Tabane: exil mental

par Julie Luong

Tabane: exil mental

Tabane: exil mental

Julie Luong
Photos : Billy Miquel
4 mai 2017

Centre de santé mentale pour migrants, l’association liégeoise Tabane accueille de nombreuses personnes en situation de trauma psychique, marquées par l’exil et souvent par la violence. Par sa double approche – intervention thérapeutique et activités collectives –, elle tente de leur ouvrir une voie de résilience, en intégrant leurs référents culturels et la singularité de leurs parcours.

 

 

Tabane: exil mental

Tabane est le nom d’un guérisseur sénégalais. Mais à Liège, c’est devenu une adresse, un repaire pour les personnes d’origine étrangère – primo-arrivants pour la plupart – en grande souffrance psychique. Tabane est une maison où une équipe pluridisciplinaire fait le pari des ressources intérieures de chacun, propres à sa culture et à son histoire. Tabane est une fenêtre sur ce que les chiffres de la migration ne disent pas: les situations traumatiques qui poussent à l’exil et que l’exil ranime.

 

 

Au fin fond de la rue Saint-Léonard, les locaux de Tabane se situent juste en face d’un arrêt de bus. En face, une boulangerie. Plus loin, au coin, la croix verte d’une pharmacie. C’est tout. Le quartier est désert. Pas de passage, pas de passants. C’est un peu le bout de la ville, mais pour tous ceux qui y viennent, le bout de la ville, ce n’est rien en regard du chemin parcouru. Un couloir sombre qui mène à un petit escalier. Les bureaux des psychiatre, médecin et psychologues se trouvent aux étages supérieurs. Au rez-de-chaussée, la salle d’attente a des airs de salon de famille, avec son canapé dodu, sa table basse en bois et les jouets pour enfants qui traînent. C’est ici qu’on attend son rendez-vous, ici qu’on passe dire bonjour ou consulter ses mails sur un vieil ordinateur. Il y a du café chaud dans le percolateur, des folders qui s’empilent, un portant avec des habits à donner. À l’arrière, au bout du couloir lumineux, on aperçoit par la porte-fenêtre un jardin étroit et quelques poules dans un enclos.

 

«Parler, toujours parler…»

À l’autre extrémité, côté rue, s’ouvre une vaste cuisine, centre névralgique de Tabane. La vaisselle et le frigo y côtoient du matériel de bricolage, une machine à coudre, des bouts de tissu. Le mercredi après-midi, on y vient pour l’atelier musique animé par Fabrice. Le jeudi, c’est «maman Monique», psychologue à la retraite et bénévole adorée, qui est aux commandes en compagnie de Mona, animatrice chez Tabane. Bricolage, cuisine, table ronde, jardinage, mais aussi parfois sortie culturelle ou promenade: les activités sont coconstruites avec les consultants et aussi variées que possible, pour que chacun puisse trouver sa place dans ce groupe à géométrie variable. Ce jeudi, il n’est pas encore 13 h 30 mais Farida et Hamida  sont déjà là. Toutes deux fréquentent Tabane depuis plusieurs années. Avec ses airs sérieux et timides, la longue Farida, venue du Maroc, s’active en fée du logis à qui on ne donnerait jamais ses 35 ans. Assise sur l’appui de fenêtre, Hamida, le regard farouche, se pelotonne à proximité du chauffage.

Cette jeune femme de 28 ans, venue du Niger, est arrivée à Tabane sur les recommandations de sa psychiatre, à qui elle semble très attachée. «Elle m’a dit que ça me ferait du bien de venir ici, que ça m’aiderait à rester tranquille. Quand elle part en vacances, elle s’inquiète pour moi», explique-t-elle en indiquant du regard les cicatrices qui marquent son avant-bras.

Au moment de son arrivée, Hamida a d’abord fait un séjour dans un hôpital bruxellois. Elle vit aujourd’hui à Liège et, comme beaucoup, survit grâce au soutien de différentes associations locales.

