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Métro, boulot, fourneau, dodo …

Alter Échos n° 344 19 septembre 2012 Catherine Closson

La consommation de fruits et légumes frais, locaux et de saison occupe une place centrale dans nombre d’initiatives qui promeuvent l’alimentation durable. Mais, alors quel’offre locale en circuits courts se développe rapidement, d’autres freins apparaissent dans les pratiques des consommateurs. Perte des savoir-faire culinaires, diminution du tempsconsacré à cuisiner et augmentation des repas en solo constituent des obstacles importants à une alimentation plus saine et écologique.

Préparer des légumes savoureux demande une certaine expérience et prend plus de temps que de mettre une pizza industrielle au four. Et quand on mange seul, onn’est pas toujours motivé à se mitonner des petits plats. Pour réapprendre le plaisir de cuisiner et de manger ensemble, ateliers culinaires et tables d’hôtesfleurissent un peu partout et rencontrent un vif succès. Le collectif de quartier Bouillon Malibran et l’asbl Belg@ppétit ont choisi de proposer leurs activités àdes publics présentant une forte mixité culturelle et sociale.

Des grands banquets aux petits plats hybrides

Le programme d’actions Bouillon Malibran en est déjà à sa quatrième saison d’activités autour du thème de l’alimentation. Issue des «Grands Banquets » multiculturels organisés rue Malibran dans les années 20001, la plate-forme de pilotage actuelle regroupe des associations locales, des habitantsdu quartier et des services communaux2. Après la réalisation d’une exposition et d’une cuisine mobile participant au cortège de la Zinneke Parade en 2010,Bouillon Malibran a lancé, l’année dernière, des ateliers de cuisine donnés par des chefs engagés de longue date pour l’alimentation durable. Mais si lesuccès était au rendez-vous, le collectif n’était pas satisfait : le public était principalement « bobo » et venait peu du quartier.

L’automne dernier, un appel à projets de Bruxelles Environnement offre l’occasion de repenser la formule et de ressortir des cartons les idées fondatrices du programme :les ateliers culinaires proposent désormais de la cuisine « hybride » (voir encadré) et un Grand livre de recettes de la paix et de la gastronomie mondiale du quartierMalibran est en préparation.

Désormais, les ateliers répondent davantage aux objectifs prônés par le collectif : « être un laboratoire du vivre ensemble et sensibiliser, en douceur etdans la convivialité, un public issu de la mixité sociale et culturelle à l’alimentation durable ». Le livre, recueil de recettes hybrides et témoin desnombreuses initiatives du collectif, devrait quant à lui constituer une source d’inspiration pour quiconque souhaite cuisiner plus durable au quotidien, mais espèreégalement contribuer à essaimer des projets similaires.

Interrogé sur les freins et leviers observés après cinq ateliers, Sébastien Kennes, coordinateur de la plate-forme de pilotage, explique que le projetbénéficie sans conteste de la vague d’intérêt pour les questions alimentaires et évoque avec enthousiasme la convivialité et le plaisir quiémanent de tous ces moments partagés. La principale difficulté reste cependant la mobilisation de la population du quartier : « Il faut vraiment aller rencontrer les genslà où ils vivent, au café, dans les petits commerces, etc. Cela demande un travail de proximité et d’éducation permanente pour lequel notre petiteéquipe n’est pas toujours disponible. » Pour contourner cet obstacle, la plate-forme a choisi récemment de collaborer davantage avec des associations locales qui pourrontservir de relais. Mais là encore, si certaines ont déjà répondu positivement à l’appel, comme Espace Couleurs Femmes ou Den Teirling (centre de jour pourdéficients mentaux), d’autres semblent réticentes à « partager » leur public qui bénéficie déjà d’une offre associativepléthorique dans la commune.

Impro et fortune du pot

Dans le même esprit de convivialité, Anne Bortels et Fabienne Pollard ont créé l’année dernière l’asbl Belg@ppétit3,destinée à promouvoir les produits locaux de qualité à travers la (re)découverte du savoir-faire culinaire et du manger ensemble. Pour remplir cet objectif, cesdeux femmes débordantes d’énergie et passionnées de cuisine, proposent notamment des ateliers culinaires aux institutions, organisations et entreprises qui souhaitentsensibiliser leurs usagers ou leur personnel à la question de l’alimentation durable.

