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Vie associative

Prévot: «La vie associative est le poumon de la cohésion sociale»

Alter Échos n° 400 7 avril 2015 Martine Vandemeulebroucke

Maxime Prévot est vice-président de la Région wallonne, chargé de l’Égalité des chances, de la Santé, des Travaux publics mais aussi de l’Action sociale. Sur ce thème, il tient à rassurer le monde associatif inquiet par les économies annoncées dans le secteur social.

Alter Échos: Le secteur associatif et, plus particulièrement, celui qui est actif dans l’action sociale ont craint le pire après la déclaration de politique régionale. Le gouvernement wallon a annoncé des coupes claires dans leurs subventions. Où en est-on?

Maxime Prévot: Depuis lors, beaucoup d’acteurs du secteur associatif ont eu l’occasion d’avoir des apaisements et de constater qu’il n’y avait pas eu un «comité de la hache» pour couper de manière aveugle dans leurs subsides. Il est clair que tout le monde doit contribuer à l’effort pour retrouver une trajectoire budgétaire assainie mais la volonté du gouvernement wallon a été de préserver au maximum ceux qui agissent dans le domaine social et dans celui de la santé. Parfois même, nous avons renfloué les caisses. C’est le cas de l’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) pour laquelle nous avons débloqué plusieurs millions d’euros et qui n’a pas été soumise aux mêmes efforts que d’autres parastataux wallons.

Je suis viscéralement attaché à la dynamique du secteur associatif. Pour moi, le plus important est le service «au» (Maxime Prévot insiste sur le mot) public avant le service public. Le foisonnement de la vie associative est le poumon de la cohésion sociale dans notre région.

A.É.: Vous n’avez pas touché aux subventions? Même les facultatives?

M.P.: Les subventions réglementées ont été maintenues. Les inquiétudes portaient effectivement sur les subventions facultatives. Ce que j’ai voulu faire – et il m’a fallu cinq mois pour avoir ces données de l’administration –, c’est un cadastre sur les cinq dernières années. Pour identifier les associations qui avaient bénéficié de subventions facultatives et pour quel montant. Si, pour l’enveloppe de crédits facultatifs, je constate que 80% de son contenu est utilisé pour subventionner chaque année et depuis longtemps les mêmes acteurs, parce qu’ils ne disposent pas d’un cadre réglementaire, autrement dit si cette enveloppe sert surtout à du facultatif récurrent, il faut sans doute avoir une discussion avec ces acteurs. Leur dire que, plutôt que d’attendre chaque année 30.000 euros mais dans l’incertitude pour l’avenir, il est préférable d’avoir désormais 25.000 euros mais dans une programmation pluriannuelle, pour cinq ans par exemple. Si par contre je devais constater que les subventions facultatives servent surtout à des «one shots», ce sera moins douloureux. Il faudra seulement réduire le nombre de projets qui pourraient être soutenus. Je suis encore dans cette phase d’analyse mais mon souhait est de pouvoir demain conventionner de manière pluriannuelle des associations qui sont bénéficiaires de subventions mais dans une insécurité financière.

On a aussi des réflexions à mener sur les relais sociaux, les épiceries sociales, les associations LBGT (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), celles qui luttent contre les violences faites aux femmes. Sur les soins palliatifs. Pour moi, ce sont des secteurs de première importance au plan humain et dont certaines sont en difficulté à défaut d’avoir une perspective pluriannuelle de soutien de la Région. J’ai demandé à mes équipes de travailler toute cette année 2015 à la rencontre des acteurs concernés pour voir quel cadre décrétal esquisser.

A.É.: Vous pointez des secteurs pour vous prioritaires. Cela signifie-t-il que certaines associations pourraient s’inquiéter parce que leur champ d’action serait considéré comme moins essentiel?

M.P.: Je n’ai pas pointé d’asbl spécifiques qui devraient s’inquiéter de leur sort mais il y a des domaines où davantage de coordination serait certainement nécessaire. Il y a un foisonnement d’actions qui ont été soutenues mais, dès lors que les moyens publics se font plus rares, il n’est pas illégitime de s’interroger sur la manière de subventionner des actions qui semblent se superposer à d’autres.

A.É.: D’une manière générale, comment voyez-vous vos relations avec le secteur associatif?

