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Logement
(c)Page Facebook Home For Less

Les premiers logements modulables d’Home for Less ont été inaugurés

1 juillet 2017 Manon Legrand

Cinq mois après son lancement, les premiers logements du projet Home for Less, qui veut répondre à la crise du logement, ont été inaugurés ce vendredi, au quatrième étage d’un bâtiment vide appartenant à l’Armée du Salut, boulevard d’Ypres à Bruxelles.

Home For Less est né de la cellule Capteurs de logement de l’Ilot, association bruxelloise engagée dans la lutte contre l’exclusion au logement, du Collectif Baya, un collectif d’architectes créé il y a trois ans par des jeunes architectes défenseurs de projets «citoyens» et une quarantaine d’étudiants du cours «Archiconstruite”, un atelier «pratique» créé il y a quatre ans au sein de la faculté d’architecture La Cambre Horta.
Ensemble, ils ont réfléchi durant cinq mois à la création de modules de logement démontables à placer dans les bâtiments bruxellois vides. Les chiffres ne sont pas précis mais on sait qu’à Bruxelles, entre 20.000 et 30.000 immeubles sont vides. On estime à 3500 le nombre de personnes sans abri. La Strada (Centre d’appui au secteur bruxellois de l’aide aux sans-abri) en a comptabilisé précisément 3386 dans la nuit du 7 novembre 2016 (lire les résultats complets de son dénombrement ici).

Quatre modules ont été sélectionnés parmi les projets des étudiants. D’une surface entre 15 et 40 M2, ils sont fournis en gaz et électricité (ou en voie de l’être) et comportent des espaces chambre, cuisine et sanitaire. Tout est en récup’, sauf le bois, matériau principal. Coût du projet : 16.000 euros. Les fondations 4wings et Roi Baudouin ont chacune donné 5.000 euros. Un crowdfunding a permis de récolter 6.000 euros.

Plusieurs concepts

Au niveau de la structure, plusieurs modèles cohabitent sur le plateau, en plus d’un espace commun ouvert. «Nous voulions présenter deux concepts, celui de boîte dans la boîte, et un autre qui utilise davantage l’espace existant», explique François Ronsmans, étudiant de La Cambre. Pour le deuxième concept, les fenêtres, ainsi que le sol et le plafond, sont donc ceux du bâtiment existant. Les radiateurs également. Des cloisons sur mesure délimitent le logement et de l’isolant vient refermer la structure. Dans ce modèle, le “modulable” prend tout son sens, puisque les différents blocs peuvent être déplacés au gré des envies de l’occupant.

Les autres modèles s’apparentent plus à des «boîtes», constituées de panneaux qui composent le sol, le toit et les murs. Avec des variantes dans les techniques de construction : panneaux vissés pour l’un, parois encastrées pour un autre, “une technique-puzzle” (voir photo ci-dessous) spécialement créé pour ce projet. Toutes ont la même finalité : une construction et déconstruction faciles afin de pouvoir s’implanter facilement dans n’importe quel lieu vide. Pour le chauffage, François Ronsmans explique que les boîtes «sont proches du passif».

Plaidoyer politique

L’envie a aussi été de faire des modules qui correspondent au Code du logement et d’autre pas. Certains modules n’ont par exemple pas respecté la surface minimale requise de 28 m2. « Dans l’idée, explique Ariane Dierickx, directrice de l’Ilot, de faire bouger les lignes politiques. C’est une sorte de plaidoyer politique pour pouvoir répondre au défi de logement des personnes sans-abri, même en s’écartant des règlements ».

«Ce projet, mis en place sur une période si courte – 5 mois – n’aurait pas vu le jour sans l’énergie et la détermination de tous les acteurs impliqués, mais aussi un grain de folie », se réjouit Ariane Dierickx. Et la directrice de souligner la pluridisciplinarité des acteurs, issus tant du terrain que du monde académique, et le croisement des compétences sociales et techniques. «Les modules ont été pensés en collaboration avec les différentes professions mais aussi en dialogue avec des experts du vécu (ex-personnes à la rue, ndlr)», souligne la directrice de l’Ilot. Et de citer l’exemple du module « caravane » composé d’un espace intérieur et extérieur :  son espace ouvert sur l’extérieur est né de la remarque d’un expert du vécu craintif «d’étouffer dans un logement-boîte».

Et la suite ?

«On se donne deux ans pour étudier chaque prototype, qui sera testé, par des personnes sans-abri on l’espère. Il nous faut pour cela l’accord des pompiers. Ce test nous permettra de faire des améliorations techniques dans l’objectif d’avoir un produit fini impeccable dans deux ans», explique Ariane Dierickx. La troisième année visera à trouver des partenaires de construction et des investisseurs privés. Enfin, si le projet-pilote a pu contourner les règles d’urbanisme, «le grand défi d’Home for Less sera aussi sur les trois prochaines années de dénouer cette question», conclut la directrice. La Ministre du Logement a en tout cas manifesté son intérêt pour le projet.

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A propos de l'auteur

Manon Legrand

L’héroïne de Manon est Rosa Parks. Pour cette diplômée d’histoire, évidemment, il s’agit d’une figure incontournable dans l’histoire des afro américains, le symbole féminin de la lutte contre la ségrégation et de la multiplicité des combats encore à venir. Lorsqu’elle était petite, elle hésitait entre deux carrières : postière ou journaliste. Cruel dilemme résolu depuis lors : engagée, hyperactive, Manon écrit des articles pour différentes revues mais alimente aussi particulièrement le site web d’Alter Échos, notamment avec ses fameuses interviews du vendredi. À ses yeux, qu’elle a fort bleus, mais c’est un détail, l’émulsion social-info, c’est tendre le micro à celles et ceux qu’on voit pas, bousculer les idées reçues, rencontrer, apprendre, dénoncer les injustices, parler des invisibles, des belles personnes et des vulnérables.

manon [dot] legrand [at] alter [dot] be

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