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Vie associative

Lettres aux politiques

Alter Échos n° 379 9 avril 2014 Alter Échos

Non, ce qui suit n’est pas une liasse de courriers expédiés à Saint-Nicolas en décembre dernier. Ce petit florilège de revendications des secteurs social et de la santé est issu des mémorandums adressés au politique ces derniers mois. Les préoccupations du terrain sont claires : les secteurs, sous-financés, doivent faire face à des besoins de plus en plus complexes. Alors, le social, cela coûte cher ? Oui, peut-être. Mais au final, la question du coût d’une politique est complexe, car elle touche à la question de sa légitimité et de ses bénéfices (qui se mesurent parfois sur le long terme). Autre sujet de préoccupation commun, la sixième réforme de l’État. Celle-ci, pour être réussie, devra être l’occasion de créer plus de cohérence, plus de participation. Et non l’inverse…

 

Sébastien Alexandre, directeur de la Fedito bruxelloise (Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes). Par M.M.

A.É. : Dans votre mémorandum, quelle est la revendication la plus ancienne ?

S.A. : La réallocation des moyens des stratégies prohibitionnistes et pénales à l’égard des usagers de drogues, vers les stratégies de prévention, de réduction des risques, d’aide, de soins et de réinsertion.

A.É. : La plus innovante ?

S.A. : L’inscription d’une politique « drogues » bruxelloise définie par le secteur dans une politique social/santé régionale, permettant l’accès à l’aide et aux soins pour les plus précaires ; la mise en place de cette politique social/santé appelant à la pleine représentation du secteur toxicomanie dans l’organisme d’intérêt public et dans tout organisme chargé d’organiser l’aide et le soin suite aux transferts de compétences.

A.É. : Celle qui a le moins de chance d’aboutir ?

S.A. : Aucune : tout est affaire de (courage) politique.

A.É. : La demande la plus coûteuse ?

S.A. : Difficile de répondre : il serait nécessaire de mener des analyses complètes en termes de coûts/bénéfices. Un dispositif particulier peut a priori coûter cher, mais à terme entraîner des économies importantes pour la société dans sa globalité, par exemple en diminuant les hospitalisations ; en réduisant le risque d’infections ; en suscitant l’accès à l’emploi, etc.). La réponse à cette question ne pourrait donc être que partielle. Certaines dispositions peuvent même entraîner des recettes, comme la réglementation du cannabis qui peut éventuellement être liée à de nouvelles taxations et impositions.

Le mémorandum de la Fedito est téléchargeable sur http://www.feditobxl.be

 

Christophe Ernotte, directeur de la Fédération des CPAS wallons. Par M.M.

: Dans votre mémorandum, quelle est la revendication la plus ancienne ?

C.E. : La plus ancienne, et qui existera toujours après mon départ à la pension, c’est le sous-financement chronique par l’État fédéral des missions de base des CPAS : le minimex, aujourd’hui revenu d’intégration sociale (RIS). Et il s’agit tant du taux de remboursement du revenu d’intégration que des subsides en personnel accordés pour ce travail.

AÉ : La demande la plus innovante ?

C.E. : Un élément nouveau de notre mémorandum fédéral : on souligne le fait que, même si la Belgique peut déjà être fière de ce qu’elle fait, les minimas sociaux, en ce compris le RIS, sont inférieurs au revenu médian de pauvreté. On voudrait que le seuil européen de pauvreté soit une norme imposée et respectée par tous, au niveau européen et au niveau belge. En Belgique, on demande à l’État fédéral et aux entités fédérées de se fixer cela comme objectif de législature, c’est-à-dire y arriver pour 2019.

AÉ : Celle qui a le moins de chance d’aboutir ?

C.E. : Les mêmes que les deux premières… (rire). Le seuil européen de pauvreté, au niveau européen cela sera difficile à atteindre. Pour la Belgique, les 90 % de taux de remboursement du RIS, on ne les obtiendra pas… Mais on voudrait qu’il y ait une révision de ce taux, cela n’a pas été revu depuis vingt ans…

AÉ : La plus coûteuse ?

C.E. : Les 90 %, pour être réaliste, je sais que l’État n’est pas prêt à assumer cela. Mais le terme coûteux n’est pas le bon, cela sous-entendrait que la demande n’a pas de légitimité. Or en fait, c’est un dû.

