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Vu de Flandre
© Flickrcc Hendrik Ploeger

Pauvre et immobile

Alter Échos n° 402 13 mai 2015 Pierre Gilissen

Le néerlandais n’a besoin que d’un seul mot (vervoersarmoede) pour désigner la précarité en matière de transport. Ce qui n’empêche pas le problème d’évoluer plutôt dans le mauvais sens au nord du pays.

La société flamande de transports en commun De Lijn a réduit son offre de transport au 1er mai. Sur des lignes peu fréquentées, des bus sont supprimés, le matin, le soir ou le dimanche. Et le système de bus à la demande (par téléphone) cesse d’être assuré dans une demi-douzaine de zones. Selon la société, «98% des usagers ne verront pas la différence». Mais Els Van den Broeck, du mouvement Mobiel 21, n’est pas du même avis. «Pour certaines personnes, ce sera la possibilité de se rendre à leur travail, à l’hôpital ou à la maison communale qui va se réduire», estime-t-elle.

Els Van den Broeck a coécrit un rapport de Mobiel 21 sur la précarité en matière de transport, notamment à partir de témoignages, et en collaboration avec différentes associations comme le Netwerk tegen Armoede. Une personne est considérée comme précaire en termes de mobilité quand elle commence à renoncer à certaines activités, faute de possibilité de se déplacer. Selon une étude de la société Accenture, en Belgique, pas moins de deux millions de personnes sont dans le cas. Une autre enquête de 2003 parlait elle «seulement» de 45.000 familles en Flandre. Difficile de définir un profil type. «Tout ce qu’on peut dire, c’est que les personnes âgées, les handicapés et les femmes seules avec enfants constituent des groupes à risque et que le problème est plus aigu à la campagne», précise Els Van den Broeck.

Ce que Mobiel 21 constate, c’est une forte tendance générale à la centralisation: services communaux concentrés au centre des entités, mais aussi bibliothèques, mutuelles, magasins… Si l’on supprime les bus à la demande entre les sections périphériques des communes et le centre, cela risque de poser des problèmes à beaucoup de gens. Des personnes précarisées s’accrochent déjà à leur voiture pour pouvoir se rendre à leur travail par exemple, alors que celle-ci consomme une partie bien trop importante du budget familial. Et le vélo n’est pas toujours une solution. «Pour beaucoup de gens, on parle de distances trop importantes pour être parcourues à vélo. Et les plus âgés ou les handicapés ne sont généralement pas physiquement en état de le faire.»

Des auditions sont organisées ces jours-ci sur le sujet au parlement flamand. La notion de mobilité de base fait progressivement place à celle d’accessibilité de base. «Ce n’est pas une mauvaise chose, estime Els Van den Broeck. Parce que c’est un concept qui part davantage des besoins des gens. Mais on ne sait pas quel contenu et quelle définition vont être donnés à cette accessibilité. Il ne faudrait pas que ce soit juste un joli nom pour une offre réduite à une peau de chagrin.»

La politique de mobilité de base définie par un décret voté en 2001 stipulait, par zone (urbaine, semi-urbaine ou rurale) et pour toute la Flandre, à quelle distance au maximum chacun devait pouvoir trouver un arrêt de bus. A-t-elle fait baisser la précarité? «Ce n’était pas le but principal du concept de toute façon, mais on peut supposer que sans ça, les problèmes auraient été bien plus importants.»

Enfin, Mobiel 21 souligne dans ses recommandations que l’offre de transports en commun doit être abordable, accessible et couvrir tout le territoire. «Il n’y a pas que le prix qui peut rebuter les usagers, mais aussi la complexité des horaires et des tarifs. Téléphoner au bus à la demande reste cher. Et les recherches et réservations en ligne, ce n’est pas encore évident pour tout le monde.» La tendance actuelle de De Lijn est aussi de miser sur les smartphones, mais les gens qui sont dans la précarité ont rarement de quoi s’en payer un.

 D’après De Morgen et De Standaard

 

 

 

 

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