquise dans nos villes depuis les années 70. S’arrêter pour évaluer les politiques de sécurité et de cohésion sociale qui ont été mises en place depuis le fameux dimanche noir de 1991, jour où le Front national et le Vlaams Blok ont fait planer leur ombre sinistre sur le résultat des élections. Arrêter d’ouvrir des lits dans des casernes et des places dans des prisons qui se rempliront toujours tant qu’on ne repensera pas les politiques qui sous-tendent ces actions (lire p. 4 «Housing First, vers la fin du sans-abrisme?» et p. 25 «Un modèle québécois pour penser la sortie de prison»). Arrêter de se déchirer sur le communautaire et de blâmer la législation précédente en pensant déjà aux résultats des prochaines élections. Ralentir, et faire la part belle à tous ces beaux projets innovants dont nous faisons régulièrement écho dans ces colonnes et qui participeront à nous sortir, demain, de l’état d’urgence.

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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