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Dans la soirée du 6 novembre 2014, la Strada dénombrait 412 personnes dans la rue ou dans des espaces publics/semi-publics. Le métro offre le gîte à nombre de ces sans-abris.; Certains, se fondant dans la masse, y cherchent l'anonymat. D'autres se rendent visibles, en quête de menue monnaie ou de contacts sociaux. © Colin Delfosse

Métro-Liens: favoriser la cohabitation souterraine

Alter Échos n° 405 18 juin 2015 Marinette Mormont

Métro-Liens. Le nom du projet mené par l’asbl Diogènes en collaboration avec la Stib dit bien ce qu’il veut dire: il a pour ambition de construire des ponts entre les sans-abri du métro, le personnel et les usagers de la Stib.

«Mon bureau, c’est mon sac à dos.» Cette affirmation aurait pu jaillir de la bouche de n’importe quel travailleur de rue accoutumé à arpenter le bitume jour après jour pour créer du lien avec des personnes visées par une politique spécifique – jeunes, sans-abri, toxicomanes. Mais Alexandra, psychologue de formation et travailleuse de rue à l’asbl Diogènes, ne passe pas son temps dans les rues de la capitale. Avec son collègue Bram, elle sillonne le réseau souterrain de la Stib pour aller à la rencontre des sans-abri qui y trouvent refuge.

«Dans certaines stations de la périphérie, le phénomène est plus discret, mais on trouve aussi des habitants du métro.» Alexandra, Diogènes

L’objectif du projet: toucher des personnes qui ne franchissent pas la porte des institutions sociales et publiques. Faire en sorte qu’ils retissent un lien avec la société. Alexandra et Bram parcourent l’entrelacement des rames du métro en long, en large et en travers, au gré du hasard et des rencontres, mais aussi sur la base des signalements que la Stib leur fournit au cours de réunions mensuelles partagées. Sans surprise, les stations les plus visitées sont De Brouckère (745 interventions sur un total de 1.881 en 2014), la gare Centrale (171), la Bourse (168), suivies de Mérode (129) et de la gare du Midi (82). «Mais on essaye de brosser tout le réseau, explique Alexandra. Dans certaines stations de la périphérie, le phénomène est plus discret, mais on trouve aussi des habitants du métro.»

 © Colin Delfosse
© Colin Delfosse
 © Colin Delfosse
© Colin Delfosse

Parfois c’est un agent de nettoyage de la Stib ou un commerçant du métro qui permettent aux travailleurs de rue de faire le lien avec une personne. «Ce sont souvent des alliés pour nous, raconte Alexandra. Un commerçant peut voir tous les jours la même personne, garder un œil sur elle et être dans une relation hypersoutenante.»

Mais ces «alliés» se sentent parfois bien démunis. Être confronté à quelqu’un qui urine tous les jours au même endroit, cela peut être usant pour un agent de nettoyage, continue la travailleuse sociale. C’est pourquoi Métro-Liens n’a pas pour unique public cible celui des sans-abri. Agents de nettoyage ou de prévention de la Stib, usagers des transports publics ou commerçants qui se sont établis dans les antres du métro bruxellois, l’ensemble des personnes qui partagent ces espaces souterrains est sensibilisée par l’asbl aux réalités de vie des personnes sans abri. En cas de problèmes de «voisinage», des solutions concrètes sont recherchées, au cas par cas.

Le métro, «c’est une réalité particulière, conclut Alexandra. Des dynamiques se créent. Plein de belles choses peuvent émerger. Mais c’est aussi un espace semi-public avec des règles. Tu peux t’en faire virer».

 © Colin Delfosse
© Colin Delfosse

La Stib: pas un lieu de prise en charge

Les agents de la Stib sont engagés pour veiller au maintien des lieux, au respect des normes. Leurs valeurs personnelles peuvent entrer en conflit avec celles de la société qui les emploie et leur donne des instructions: «Ce n’est pas toujours facile pour eux de trouver un compromis.» Et si l’entreprise a créé il y a quelques années la nouvelle fonction de «référent sociétal», chargé «d’implémenter des projets et des actions de proximité en matière de cohésion sociale et de prévention dans le cadre du transport public», elle n’a pas pour autant pour vocation de prendre en charge les sans-abri.

L’entreprise et l’association ne poursuivent pas les mêmes objectifs. «Pour moi, le rôle de l’entreprise est de pouvoir faciliter l’accès [aux associations] à ces publics-là, précisait Évelyne Parello, responsable du Field Support Service, dans le rapport d’activités du projet en 2013 (1). (…) En même temps, on doit tâcher d’être respectueux de nos clients, donc c’est complexe.» Pas d’objectif commun, sauf peut-être celui de faciliter la cohabitation. De construire des ponts entre des mondes qui ne font souvent que se croiser furtivement dans la quarantaine de kilomètres de tunnels du chemin de fer urbain.

 

Aller plus loin

«Cachez ce mendiant que je ne saurais voir» (dossier), Alter Échos n°390 du 14.10.2014.

«Bienvenus dehors! Sans-abri et espace public», … bis n°172, CBCS, Bruxelles, décembre 2014.

A propos de l'auteur

Marinette Mormont

Originaire d’Arlon, « le trou de la Belgique », Marinette pense un moment devenir guide de montagne ou Tintin reporter avant de s’orienter vers des études d’histoire. Qui l’aménent au final à faire du journalisme parce que, dixit, elle ne sait faire que ça… À ses yeux, le social est un savant mélange d’attention à l’autre et de justice avec un grand J. Et l’information ? C’est parler du manque de prise en compte de l’autre et du manque de justice. Contact : marinette [dot] mormont [at] alter [dot] be

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