M.P.: Nous devons être dans un rapport de confiance. Il faut laisser aux associations l’autonomie pour gérer les actions conformes à leur objet social. Le rôle du pouvoir public est d’éviter que l’on fasse n’importe quoi, donc de cadrer, de baliser. Mais une fois que les objectifs sont définis, la manière de les atteindre appartient aux acteurs de terrain. Il faut leur laisser de la liberté et de la souplesse. Les pouvoirs publics doivent faire un contrôle a posteriori mais pas question pour moi de faire une procédure «AFSCA» (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) pour l’associatif où on est à ce point contrôlé qu’on perd toute capacité d’innovation sociale.

Priorité aux familles monoparentales

A.É.: Perte des allocations d’insertion, exclusion du chômage… la précarité risque d’exploser en Wallonie. Comment faire face?

M.P.: Le gouvernement fédéral se grandirait en faisant en sorte que les pouvoirs locaux ne soient pas handicapés dans leurs capacités financières à cause des décisions qu’il a prises. Aux quatre coins de la planète, on assiste à une précarisation croissante. Chez nous aussi, cela devient de plus en plus compliqué pour une série de familles et je pense plus particulièrement aux familles monoparentales. Comme ministre chargé de l’Égalité des chances, je ne peux pas accepter qu’une femme sur deux vivant seule avec des enfants soit sous le seuil de pauvreté.

Le problème est en amont et celui du partage des richesses. C’est la raison pour laquelle je suis favorable à mettre en œuvre une réforme fiscale qui taxe davantage les revenus spéculatifs. Au niveau wallon, les moyens ont été préservés pour soutenir des actions de lutte contre la grande précarité et le ministre chargé de lutter contre la pauvreté (le ministre-président Paul Magnette) s’est engagé à présenter un plan transversal. Les deux premières années de la législature ne seront pas faciles. Mais des perspectives financières ont été esquissées pour les années suivantes. La volonté est en tout cas de préserver au maximum les moyens dévolus au social.

A.É.: Vous évoquez un plan transversal en matière de pauvreté. Comment allez-vous «cogérer» l’Égalité des chances au sein du gouvernement?

M.P.: J’ai présenté récemment un décret «gender mainstreaming» aux associations de défense des droits des femmes. Mais plutôt que de faire un catalogue de propositions qui entraînent une grande dispersion de moyens financiers et humains, j’ai préféré demander au Conseil wallon pour l’égalité des hommes et des femmes (CWEHF) d’identifier pour chaque ministre du gouvernement les deux mesures phares sur lesquelles le CWEHF désire que ces ministres travaillent pendant cette législature.

A.É.: Revenons aux familles monoparentales. Quels sont vos projets?

M.P.: J’ai remarqué, à la lumière de cas vécus, que nous avons une législation obsolète. Ces quinze dernières années, les ménages se sont séparés plus rapidement que la législation n’a évolué. Il reste dans les textes wallons des éléments qui parfois pénalisent le ménage monoparental. Je pense au logement public, aux allocations familiales. J’ai demandé à mon administration de mandater un bureau d’experts pour faire un monitorage de la législation wallonne et identifier les lieux où l’on trouve encore des éléments de discrimination à l’égard des familles monoparentales. Un autre champ d’action m’intéresse: celui des familles monosalariales et la précarité liée au fait de ne disposer que d’un seul salaire «pour faire tourner la boutique».

A.É.: À la suite d’un accord entre le gouvernement wallon et le Centre pour l’égalité des chances, des points de contact «anti-discriminations» vont s’implanter dans les Espaces Wallonie. Comment va-t-on permettre à tout Wallon de signaler les discriminations qu’il aurait vécues comme victime ou témoin?

M.P.: Si on veut être efficace, il faut éviter d’assommer les citoyens avec des flyers qu’ils ne vont ni lire ni garder. Par contre, faire la promotion de manière plus systématique du numéro vert de la Région, le 1718 me semble plus utile. Il faut que les gens sachent où s’adresser en cas de problème.

A.É.: Ce numéro vert est destiné à signaler des problèmes avec l’administration.