 

 

Entre le jeune Amel, démarche nonchalante et écouteurs dans les oreilles, suivi du silencieux Monsieur Diallo, venu du Sénégal, puis de Samira, arrivée du Maroc depuis peu, et de Kofi, originaire du Togo et qui vit en Belgique depuis plusieurs années, ayant laissé au pays un grand fils de 13 ans. Aujourd’hui, pour fêter le retour de Monique après une absence pour raisons de santé, ce sera atelier «crêpes». C’est la douce Farida qui, comme souvent, s’y colle. «J’aime bien, commente-t-elle doucement à notre adresse. Ça ne me gêne pas.» Pendant ce temps, les conversations vont bon train. Kofi reproche à Hamida de n’avoir pas voulu venir chez lui l’autre jour. Pas question d’aller seule chez un homme, même en ami. Farida est bien d’accord. Ça ne se fait pas. C’est une question de religion. Et peut-être d’autres choses que Kofi ne peut pas comprendre. «Les ateliers permettent de recréer du lien; ils sont complémentaires du suivi psychologique individuel», nous a plus tôt expliqué Luc Snoeck, le coordinateur de Tabane. Mais le lien, aussi vital soit-il, est toujours une prise de risque. Une phrase ranime des blessures anciennes. Des rapports de force refont surface au cœur d’une plaisanterie. Kofi et Hamida se charrient. On finit tout de même par en rire… «C’est tout ce qui nous reste», a commenté l’autre jour un consultant congolais au sourire en effet désarmant. En attendant les crêpes, Monique réitère sa proposition d’aller voir prochainement la pièce du NIMIS Groupe Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu au Théâtre de Liège. Une pièce coup de poing sur la migration, la forteresse européenne, le scandale des milliers de morts en mer, l’absurdité des politiques d’«accueil». «Ici, avec Theo Francken, ça devient de plus en plus dur», commente Kofi. Hamida, rien qu’à la pensée d’une sortie au théâtre, fait la grimace. Le bruit la fait en permanence souffrir. Ici, on parle déjà trop et trop fort pour elle. Alors une pièce… sur ce thème…

«Parler, toujours parler. C’est déjà ce qu’on me disait tout le temps à l’Office des étrangers. Mais c’est pas facile de parler», glisse-t-elle d’un air craintif.

Traite des êtres humains, torture, viol, guerre: à cette seule table, les mémoires sont le répertoire des histoires indicibles que l’administration demande aux demandeurs d’asile de répéter cent fois, en ne se contredisant jamais.

 

Au risque du malentendu

Il s’appelait Ibrahima Tabane. Lui, c’était un «grand marabout guérisseur» qui avait la réputation de soigner avec succès les malades mentaux les plus difficiles, à Saint-Louis du Sénégal. Le psychiatre Daniel Schurmans, qui a fondé l’association et lui a donné ce nom en hommage, l’a rencontré au début de sa carrière, dans les années 70. Comme beaucoup de psychiatres de sa génération influencés par l’approche du Français Henri Collomb, opposé à la psychiatrie «coloniale», Daniel Schurmans s’est intéressé très tôt aux manières de soigner dans les autres cultures. Il fait alors la connaissance de Tabane, qui accueille dans sa maison certains de ses malades le temps de leur guérison et de leur convalescence.

Sa philosophie, héritée de son père, dit ceci: «Si tu peux guérir en trois jours, guéris en trois semaines. Si tu peux guérir en trois mois, guéris en trois ans.»

Après cette rencontre qui le marquera, Daniel Schurmans revient à Liège, où il exerce dans une structure psychiatrique «classique» jusqu’en 1994, année du génocide rwandais. «Cette année-là, nous avons mis en place, en collaboration avec un psychologue rwandais, un dispositif consistant à former des praticiens liégeois à la problématique de la rencontre interculturelle. Pendant six ans, cela a pris la forme de conférences, de formations», explique-t-il. L’équipe décide ensuite de mettre en place une consultation. Cette première mouture de l’association s’appellera «Racines aériennes».

«Nous nous sommes lancés au départ dans des consultations “ethnopsychiatriques”, selon le modèle de Tobie Nathan, chose que l’on fait encore. Et puis nous nous sommes rendu compte que les personnes qui venaient nous trouver n’avaient pas toujours envie de faire ça. Elles avaient parfois d’autres besoins pour lesquels nous n’étions pas spécialement préparés, qui relevaient de la thérapie des traumatismes psychiques, à laquelle nous nous sommes donc formés. Très rapidement, cela a représenté plus de 85% de nos interventions cliniques.»

Une évolution liée à la situation internationale et à ce qu’on nomme désormais la «crise migratoire». «Les gens qui arrivent à Tabane viennent des endroits où ça chauffe», acquiesce le Dr Schurmans.

