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©homestreethome

Les sans-abri du métro photographient leur monde souterrain

Alter Échos n° 379 9 avril 2014 Julien Winkel

L’exposition « Home Street Home » se tenait à Bruxelles jusqu’au 6 avril. Visite en ville ou dans les entrailles du métro en compagnie de sans-abri, d’agents de la Stib, de passants. Une cohabitation pas toujours facile…

« Notre but était d’effectuer une plongée au sein d’une cohabitation forcée ou parfois recherchée, celle qui existe dans le métro entre les sans-abri et les autres acteurs. Les employés de la Stib, principalement. » Sourire vissé sur les lèvres, Lucie Martin se débat avec une machine à café récalcitrante. Il y a quelques semaines, c’étaient des appareils photo qui constituaient le centre de toutes ses attentions. Des appareils distribués à une dizaine de sans-abri « recrutés » par son employeur, l’asbl Diogènes, connue pour son travail de rue avec ce public. But de l’opération : permettre aux sans-abri d’immortaliser leur parcours et leur vie dans le monde souterrain du métro. Au début du moins : « On a commencé avec des appareils jetables dans le métro, et on a fini avec des appareils digitaux dans la rue », rigole la jeune femme. Il n’empêche, le but de cet exercice – qui a eu lieu de décembre 2013 à mars 2014 – n’a pas changé : « Croiser les regards ». Ceux des sans-abri et des agents de la Stib, des commerçants. Plusieurs mondes qui se croisent, pour une exposition intitulée « Home Street Home ».

L’endroit où se déroulait l’événement se prêtait bien à l’exercice. Ça sent la poussière, le bitume surchauffé, et l’odeur de cet enduit que l’on dépose sur les bouts de bois censés supporter les rails. Toutes les deux ou trois minutes, un train passe au-dessus de la salle. « Brmmemembelelem », ça tremble. L’endroit, caché dans un tunnel commerçant qui se cherche un public, marque la frontière entre deux zones. À gauche, la place Rogier, en pleine rénovation. Hilton, Sheraton, tour Rogier. Quelque chose de l’urbanité « chic », mais un peu décrépie, de la capitale. À droite, la rue de Brabant et surtout la rue d’Aerschot. Ses prostituées, ses files de voitures et son public parfois précarisé. Au milieu, la Tag Gallery, à l’intérieur de laquelle les photos des sans-abri rencontraient notamment les témoignages vocaux des agents de la Stib.

Deux cents photos

Le travail de l’asbl Diogènes a démarré par une recherche-action menée par Lucie Martin et sa collègue Aline Strens. « Il s’agissait de voir comment les sans-abri utilisent ces espaces et d’étudier les interactions entre les différents acteurs, avec un focus sur le personnel de la Stib. (…) Lorsque j’effectue des recherches comme celles-là, il existe toujours une frustration de finir avec un objet textuel qui fait passer à la trappe les voix des personnes rencontrées, la poésie qu’il y a chez eux », déplore notre interlocutrice. « Home Street Home » est donc née, avec le concours des sans-abri. Deux photographes professionnels ont accompagné le processus. Deux mille photos ont été prises. Deux cents exposées.

Avec les agents de la Stib, la cohabitation n’est pas toujours facile. Les agents de la propreté se plaignent de devoir sans cesse recommencer le même travail. Les gars de la sécurité déplorent qu’on les appelle pour déplacer un sans-abri alors qu’ils ne sont pas formés pour cela. « Il y a un manque de clarté par rapport à ce qu’on demande aux agents, déplore Lucie Martin. L’injonction principale c’est ‘On met les sans-abri dehors’. Mais ça ne marche pas, la perspective sécuritaire ne fonctionne pas. » Une situation pas évidente, face à laquelle l’asbl Diogènes propose des recommandations, qui se trouvent dans leur recherche-action.

 

Aller plus loin

Alter Échos n° 377 du 03.04.2014 : sociologie mise en scène

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A propos de l'auteur

Julien Winkel

Dans ses rêves d’enfance, Julien se voyait astronaute. À tel point qu’il imaginait qu’une fusée l’attendrait à la sortie de l’école pour l’emporter dans les étoiles, loin de ce monde de brutes. Lorsqu’on l’interroge sur ses héros, Julien affiche une belle cohérence puisqu’il cite Ian Solo et Marty Mac Fly. Pourtant, quelques années plus tard, c’est avec un diplôme de journaliste et un master européen en étude du spectacle vivant qu’il se retrouve. En tandem avec Cédric Vallet, Julien forme ainsi le pôle excellence de la rédaction. Il entretient en parallèle une passion extrême pour la musique : « surtout la musique noire américaine des 50’/60’s/70’s : soul, blues, funk. Il y a tellement d’émotion, de beauté, de drames, de rêves de rédemption et de vie dans cette musique qu’elle permet de ne pas finir racorni par les aléas de la vie et de ne pas totalement désespérer de l’espèce humaine. » Une envolée lyrique digne de la plume qu’il manie au service d’une « information jugée plus importante que jamais bien que vraiment galvaudée en de trop nombreuses occasions ». julien [dot] winkel [at] alter [dot] be

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