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(c)FlickrCC/Alf Melin

Manger pour 1 euro

16 juin 2015 Pierre Gilissen

Des repas à 1 euro pour les enfants de familles pauvres. Devenue ministre, Liesbeth Homans (N-VA) souhaite maintenant généraliser à toute la Flandre cette mesure qu’elle avait instaurée à Anvers en tant qu’échevine.

Dans la Métropole, la mesure remonte au printemps 2013: permettre aux enfants de familles pauvres de prendre un repas dans un restaurant social en ne payant que 1 euro. Liesbeth Homans était alors échevine des Affaires sociales et présidente du CPAS de la Ville. Au-delà des évidences, l’idée était de recentrer l’objectif social du système sur les enfants, mais aussi de mieux différencier les restaurants sociaux du reste de l’horeca. À un tel tarif, il n’est plus vraiment question de concurrence mais les restaurants sociaux étaient, dans le même temps, priés de devenir plus sévères quant à leurs critères de sélection de la clientèle. Argument avancé à l’époque par l’échevine: «Selon une enquête, seuls deux restaurants sociaux sur cinq sont réellement fréquentés par des clients du CPAS.» Contre-argument émis par l’opposition (socialiste): Anvers ne compte que cinq restaurants sociaux au total, tous situés dans le même district et l’échevine avait bien précisé qu’il n’était pas question pour elle que ce nombre puisse augmenter. Deux ans plus tard, le bilan est mitigé. Homans annonce 4.000 repas à un euro par jour, mais selon le site De WereldMorgen, les restaurants sociaux n’en servent chacun qu’une centaine par jour et, surtout, la part de formules à un euro serait assez anecdotique.  

Devenue ministre, l’Anversoise veut maintenant étendre la mesure à toute la Région flamande. C’est la mesure phare de son nouveau plan en trois axes de lutte contre la pauvreté, une de ses prérogatives au sein du gouvernement flamand. La seconde mesure dudit plan va dans le même sens: il s’agit d’organiser au jour le jour la redistribution des denrées invendues des grandes surfaces.

Apartheid?

«Celui qui veut un repas à un euro va devoir se rendre dans un restaurant social où il n’y a que d’autres pauvres. Avec ce genre de mesures, on ne va tirer personne de la misère.» Netwerk Tegen Armoede

Pour Groen et le SP.A, la ministre N-VA ne fait que s’attaquer aux symptômes sans rien résoudre aux problèmes de fond. Même son de cloche du côté de la députée CD&V Katrien Schryvers. Mais les remarques les plus acerbes viennent du Netwerk Tegen Armoede. «La ministre donne une fois de plus l’impression de vouloir créer des circuits séparés pour les pauvres. Celui qui veut un repas à un euro va devoir se rendre dans un restaurant social où il n’y a que d’autres pauvres. Avec ce genre de mesures, on ne va tirer personne de la misère.» D’autres acteurs du secteur vont dans le même sens: la pauvreté est avant tout une exclusion. Faute de moyens, la personne n’arrive plus à prendre part à la société, et là, ce qu’on lui propose, c’est précisément d’être en marge de cette société.

Deux mandataires socialistes de grandes villes ont pourtant déjà manifesté leur intérêt, fût-ce avec des réserves, pour le plan de Liesbeth Homans. Il s’agit de Rudy Coddens, président du CPAS de Gand, et de Philippe De Coene, échevin des Affaires sociales de Courtrai. Dans cette dernière ville, le budget de 75.000 euros promis par la ministre pour ce projet est le bienvenu. Mais Philippe De Coene déplore dans le même temps le projet de réduire les subventions accordées aux associations du secteur. Liesbeth Homans a déclaré que «les organisations qui luttent contre la pauvreté dépensent 70% de leur budget en salaires» et que leur budget devait être réduit, «ces sommes ne bénéficiant pas aux pauvres». L’échevin courtraisien s’insurge: «Nous payons cinq personnes pour repérer les situations problématiques dans plusieurs écoles à grande diversité. Ces personnes s’occupent à plein temps de problèmes de pauvreté et elles sont également indispensables.»

Enfin, Ingrid Lieten (SP.A), qui a précédé Liesbeth Homans à son poste actuel, a, elle aussi, son point de vue: «Elle ferait mieux de se chercher des alliés dans la lutte contre la pauvreté plutôt que de pousser chacun dans ses retranchements.»

D’après De Morgen et De Standaard

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