Le mémorandum des CPAS est téléchargeable sur http://www.uvcw.be/espaces/cpas

 

02_rbdhIlham Bensäid, responsable communication au RBDH (Réseau bruxellois pour le droit à l’habitat). Par S.W.

A.É. : Dans votre mémorandum, quelle revendication vous tient le plus à cœur ?

I.B. : L’augmentation du nombre de logements publics locatifs à caractère social. On estime qu’environ 50 000 ménages bruxellois attendent un logement public. En moyenne, il faut patienter dix ans.

A.É. : La plus novatrice ?

I.B. : Les aides à l’acquisition vont être régionalisées. Dans ce contexte, nous proposons l’instauration d’un plafond d’accès fixé à 42 000 euros nets imposables par ménage, plus 5 000 euros par personne à charge pour l’ensemble de ces aides (Citydev, fonds du logement, mesures fiscales). Pour les personnes précaires aussi l’acquisition doit pouvoir représenter une solution durable.

A.É. : Celle qui a le moins d’espoir d’aboutir ?

I.B. : Nos propositions sont toutes réalistes et peuvent être défendues. Elles sont importantes et on y croit.

A.É. : La plus ancienne ?

I.B. : On demande un encadrement des loyers depuis dix ans. J’en reviens à notre première revendication. On manque de logements publics abordables. Dans l’intervalle, il importe d’agir sur le privé.

Le mémorandum du RBDH est téléchargeable sur www.rbdh-bbrow.be (onglet élections 2014) ou commander la version papier : info@rbdh.be

 

02_cbcsAlain Willaert, coordinateur du CBCS (Conseil bruxellois de coordination sociopolitique). Par S.W.

A.É. : Quelle est la plus ancienne revendication des secteurs que vous rassemblez ?

Alain Willaert : On entend que le social coûte cher et que la pauvreté ne diminue pas. Nos secteurs doivent être renforcés pour faire face à des demandes de plus en plus complexes. Mais il faut surtout des politiques qui agissent sur les causes : sur la fiscalité, l’accès au logement, à l’énergie… C’est aussi la revendication qui nous tient le plus à cœur.

A.É. : Et c’est aussi celle qui a le moins d’espoir d’aboutir ?

A.W. : À politique constante, avec une droite qui favorise le secteur marchand comme seule dynamique de notre société et une gauche qui est de plus en plus proche de la droite, ce sera difficile.

A.É. : La plus novatrice ?

A.W. : C’est une revendication qui vient de la santé mentale, mais sur laquelle tous les secteurs se sont montrés d’accord : tenir d’avantage compte, dans le travail social, de l’environnement de l’usager. Pour donner un exemple, si on veut mettre en place un réseau pour maintenir des personnes à domicile, on va réunir des kinés, des aides ménagères, etc. On oublie parfois de tenir compte du quartier, de la famille, voir si des voisins sont mobilisables…

Ces recommandations sont issues du rapport intersectoriel 2013 http://cbcs.be/Rapport-intersectoriel-2013
Le CBCS a par ailleurs regroupé sur son site les mémorandums des secteurs qu’il fédère http://cbcs.be/Memorandums-2014-social-sante

 

Charles Lejeune, secrétaire général de la Fédération des services sociaux (FdSS-FdSSB). Par S.W.

A.É. : Dans votre mémorandum, quelle revendication vous tient le plus à cœur ?

C.L. :  Obtenir un équivalent temps plein en plus par projet. Il suffit de lire les bilans des associations pour se rendre compte que les situations sont de plus en plus difficiles. C’est à la fois la revendication la plus légitime, la plus complexe à rencontrer, et celle qui tient le plus à cœur aux secteurs.

A.É. : Et celle qui vous tient le plus à cœur à vous ?

C.L. : Obtenir un refinancement pour les cinq fédérations sociales de la Cocof.

A.É. : La plus innovante ?