 

 

En 2006, des conflits en interne entraînent la dissolution de l’association «Racines aériennes» qui se reforme en 2007 sous le nom de «Tabane». La structure est adossée au Club André Baillon, service de santé mentale (SSM) bien connu à Liège, avec qui elle mène ses actions de manière intégrée. Les consultations ethnopsychiatriques «classiques» continuent d’y avoir leur place, réunissant autour du consultant un groupe de professionnels formés à la relation clinique – psychiatres, médecins généralistes, psychologues, thérapeutes ou assistants sociaux –, issus de différents courants et, souvent, de différentes cultures.

«Les intervenants le font parce que ça leur apporte quelque chose. Car, bien sûr, mobiliser autant de personnes pour un seul consultant serait impayable, explique le Dr Schurmans. Ces consultations fonctionnent sur un modèle assez strict. Un meneur de jeu est désigné et celui qui veut intervenir doit lui demander son autorisation. Mais il y a aussi des règles plus diffuses: accepter de voir l’autre comme il est, accepter sa vérité, accepter de parler un peu de soi: “Voilà ce que ma vie, ma culture m’ont appris.”»

Alors qu’un tel dispositif pourrait paraître intimidant, il constitue en réalité un cadre rassurant pour nombre de patients issus de cultures – essentiellement africaines et maghrébines – où la communauté tient un rôle central. «Ils y retrouvent la possibilité de parler d’égal à égal avec chacun des membres du groupe, ils sont un expert parmi les experts. D’emblée, c’est une position restauratrice par rapport aux expériences dévalorisantes qu’ils ont pu vivre», poursuit le Dr Schurmans. Car si toute relation clinique «classique» pose la question de la place occupée par chacun, celle-ci devient centrale quand le consultant se trouve de facto – par son exil, sa situation administrative, sa méconnaissance de la langue – dans une situation d’inégalité.

«Le patient a souvent l’impression que le thérapeute sait tout et que lui ne sait rien. De plus, il sait que ce qui pourrait être pour lui des éléments d’explications – les “superstitions” – ne sera pas accepté, et donc il n’en parle pas. Cela donne lieu à des manifestations inadéquates de sa part et à des jugements diagnostiques inadéquats de la part du médecin», poursuit le Dr Schurmans.

Pour autant, Tabane se positionne résolument contre tout monopole et préconise au contraire une diffusion et une intégration de l’approche interculturelle par tous les praticiens. L’association est ainsi engagée dans un important travail de soutien et de formation à destination des intervenants moins familiers de ces questions.

«Nous considérons que la culture humaine est quelque chose que nous partageons tous et que les différences sont plutôt anecdotiques, mais qu’il faut en tenir compte, sinon cela crée des malentendus qui peuvent être graves.»

 

Traumatisés, pas malades

À côté des consultations «ethnos», des consultations individuelles qui intègrent cette dimension interculturelle sont donc proposées au sein de Tabane. Beaucoup des consultants fréquentent par ailleurs les activités collectives du mercredi et du jeudi après-midi et, inversement, le lien social étant considéré comme une composante restauratrice essentielle dans la souffrance psychique.

«Certaines personnes ont des maladies mentales mais c’est une minorité, explique le Dr Schurmans. La plupart viennent ici car ils sont traumatisés, ils ont des angoisses, des cauchemars. Mais par rapport à des patients psychiatriques, leurs capacités de résilience sont énormes. Le stress post-traumatique est certes reconnu par le DSM (NDLR: Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux) mais, en réalité, ce n’est pas une maladie mais un syndrome, une réaction face à une situation.»

La maladie commence en réalité dans l’élaboration pathogène qui peut faire suite au trauma, en particulier quand l’environnement est menaçant, la prise en charge absente et que certains éléments viennent réactiver le passé traumatique.

«La plupart des gens ont vécu une longue période entre les moments traumatiques les plus déterminants et ceux où on les voit: entre-temps, il y a eu une élaboration personnelle qui peut être spontanément positive ou pathogène. Mais ensuite, il y a les événements secondaires qui peuvent subitement provoquer la dégringolade chez des personnes qui avaient remarquablement bien résisté. La fusillade de la place Saint-Lambert en 2011 a eu cet effet sur certaines personnes qui avaient vécu la guerre dans leur pays. Quand on vit dans un monde dangereux, on peut accepter la violence. Mais quand elle surgit à nouveau par surprise, dans un environnement qu’on croyait sûr, c’est différent.»

