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Edito
Détail de "Les déportés", Eugène Laermans, 1916

Si j’étais toi…

Alter Échos n° 426 24 juin 2016 Sandrine Warsztacki

Les yeux dans les yeux. Ce 20 juin, à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, la section belge d’Amnesty International créait le buzz avec une vidéo montrant des Belges et des réfugiés ou demandeurs d’asile se regardant dans le blanc des yeux1. Le clip s’inspire de la théorie du psychologue Arthur Aron, selon laquelle un contact visuel ininterrompu de quatre minutes rapproche les personnes.

L’ONG de défense des droits de l’homme aurait tout aussi bien pu nous tendre un miroir. Dans le cadre de l’Alter Médialab, un projet de journalisme participatif sur lequel travaille actuellement la rédaction d’Alter et que nous aurons la fierté de vous présenter à la rentrée, Monsieur Diallo, un participant d’origine guinéenne m’appelle pour dire qu’il doit me transmettre «un document très important pour les journalistes, et pour tous les Belges»! À l’intérieur de la mystérieuse enveloppe, soigneusement rangé, un cahier pédagogique publié par le Ciré en 2014 sur l’émigration en Belgique3. Une sélection de faits historiques peu connus y est présentée. Tour à tour, on y fait la connaissance de lointains ancêtres belges installés au Wisconsin au milieu du XIXe siècle pour fuir la misère, d’une improbable colonie communautaire au Guatemala, d’ouvriers partis à Roubaix pour y trouver un meilleur emploi et victimes d’incidents racistes quand la crise finit par toucher le secteur du textile dans le nord de la France.

Émouvante est aussi l’histoire de l’exode, massif et brutal, des réfugiés de la Première Guerre mondiale. En quelques semaines, plus d’un million et demi de Belges sont accueillis par les pays voisins. Au départ, ils sont reçus à bras ouverts, mais leur séjour se prolonge au-delà de ce qui est attendu et les Belges deviennent une charge. «Certains sont sans ressources. La Grande-Bretagne leur offre le logement et la nourriture – certains chez l’habitant, les autres dans des habitations réquisitionnées – ainsi qu’une petite allocation pour survivre. Les autorités britanniques ont le souci de ne pas donner un régime de faveur aux réfugiés aux dépens des citoyens britanniques. Ce sont principalement des associations bénévoles qui aident les réfugiés», peut-on  lire dans le texte.

Quelques jours plus tard, je revois Monsieur Diallo. «Alors, qu’est-ce que vous pensez de ce document ?», me demande-t-il, les yeux dans les yeux.

 

  1. Engagement fort en faveur de l’établissement de voies sûres et légales qui permettraient aux personnes en besoin de protection de rejoindre un lieu sûr, et de veiller à ce que les réfugiés en Belgique puissent bénéficier d’un accueil de qualité et de l’accompagnement nécessaire. Ces revendications sont formulées dans une pétition Forteresse Europe: changeons de cap en 2016

A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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