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Edito

Réhabilitons la Journée internationale de la femme

Alter Échos n° 416 19 janvier 2016 Julien Winkel

Journée internationale du vol spatial habité (12 avril). Journée internationale du yoga (21 juin). Journée internationale de l’amitié (30 juillet). Journée internationale des toilettes (19 novembre). Ces rendez-vous à venir au cours de l’année 2016, triés de façon tout à fait arbitraire, se trouvent tous sur la liste des 127 journées internationales reconnues par l’ONU. Et sans paraître insultant, on peut dire que leurs thématiques ont de quoi faire sourire.

Ces dédicaces farfelues ne doivent cependant pas faire oublier que des enjeux beaucoup plus importants bénéficient eux aussi de leurs journées internationales. Parmi elles, on trouve notamment la Journée internationale de la femme, le 8 mars prochain. Dans la plupart des pays communistes du «bloc de l’Est», la Journée de la femme eut une grande importance dès la première moitié du vingtième siècle. Tout cela était mis en scène pour des raisons de propagande et dans le cadre de régimes totalitaires, certes. Mais l’important n’est pas là: l’accent était mis, aussi, sur l’émancipation. Dès 1977, c’est l’ONU qui conseilla à tous ses membres d’organiser une journée pour les droits des femmes. L’objectif était simple: revendiquer l’égalité et faire le bilan sur la situation des femmes dans la société.

On ne peut pas non plus arguer du fait qu’il s’agissait d’un simple fait divers, tant le côté massif des violences faites aux femmes le soir du 31 décembre dernier donne le tournis.

Pourtant, au fil des années, on a l’impression que cette journée – en Europe en tout cas – a perdu de son importance symbolique pour une grande partie de la population. Au mieux, on la regarde avec une sympathie distante. Au pire, elle vient se perdre dans le flot de ses 126 compagnonnes, coincée entre la Journée internationale de la vie sauvage (3 mars) et celle du bonheur (20 mars). Comment expliquer ce désintérêt relatif? Par l’impression qu’il n’y a plus rien à gagner pour les femmes? Que l’égalité est atteinte? Que le féminisme est, de ce fait, un combat d’arrière-garde? Nous en avions eu un début de réponse il y a quelques semaines. Alors que nous préparions un article – à venir dans le prochain numéro d’Alter Échos – concernant l’égalité homme/femme dans le secteur non marchand et associatif, nous avions été frappé par le peu d’attention porté au sujet par bon nombre de membres du secteur. «On pense parfois qu’il s’agit d’un combat qui n’est plus utile», nous avait glissé un intervenant. Alors que les chiffres que nous avons pu rassembler sont interpellants. En janvier 2013, la Région wallonne avait effectué un coup de sonde parmi 930 asbl agréées. Les résultats étaient sans appel: 45% de ces organismes privés – souvent fortement féminisés – comptaient plus de deux tiers d’hommes dans leurs conseils d’administration. Contre 12% avec plus de deux tiers de femmes… Rappelons aussi les chiffres lamentables concernant les écarts salariaux en Belgique. En 2011, l’écart salarial entre les hommes et les femmes, calculé sur la base d’un salaire horaire brut, s’élevait à 10%, Autres secteurs confondus. Alors qu’il culminait à 25% dans le secteur privé. En regard de ces constats, nous nous étions dit qu’il serait bon de s’attarder plus souvent sur l’égalité homme/femme. Les événements de Cologne, le jour du nouvel an, ont achevé de nous convaincre.

Détourner les yeux de ce qui s’est passé à 200 kilomètres de Bruxelles par peur de stigmatiser, parce qu’une bonne partie des personnes interpellées pour ces méfaits semble être d’origine extra-européenne serait une erreur. On ne peut pas non plus arguer du fait qu’il s’agissait d’un simple fait divers, tant le côté massif des violences faites aux femmes le soir du 31 décembre dernier donne le tournis. Ce jour-là, c’est le droit de ces femmes à se trouver en sécurité dans l’espace public qui en a pris un sacré coup. Ce sont les droits des femmes dans leur ensemble qui ont connu une terrible régression. Tout comme ils régressent tous les jours où une «fille d’Ève», comme on disait au XIXe siècle, ne peut prétendre à l’égalité ou se voit mise en danger du fait de sa «condition». Ce qui nous fait penser que, décidément, le féminisme est aujourd’hui tout sauf d’arrière-garde…

Alter Echos, « Des ovaires et des hommes », Marie-Eve Merckx, 2 mars, 2015

 

A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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