C.L. : Que le transfert de compétences, historique en termes d’importance et de budget, soit l’occasion de créer davantage de cohérence plutôt que d’ajouter encore de la complexité institutionnelle. Jusqu’à présent, à chaque transfert, on a ajouté une couche à la lasagne, ce qui finit par donner de la légitimité au discours de la NVA quand elle dit qu’à Bruxelles, c’est le b…

Le mémorandum de la FdSS est téléchargeable sur le site http://www.fdss.be (onglet publication)

 

David Praile, coordinateur de Solidarités Nouvelles. Par S.W.

A.É. : Dans votre mémorandum, quelle revendication vous tient le plus à cœur ?

David Praile : La question des expulsions administratives. Aujourd’hui, les locataires expulsés dans le cadre de décisions administratives ne bénéficient pas des mêmes garde-fous que ceux qui ont été mis pour « humaniser » les expulsions judiciaires. Leur seul tort ? Vivre dans un logement insalubre.

A.É. : La plus originale ?

D.P. : Reconnaître les formes d’habitats populaires comme une réponse à la crise du logement au lieu de les condamner : habitats légers, à la marge, occupations temporaires…

A.E. : Et celle qui a le moins de chances ?

D.P. : L’effectivité des droits des habitants de la rue. Adresse de référence, revenu d’intégration, mendicité… On tend vers une interprétation de plus en plus restrictive.

http://www.solidaritesnouvelles.be

 

Déborah Oddie, coordinatrice de l’association des Maisons d’Accueil et des Services d’Aide aux Sans-abri (AMA). Par C.V.

 A.É. : quelle est la revendication la plus ancienne ?

D.O. : Le renforcement des cadres de base en personnel (toutes règlementations confondues) : les services qui hébergent pourtant des personnes 24 h sur 24 ne sont pas financés pour le personnel administratif ni le personnel technique.

 A.É. : La demande la plus innovante ?

D.O : Reconnaître et encourager le travail de suivi post-hébergement porté par les maisons d’accueil ainsi que toutes les alternatives à l’hébergement : housing first, habitat solidaire, logement de transit…

 A.É. : Celle qui a le moins de chance d’aboutir ?

D.O. : Une réorganisation globale du secteur de l’aide aux sans-abri associant les différents niveaux de pouvoirs ainsi que les différentes compétences (aide sociale, logement, santé, immigration, justice…) et ce en concertation avec les services et les usagers.

A.É. : La plus coûteuse ?

D.O. :  Subventionner de façon structurelle les services actifs dans le secteur et qui ne le sont toujours pas aujourd’hui : les abris de nuit en Wallonie et les services d’accueil de jour à Bruxelles.

Le mémorandum de l’AMA peut être téléchargé sur http://www.ama.be/ama/nos-memorandum

 

02_febispPierre Devleeshouwer, directeur de la Fédération bruxelloise des organismes d’insertion socioprofessionnelle et d’économie sociale d’insertion (Fébisp)

A.É. : Quelle est votre revendication la plus ancienne ?

 P.D. : Pour la formation en insertion socioprofessionnelle, notre revendication la plus ancienne est la revalorisation du statut de « stagiaire en formation professionnelle ». Depuis 1987, le montant de l’indemnisation des stagiaires n’a en effet pas changé ! Les 40 francs belges par heure de formation suivie se sont transformés en 1 euro, mais cet euro n’a jamais été indexé.

 A.É. : La plus innovante ?

 P.D. : En ISP toujours, le renforcement des possibilités de formations innovantes ! Les défis posés par la situation socioéconomique bruxelloise nécessitent que les pouvoirs publics octroient aux acteurs de l’ISP des marges de manœuvre pour innover. 

 A.É. : Celle qui a moins de chance d’aboutir ?

 P.D. : Formulée telle quelle, la question n’appelle pas de réponse. Il serait en effet singulier, à ce stade, de déterminer les « chances d’aboutir » de nos revendications et surtout d’en énoncer d’emblée les moins « réalisables »…

 A.É. : La plus coûteuse ?

 P.D. : En économie sociale d’insertion, la revendication directe la plus coûteuse est le financement à 100 % de l’encadrement dans les ILDE (Initiatives locales de développement de l’emploi)/EI (entreprises d’insertion) agrées, tel que prévu dans l’Ordonnance en vigueur du 18 mars 2004 et tel que c’est prévu dans l’Ordonnance de 2012.

 Le mémorandum de la Febisp est téléchargeable sur http://www.febisp.be

 

 

 

 

 

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