Or, si l’approche interculturelle est essentielle pour éviter le «malentendu», elle se révèle aussi particulièrement pertinente dans la prise en charge du trauma: «Le traumatisme psychique est considéré comme un envahissement par des phénomènes que la psyché n’arrive pas à intégrer: l’inacceptable qui ne peut être pensé et qui empêche de penser. Ce qui correspond, dans la plupart des cultures à l’exception de la nôtre, à la “folie”: une agression d’une force extérieure – surnaturelle ou malveillante – qui provoque les troubles. Il y a donc une sorte d’homologie entre les deux démarches: la démarche traditionnelle des guérisseurs et celles des gens qui s’occupent de ceux qui ont subi un traumatisme: pourquoi ne pas se servir de ce parallélisme?», commente le Dr Schurmans. Le but, d’ailleurs, est toujours le même: permettre à la personne de se raconter, en réintégrant l’épisode traumatique dans un récit qui a retrouvé sa continuité, même douloureuse. «Cela nécessite d’intégrer la conception que les gens se font de l’origine de leur mal.» Dans ces conceptions, il y a parfois les djinns et les esprits. Mais aussi le sens qu’on donne à un rêve. «La psychanalyse a l’habitude d’interpréter les rêves en fonction d’éléments du passé, mais ce n’est qu’une dimension du rêve. Le rêve a aussi une intentionnalité, un aspect “autoréalisation” que connaissent bien les guérisseurs. Pourquoi ne pas prendre en compte cet aspect prémonitoire?», explique le Dr Schurmans. «On arrive de cette manière à travailler plus aisément avec des gens qui ont des conceptions anthropologiques très différentes et nous aident en ce sens à approfondir les nôtres.»

 

 

Mais une telle élaboration prend du temps. Souvent des années. «Je suis choqué de lire dans certains rapports de l’Office des étrangers qu’on pourrait guérir le stress post-traumatique en quelques séances», confie à ce propos le Dr Schurmans.

«Les gens que nous voyons n’ont surtout pas envie de reparler de ce qu’ils ont vécu! C’est pourquoi on ne le leur demande pas, on parle de leur vie actuelle, de leurs difficultés, on les aide, on est dans un engagement positif, on essaie de créer une relation de confiance suffisante pour qu’ils se sentent soutenus. Et quand ils parlent, c’est un cadeau que nous devons être capables de recevoir.»

La thérapie, du reste, ne commence pas toujours par les mots. Masha Khaskelberg, psychologue au sein de l’association depuis une dizaine d’années, travaille régulièrement à partir de l’approche thérapeutique dite du «jeu de sable», une méthode développée par Margaret Lowenfeld, une pédiatre londonienne, dans les années 1930, puis reprise dans les années 60 par Dora M. Kalff, une psychothérapeute jungienne suisse. Cette thérapie utilisée avec les adultes et les enfants consiste à créer à partir de cette matière aisément maniable une image de son monde intérieur. «C’est à la fois une méthode diagnostique et thérapeutique», explique la psychologue, qui s’appuie aussi beaucoup sur l’art-thérapie, de même que sur l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing – «intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires»), une approche basée sur les mouvements oculaires et utilisée dans la prise en charge des syndromes de stress post-traumatiques majeurs. À noter que toutes ces consultations «individuelles» assurées par Tabane ne le sont jamais vraiment, un interprète étant le plus souvent présent, même si de nombreux consultants ont une maîtrise quotidienne du français. «La langue d’origine permet non seulement de dire des choses qui ne se diraient pas en langue étrangère, mais l’interprète est aussi quelqu’un qui représente la communauté des locuteurs de cette langue. En ce sens, il est souvent investi par le consultant d’un rôle fantasmatique: celui de ses parents, de ses morts… En ce sens, il est un véritable partenaire», explique le Dr Schurmans.

