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Les vieux du bord de mer

Alter Échos n° 399 24 mars 2015 Pierre Gilissen

Depuis trois ans, Ostende possède un centre d’accueil pour les seniors en difficulté. De par sa situation, la station balnéaire cumule les problèmes en la matière.

Le centre en question (Meldpunt Senioren in nood) dépend de la maison sociale d’Ostende et donc de la municipalité. Il a été créé à la suite de plusieurs faits divers tragiques de seniors retrouvés morts chez eux des semaines, voire des mois après leurs décès. Les cas de solitude extrême sont encore plus nombreux ici que dans les autres grandes villes. «À Ostende, nous sommes confrontés à un double problème de vieillissement», explique Candice D’hulst, une des collaboratrices du centre. «En plus du vieillissement de la population d’origine, nous avons une série de gens qui viennent habiter ici dans leurs vieux jours et qui sombrent dans les problèmes à la mort de leur partenaire. Ce sont généralement des gens qui ne disposent d’aucun réseau de relations ici et dont la famille habite loin. Ils disent souvent être venus à Ostende pour le bon air et la mer. Mais la triste réalité est qu’ils n’en profitent bien souvent pratiquement plus.»

Le centre découvre en moyenne un nouveau cas par jour. «Souvent, c’est un voisin ou l’agent de quartier qui sont alertés par une mauvaise odeur, des volets qui restent fermés ou une boîte aux lettres qui n’est plus vidée», explique-t-elle. Le vrai travail commence alors pour elle mais aussi pour sa collègue Eva Roets: «Nous allons sonner chez la personne en question et nous lui demandons à pouvoir entrer. Dans la plupart des cas, ils sont d’accord. Le but est de nous faire une idée du problème au cours de ce premier entretien. Il peut s’agir d’un cas de démence, d’incontinence, d’abandon ou encore de précarité extrême. Mais, dans presque tous les cas, le problème est aggravé par la solitude.» Candice D’hulst: «C’est un problème récurrent. La solitude est souvent masquée. Beaucoup de seniors sont par exemple confrontés à de la maltraitance financière: leurs enfants ou leurs petits-enfants empruntent leur carte de banque. La plupart du temps, les victimes sont conscientes de ce qui se passe mais elles se laissent faire parce que, sinon, elles se retrouveraient seules au monde.»

Enfermement

Pauvreté et solitude ne sont pas automatiquement liées mais il y a clairement un lien. «Dans cette ville, beaucoup de seniors n’ont pas les moyens de se payer un appartement décent. Souvent, ils se retrouvent dans un immeuble sans ascenseur. Et s’ils ne sont plus trop en forme, ils en deviennent prisonniers.»

Eva Roets: «À Ostende, chaque quartier possède un centre de quartier. Ces centres font de l’excellent de travail mais encore faut-il pouvoir y accéder. Impossible de prendre le bus avec un fauteuil roulant ou un ambulateur et les taxis coûtent cher. Il y a bien les services de transport pour les moins valides mais ils travaillent avec des volontaires et la demande est supérieure à l’offre.»

Au cours des deux dernières années, les deux femmes ont aidé près de deux cents seniors de plus de 65 ans à trouver une solution adaptée. Parfois difficilement, parfois très facilement. «L’année dernière, nous avons reçu un appel à propos d’une personne qui était tombée en pleine rue», raconte Eva Roets. «Quand nous sommes allées la voir, il s’est avéré que cela faisait un an qu’elle vivait sans électricité. Un simple problème de plombs qu’en raison d’un début de démence sénile, elle n’était pas parvenue à résoudre.»

Bref, le centre fonctionne bien «mais, dans le même temps, nous nous rendons bien compte qu’il y a des centaines de seniors en difficulté que nous n’avons pas encore atteints», ajoute Candice D’hulst. Eva Roets: «Les généralistes pourraient certainement jouer un rôle d’alerte à ce niveau. Mais je comprends aussi que pour eux, cela pose un dilemme. Ils sont tenus par le secret professionnel, ce qui est souvent en contradiction avec le devoir d’assistance.»

D’après De Morgen et De Standaard

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