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Moins d'obstacles vers l'autonomie des mineurs ?

Alter Échos n° 379 31 mars 2014 Cédric Vallet

Chaque année, des mineurs sont mis en autonomie et suivis par un service de l’aide à la jeunesse. Face aux difficultés financières rencontrées par ces jeunes, notamment pour payer leur garantie locative, la ministre a créé un fonds spécial. Intéressant… mais pas sans défaut, constatent les associations.

Avoir moins de dix-huit ans et vivre en autonomie n’est pas de tout repos. S’organiser, gérer son emploi du temps et faire face à la solitude sont quelques-unes des difficultés que rencontrent ces jeunes.

Généralement, des problèmes familiaux importants sont à l’origine des 400 à 600 mises en autonomie qui ont lieu chaque année en Fédération Wallonie-Bruxelles. Aller vivre en appartement à seize ou dix-sept ans est une décision importante. Elle est prise par une autorité mandante… toujours avec l’accord de l’intéressé.

Avant d’entamer une nouvelle vie sans ses parents, le mineur est confronté à des difficultés prosaïques. Comment payer la garantie locative ? Comme acheter ses premiers meubles ? La question est ancienne. Alter Échos a souvent relayé les difficultés constatées sur le terrain par les associations. On sait que les CPAS et l’aide à la jeunesse, souvent, se renvoient la balle pour éviter d’avoir à dégainer le porte-monnaie.

Sur ce front, il y a du nouveau. La ministre de l’Aide à la jeunesse a récemment mis en avant certaines des mesures qu’elle a initiées. Et notamment la création d’un fonds pour la garantie locative et les frais de première installation.

Une aide à l’installation

288 000 euros ont été déboursés par les pouvoirs publics. Ce fonds a été distribué aux associations qui en faisaient la demande via un appel à projets. Trente-quatre services en bénéficient. Cela permet de financer des garanties locatives et de proposer une petite prime d’installation.

Ce fonds permet-il de faciliter la mise en autonomie ? En partie seulement. « C’est la première fois qu’on a ce genre d’aide », souligne Luc Mahieux, directeur pédagogique du Siloe, une institution basée à Châtelet, qui accompagne 15 jeunes dans leur mise en autonomie. « Mais cette aide n’est pas pérennisée, c’est une opération ‘one shot’ » regrette-t-il. En effet, nous confirme-t-on au cabinet d’Évelyne Huytebroeck, la somme versée à chaque service ne l’est qu’une seule fois. « Mécaniquement, le fonds est amené à disparaître », nous dit Nicolas Roelens, chargé de communication de la ministre. Les garanties locatives sont censées être remboursées par le jeune lors de son départ et donc alimenter un fonds de roulement géré par l’association. Rapidement, ce fonds de roulement sera grignoté, car il permettra aussi de financer les primes d’installation qui, elles, ne sont évidemment pas remboursées.

D’autres services rappellent que les débats autour de l’aide aux jeunes en autonomie devraient davantage impliquer les CPAS. Car après tout, l’aide à la jeunesse est censée fournir une aide « supplétive ». Les CPAS eux octroient une aide générale de première ligne.

Le Service droit des jeunes du Hainaut est très impliqué dans cette bataille pour faciliter l’octroi de garanties locatives et de primes d’installation aux jeunes. Il a créé le fonds pré-caution pour donner un coup de pouce aux mineurs en autonomie. « Mais l’idée de cette aide était justement qu’elle disparaisse, nous dit Fabienne Bouchat, le temps de remobiliser les acteurs prioritaires : les CPAS. » Selon elle, « à Mons, la mesure de la ministre n’a pas toujours été bien accueillie, des services n’ont pas fait la démarche, car dans leur idée c’est aux CPAS de constituer les garanties ».

Mais vu de l’extérieur, l’essentiel n’est-il pas que le jeune, in fine, touche une aide et puisse s’installer, sans s’attarder sur l’origine de cette aide ? « Peut-être, répond Fabienne Bouchat. Mais alors il faut un acteur unique déterminé pour octroyer l’aide. Là, il s’agissait d’un appel à projets, avec un budget limité. Quid des autres jeunes ? Ceux qui ne bénéficient pas de la mesure ? Il risque d’y avoir une discrimination entre jeunes. Ceux qui ne touchent pas cette aide vont se tourner vers les CPAS qui leur demanderont à nouveau… de se tourner vers l’aide à la jeunesse. »

700 euros par mois

L’autre problème de fond reste bien celui de la somme versée chaque mois au jeune. Pas de quoi faire des excès démesurés. Chaque mineur mis en autonomie reçoit environ 700 euros. Une part de ces 700 euros est allouée au loyer et aux charges.

Ces dernières années, cette part était de 290 euros, au grand dam des services qui constataient, impuissants, l’augmentation des loyers… sans augmentation concomitante des subsides. « Lorsque le loyer dépasse la somme allouée, explique Luc Mahieux, le jeune doit prendre sur sa part personnelle pour compléter. Plus le loyer est cher, moins le jeune a de quoi vivre. »

D’après le cabinet d’Évelyne Huytebroeck, cette somme consacrée au loyer est passée de 290 à 350 euros le 26 juillet dernier. Une décision actée dans une circulaire. « La somme a augmenté, nous nous rapprochons petit à petit du revenu d’intégration sociale », affirme même Nicolas Roelens.

Sur le terrain, Siloe n’a rien vu. « Il y a un décalage entre ce qui est dit et la réalité, dit Luc Mahieux. J’ai entendu parler des 350 euros, mais les jeunes reçoivent toujours 290. » La circulaire indique : « Le montant du loyer pour logement autonome est admissible à 350 euros maximum par mois, charges comprises. » C’est donc à l’autorité mandante de décider de l’opportunité de donner un supplément, qui n’a donc rien d’automatique. À Bruxelles, le projet pédagogique particulier Les sentiers de la varappe, on touche ce petit plus. Mais la vie est plus chère dans la capitale. « Il y a une légère amélioration, explique Michel Thiry, le coordinateur. Mais pour les jeunes qui n’ont pas de ressources personnelles, ni de ressources familiales, cela reste bien juste. Et pour eux, il n’est pas évident d’activer l’aide du CPAS. »

 

Aller plus loin

Alter Échos n° 310 du 22 février 2011 : Une aide sociale pour mineurs sujette à caution

En savoir plus

Siloe : www.siloe.be – tél. : 071 39 74 83

SDJ Hainaut : www.sdj.be/hainaut – courriel : mons@sdj.be – tél. : 065 35 50 33

Les sentiers de la varappe : www.lessentiers.be – courriel : varappe@lesentiers.be – tél. : 02 502 10 24

A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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