 

Santé en exil

En 2016, Tabane a accueilli 216 personnes, dont 97 nouvelles demandes venant de toute la province. Les demandeurs d’asile représentent le groupe largement majoritaire (61% des nouvelles demandes, contre 15% pour les réfugiés reconnus), témoignage du nombre important d’arrivées en Belgique en 2015. Parmi ces 97 nouvelles demandes, 29 pays étaient représentés. «Les demandes nous sont adressées par des envoyeurs très diversifiés, le secteur de l’accueil des demandeurs d’asile, les services sociaux, des associations. Certaines personnes viennent également de leur propre initiative, le plus souvent conseillées par un proche qui a été suivi précédemment à Tabane», explique Luc Snoeck. Alors qu’au cours des cinq dernières années, Tabane avait dû plusieurs fois «fermer les portes» et empêcher toute nouvelle demande pendant quelques mois en raison d’un nombre trop important de sollicitations, l’association a pu donner suite à l’ensemble d’entre elles en 2016, d’une part en les filtrant mieux (et en les réorientant le cas échéant vers d’autres structures), d’autre part grâce au renforcement de son équipe justifié par le soutien de la Région wallonne. En 2015, une recherche sur le secteur spécifique de la santé mentale des migrants en Wallonie, coordonnée par le CréSaM (Centre de référence en santé mentale), a en effet permis de présenter aux pouvoirs publics un «État des lieux des initiatives spécifiques Exil»  présentes sur le territoire, incluant Tabane mais aussi la Clinique de l’exil à Namur, «Santé en exil» à Charleroi et l’Espace 28 de Verviers. Quelques mois plus tard, la «crise de l’accueil» allait finir de convaincre la Région wallonne de soutenir ces services. «Je suis convaincu que ces deux éléments ont favorisé le soutien plus important que nous avons reçu et la volonté de la Région wallonne de pérenniser ces services», commente le coordinateur. Et il était temps.

«La fin de subventions importantes européennes et fédérales aurait pu faire de 2016 l’année où nous allions mettre la clé sous le paillasson», confirme Luc Snoeck.

Cette étude a par ailleurs eu le mérite d’installer un travail de réseau plus étroit entre les différentes structures wallonnes, dans une optique d’échange et d’optimisation des actions.

Par ailleurs, le soutien de Viva for Life a permis à Tabane de lancer cette année une nouvelle initiative «Parents en exil». Menée en partenariat avec l’association Seconde Peau-Apalem (Aide et prévention anténatale liégeoise de l’enfance maltraitée), elle part du constat que les grossesses, naissances et débuts de scolarité sont autant de moments de fragilisation psychique pour de nombreux parents migrants. Coupés de leurs repères familiaux, communautaires et culturels, ils vivent souvent la parentalité comme une réactivation des difficultés liées à l’exil et au vécu traumatique. «Il y a aussi parfois la difficulté d’être parent quand on a dû laisser d’autres enfants au pays», explique Vinciane Beaulen, psychologue et coordinatrice du projet. Des situations de négligence peuvent alors apparaître. Au contraire, dans un contexte difficile, l’enfant devient parfois inadéquatement le soutien affectif exclusif du parent. Mais ici encore, il ne faut pas passer à côté de la composante culturelle, qui impacte les plus petits gestes, comme la manière de porter les bébés. Le projet entend à la fois organiser des activités collectives pour permettre aux parents exilés de se rencontrer et de trouver du soutien mais aussi une prise en charge thérapeutique (individuelle ou familiale) dans des situations de décompensation sévère, y compris au travers d’interventions à domicile. Également marquée à l’été 2016 par une augmentation des demandes pour des jeunes mineurs non accompagnés venus d’Afghanistan, Tabane vient par ailleurs de mettre sur pied un dispositif groupal de prise en charge de ces jeunes, sous forme de groupe de parole mais aussi d’activités permettant la symbolisation. Car il faut inventer au rythme des soubresauts internationaux, tout en continuant, malgré l’urgence des situations, à «prendre le temps de soigner», ainsi que le voulait Ibrahima Tabane.

 

 

 

En savoir plus :

Tabane

Rue Saint-Léonard 510 à 4000 Liège

Tél. : 04 228 14 40

Courriel: tabane@skynet.be

 

Web + :

«Philippe Woitchik, le psychiatre des diversités», Alter Échos n°429-430, septembre 2016, Manon Legrand.

«L’Office des étrangers, une administration psychorigide», Alter Échos n°438, janvier 2017, Martine Vandemeulebroucke.

«Exil: « Une vie sans souffrance est un leurre total »», www.alterechos.be, le 4 mai 2016, Marinette Mormont.

«Exil, un autre horizon», www.altermedialab.be, Agence Alter et Ulysse, septembre 2016.

 

L’Agence Alter met en lumière des solutions innovantes dans le champ du travail social et de la santé. Avec Focales, prenez le temps de vous immerger dans un projet innovant. Un supplément gratuit d’Alter Échos en mots et en images.

Tous les numéros sont à télécharger gratuitement sur le site d’Alter Échos.