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RIS, un bénéficiaire sur trois est un jeune

Alter Échos n° 387-388 1 septembre 2014 Pierre Jassogne

30,8% des bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale (RIS) ont moins de 25 ans, montre le dernier rapport trimestriel du SPP Intégration sociale. Un rajeunissement qui s’explique, en partie, par la mauvaise qualité d’une partie de l’enseignement et le coût des études.

Le nombre mensuel de jeunes bénéficiaires d’un RIS a augmenté de 5,9% en 2013, contre 3,5% pour l’ensemble des bénéficiaires du revenu d’intégration sociale. Sur le terrain, tant à Bruxelles qu’en Wallonie, les CPAS sont confrontés à ces nombreux jeunes qui viennent solliciter de l’aide. Ces jeunes sont notamment en demande d’un soutien dans le cadre du suivi de leurs études. Leur but: obtenir un diplôme et accroître ainsi leurs possibilités sur le marché de l’emploi.

Du côté de la Fédération bruxelloise des CPAS, on ne s’étonne pas tellement de cette augmentation, mais on ne nous en dira pas plus. On nous précise seulement que, entre 2000 et 2012, le pourcentage du nombre de bénéficiaires du RIS âgés entre 18 et 24 ans est resté relativement stable, passant de 30,3 à 31,3%. Par contre, en chiffres, le nombre de jeunes bénéficiaires du RIS a quasiment doublé puisqu’il est passé de 6.378 en 2000 à 12.720 en 2012 (le nombre total de bénéficiaires est passé de 21.023 en 2000 à 40.693 en 2012). Côté wallon, un bénéficiaire du RIS sur trois est un jeune, ce qui représente près de 19.000 jeunes.

De nombreux facteurs structurels sont de nature à influencer l’augmentation régulière du nombre des jeunes bénéficiaires d’un RIS. «Précarité, décrochage scolaire, manque de formation, problème d’assuétude, parcours d’intégration de plus en plus long et difficile… On constate pour les jeunes, comme pour l’ensemble des bénéficiaires du RIS, une grande hétérogénéité des situations», indique Philippe Defeyt, économiste et président du CPAS de Namur.

Dans son rapport, le SPP Intégration sociale explique cette augmentation par le fait que les jeunes sont plus sévèrement touchés par le chômage. En outre, ces jeunes bénéficiaires du RIS ont souvent un très faible niveau d’études, la plupart ayant quitté l’école prématurément. «Cette augmentation s’explique en effet par la mauvaise qualité d’une partie de notre enseignement qui a mis en place des filières de dégagement, pour ne pas dire des diplômes-poubelles qui ne mènent à rien, déplore Claude Emonts, président de la Fédération wallonne des CPAS. Plus largement, cette hausse s’explique par une grande paupérisation des jeunes qui sont confrontés à la crise de l’emploi, à un choc des générations qui s’est accentué plutôt que résorbé, mais aussi au fait que les jeunes savent de plus en plus ce qu’est le RIS.»

«Cette augmentation s’explique par la mauvaise qualité d’une partie de notre enseignement qui a mis en place des filières de dégagement, pour ne pas dire des diplômes-poubelles» Claude Emonts, Fédération wallonne des CPAS

Des CPAS désarmés

Face aux jeunes qui viennent solliciter l’aide d’un CPAS, les réponses peuvent être très différentes d’une commune à l’autre pour un profil pourtant quasi identique. «Un CPAS peut accepter qu’un jeune bénéficiaire du RIS redouble dans le cadre de la reprise de ses études, tandis qu’un autre le refusera. On peut légitimement se poser la question de ces différences», poursuit, de son côté, Philippe Defeyt.

Au CPAS de Liège, par exemple, une antenne jeunes a été mise en place pour assurer le suivi individuel des 2.000 jeunes bénéficiaires du RIS. Cette antenne se concentre sur leur réinsertion et leur accompagnement. «Comme partout, nous constatons cette augmentation constante, qui est due, entre autres, à l’appauvrissement de la population, mais aussi au fait que les études sont onéreuses, y compris dans le secondaire. La moitié des jeunes que nous accompagnons suivent des études, tandis que l’autre moitié est en décrochage social, scolaire et familial; c’est un public éloigné du monde de l’emploi et provenant d’un milieu très défavorisé», souligne Nathalie Habrand du CPAS de Liège.

Par ailleurs, le rapport du SPP Intégration sociale indique que le nombre d’étudiants ayant conclu l’an dernier un projet individualisé d’intégration sociale (PIIS) est en augmentation de 7,5% par rapport à 2012. Cette hausse est deux fois supérieure à celle qui concerne l’ensemble des bénéficiaires du revenu d’intégration au cours de la même période, qui a été de 3,5%. Le projet individualisé d’intégration sociale encourage les jeunes à décrocher un diplôme, avec le soutien des CPAS, en vue de leur insertion professionnelle dans la société. Ce projet peut aussi bien concerner le secondaire que le supérieur.

En tout, cette mesure permet à 12.081 jeunes d’étudier grâce au CPAS. Depuis 2003, ce nombre a doublé: alors que les étudiants ne représentaient que 5,9% des bénéficiaires d’un revenu d’intégration sociale en 2003, ils atteignaient 12,3% en 2013. Les recherches montrent que trois quarts des étudiants bénéficiaires d’une aide de ce type proviennent d’une famille pauvre. Les chiffres du SPP Intégration sociale indiquent encore que la moitié des étudiants émargeant au CPAS sont toujours à l’école secondaire. «Le gros problème qui se pose pour les CPAS, c’est que nos assistants ne sont pas armés en suffisance pour faire de l’orientation scolaire. On reporte sur nos services des problèmes non résolus dans l’enseignement. C’est donc pour nous difficile d’accompagner un jeune efficacement, car ce n’est pas notre métier de base, même si nous mettons tout en œuvre pour orienter au mieux ces jeunes», regrette Philippe Defeyt.

 

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