Ici aussi, le principe est simple : l’institution commanditaire rassemble un groupe de douze personnes maximum – pour que tout le monde mette la main à la pâte – etse fournit un panier bio de produits locaux, si possible du producteur local le plus proche. Arrivées sur place avec des ingrédients de base (semoule, quinoa, épices, herbes,etc.), nos cuisinières découvrent le contenu du panier et commencent par prendre le café avec le groupe afin de tisser les liens et évaluer l’expertise culinaire desparticipants. Commence ensuite une improvisation collective à partir des produits du panier, menant à des recettes entièrement originales conçues par le groupe. Puisviennent les moments du repas et de la vaisselle, autant de temps d’échange supplémentaires pour parler d’alimentation, de cultures culinaires mais aussi de la vie engénéral.

Fabienne étant enseignante en promotion sociale et alphabétisation, elle a naturellement des contacts avec des institutions et associations à vocation sociale. Les CPASd’Esneux et Grâce-Hollogne, les communes de Forest, Evere et Jette et l’association Amazone ont été parmi les premiers à saisir la perche. Anne souligne larichesse des échanges dans les CPAS : « La population est généralement très mélangée, tant en âges qu’en nationalités, et leséchanges sont vraiment multiculturels ». En quatre heures, le petit groupe a noué des liens, découvert les principes de base de l’alimentation durable etpeut-être redécouvert le plaisir de cuisiner et manger ensemble. Une formule simple et très démocratique qui remporte un large succès4.

Budget-temps étriqué

A leur échelle, cours de cuisine et tables d’hôtes multiculturelles tentent de (re)valoriser savoir-faire culinaire et convivialité des repas pris ensemble. Reste laquestion du temps… Si nombre d’acteurs de l’alimentation durable attestent que manger des produits locaux de saison peut constituer à la fois un plaisir gustatif et unbénéfice pour le portefeuille, peu contestent le fait que cuisiner du frais prend du temps. En relais du mouvement international Slow Food, des voix commencent d&
rsquo;ailleurs àse faire entendre sur la nécessité de repenser l’organisation du temps quotidien si l’on veut sortir du système alimentaire industriel actuel.

Les ateliers de cuisine « hybride »

Initiés par Bouillon Malibran, ces ateliers se déroulent en trois temps :
1 – Un(e) habitant(e) du quartier propose une recette traditionnelle de son pays ou de son cru et la retravaille avec un cuisinier professionnel qui fait des propositions pour la rendreplus durable (intégration de produits locaux, réduction des ingrédients industriels, etc.). Ces échanges, riches d’enseignements à la fois culturels etculinaires, se déroulent toujours dans la bonne humeur mais suscitent parfois d’âpres négociations !
2 – La préparation, latino, africaine, asiatique ou autre, est réalisée à la sauce locale et durable pendant un atelier culinaire encadré conjointementpar l’auteur de la recette et le chef cuisinier. Ces cours sont ouverts à tous mais ont l’ambition de s’adresser prioritairement aux habitants du quartier.
3 – Le résultat est savouré à l’occasion d’une table d’hôtes accueillant une vingtaine de convives en plus des participants au cours. Cesrepas conviviaux offrent un lieu de rencontre et d’échanges entre habitants du quartier et une occasion supplémentaire de discuter informellement sur l’alimentationdurable.

1. www.eauwaterzone.be/Durabl_XL
2. La Plate-forme Bouillon Malibran regroupe aujourd’hui Rencontre des continents, Parcours citoyen Ixelles, le Début des haricots, le Gemeenschapcentrum Elzenhof, le Contrat de quartierMalibran (Service de la rénovation urbaine de la commune) et la Maison de quartier Malibran.
Contact : Sébastien Kennes, Rencontre des continents asbl, rue van Elewyck, 34 à 1050 Bruxelles – tél. : 02 734 23 24 – courriel : info@rencontredescontinents.be – site : http://www.europabamba.be/wordpress
3. Belg@ppétit :
– courriel : belgappetit@gmail.com
– site : www.belgappetit.be
4. Avis aux amateurs : l’agenda de Bel@péttit est rempli avec six mois d’avance !

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