M.P.: Il faut centraliser le contact. Ce sera plus efficace de diriger ensuite la personne vers le référent anti-discrimination plutôt que de faire entrer dans les têtes les coordonnées de chaque bureau.

Handicap et emploi: agir sur les quotas

A.É.: Quelles sont les discriminations sur lesquelles il vous semble urgent d’agir? L’origine ethnique, l’orientation sexuelle, le handicap?

M.P.: Certainement le handicap. Un rapport de 2014 montre que dans un grand nombre de communes et de CPAS, on ne remplit pas l’obligation d’un quota de 3% d’engagement de personnes handicapées. Et je ne suis pas sûr que ce ne soit non plus le cas de la Région wallonne. L’objectif existe donc mais sa réalisation dépend du bon vouloir des édiles locaux. Je réfléchis à un mécanisme de sanction pour arriver réellement à ce quota de 3%. On a investi des sommes considérables dans la formation et l’employabilité de personnes handicapées mais si l’autorité publique n’est pas en mesure de les accueillir, on passe à côté de la cible.

A.É.: Il y a aussi tout le problème de l’accessibilité. En Wallonie, seule une école sur dix est accessible aux enfants à mobilité réduite. Mais intervenir représente un coût…

M.P.: … colossal. On va devoir apporter chacun sa pierre à l’édifice pour que la situation s’améliore mais il faut dire la vérité: toutes les écoles ne seront pas mises à niveau, toutes les lignes de bus ne seront pas équipées pour permettre l’accès aux handicapés. Cela demanderait des moyens budgétaires dont la Wallonie ne va pas disposer dans les années à venir. Cela dit, l’adaptabilité des nouveaux bâtiments publics et privés s’accélère. Les promoteurs immobiliers y veillent désormais. Face au vieillissement de la population, un logement accessible est un atout.

A.É.: Le logement des seniors, c’est aussi un gros enjeu pour la Région?

M.P.: Il y a de moins en moins de places disponibles et surtout financièrement accessibles dans les structures d’accueil traditionnelles. La maison de repos n’est plus la seule réponse possible au logement des seniors. Nous devons, ici au cabinet, travailler de manière urgente dans ce domaine. On doit évoluer vers le maintien à domicile.

A.É.: Qui représente aussi un coût pour les pouvoirs publics…

M.P.: J’en suis conscient. Il y a le problème de la reconnaissance des aides à domicile, des gardes-malades. Mais il faut trouver une solution. Certaines études montrent que 20% des personnes placées en maisons de repos disposent d’une autonomie suffisante pour rester chez elles, à condition d’être accompagnées par des soins à domicile.

A.É.: Les formules alternatives comme les Espaces Kangourou, les formules Abbeyfield ont encore du mal à s’imposer.

M.P.: Oui, parce qu’il y a des enjeux fiscaux qu’il faudrait lever. Mais il faudra pourtant être innovant. On doit adapter nos législations. On a trop agi selon le système des tiroirs. Si une formule n’entre pas dans le bon tiroir législatif, elle n’est pas éligible et tant pis pour sa capacité innovante.

A.É.: Verra-t-on enfin plus de terrains d’accueil pour les gens du voyage sous cette législature?

M.P.: Les gens du voyage, c’est une matière qui pour un politique n’est pas du tout sexy. Nous donnons les derniers coups de pelle à l’aménagement d’une aire d’accueil à Namur. Il faut pouvoir affronter un électorat qui est souvent hostile. Les besoins dans ce domaine sont bien supérieurs aux terrains disponibles en Wallonie. Je peux d’ailleurs les compter sur les doigts d’une seule main. Je réfléchis à l’opportunité de confier aux Provinces la mise en place d’un certain nombre, deux, trois terrains de manière à avoir une bonne répartition géographique et pour qu’il n’y ait pas saturation dans les seules communes qui ont accepté de jouer le jeu. L’effort de solidarité doit être partagé.

A.É.: Par incitation ou par sanction?

M.P.: Je suis pour l’incitation mais je n’exclus pas la sanction.

 

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Comment s’y retrouver dans le dédale des cabinets ministériels ? Qui est qui ? Quel conseiller est en charge de quelle matière ? Le  who’s who des cabinets vous permettra de faire connaissance en quelques lignes avec les principaux responsables sur les thématiques sociales.

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